Nouvel An : De « I like to move it » aux « Démons de minuit », pourquoi ces tubes nous poussent à danser ?

« Ils m’entraînent au bout de la nuit » Qui ça ? Qui ça ? Les tubes qui nous font danser les soirs de fête. A chaque célébration sa playlist d’enfer et la nuit du Nouvel An, soirée iconique de l’année, n’échappe pas à cette règle. Avec huit milliards d’êtres humains sur Terre, les mélodies sur lesquelles se trémousser sont légion. Et nous avons toutes et tous des préférées pour nous déhancher. Pour bouger son corps, Yacine aime écouter I like to move it de Real 2 Real et The Mad Stuntman.

« C’est un classique de la musique électronique que tout le monde connaît et un plaisir de se défouler dessus ! », explique ce lecteur de 20 Minutes qui a répondu à notre appel à témoignages. Difficile de l’en blâmer quand des centaines de lémuriens dansent aussi en l’entendant dans le film d’animation Madagascar sorti en 2005. Avec 123 battements par minute, I like to move it est dans le tempo parfait. A 120 battements par minute, comme le nom du film bouleversant de Robin Campillo sorti en 2017, le corps et le cerveau humain se synchronisent plus facilement. Parce que la musique, c’est avant tout avec notre cerveau que nous l’écoutons.

De l’oreille au rythme du cœur

« Il y a des liens entre les régions auditives et les régions motrices du cerveau. Quand on entend un rythme cadencé, instinctivement on se met à danser. Même les battements cardiaques ont tendance à être corrélés au tempo de la musique », explique Solveig Serre, directrice de recherche au CNRS et musicologue. Si pléthore d’armées dans le monde utilise des hymnes militaires pour pousser les soldats à marcher au pas, ça n’est pas pour rien. Stéphanie, elle, cite Gimme ! Gimme ! Gimme ! (A Man After Midnight) du groupe ABBA.

« A toute heure et n’importe où, dès les premières notes, je bondis ! Je remue en faisant la vaisselle, je danse sur la piste dès qu’elle résonne, dans la voiture en allant au travail les jours de « pas envie » », énumère notre internaute. Entraînante, rythmée et répétitive, la chanson du groupe suédois sortie en 1979 à de nombreuses qualités pour nous pousser à exécuter nos meilleures chorégraphies. Mais les musiques du groupe possèdent un autre avantage.

« La musique entraîne la danse »

« ABBA appartient aussi à un patrimoine musical immatériel partagé », souligne Solveig Serre. « Ce qui fonctionne pour tout le monde c’est sûrement les grands tubes que tout le monde connaît comme Britney Spears ou Madonna », explique la spécialiste des musiques populaires qui ajoute que « l’oreille, c’est culturel ». Quand tous les convives connaissent la chanson et ses paroles, le fait de la jouer crée un instant de cohésion particulièrement puissant. Un phénomène que connaissent bien les suppporters de football quand ils entonnent Freed from desire, par exemple.

C’est d’ailleurs aussi pour cette raison que Yacine adore I like to move it. C’est un « plaisir d’entendre tout le monde crier « MOVE IT ! » », explique-t-il. En fin de soirée, qui n’a jamais goûté son plaisir alors que l’assemblée entière récitait les paroles de La tribu de Dana ou des, fort décriés, Lacs du Connemara ? Et sur certains tempos, difficile de rester immobile. « La musique entraîne la danse, l’un va avec l’autre. C’était d’ailleurs un problème pendant le Covid-19 où il fallait être assis parce que certaines musiques s’écoutent avec le corps », décrypte Solveig Serre.

Se trémousser sur de l’opéra

Pourtant, danser s’apprend. Et toutes les époques et les générations ne se sont pas déhanchées sur les mêmes sonorités. Difficile d’imaginer un spectateur d’opéra se lever et valser au son de L’amour est un oiseau rebelle, chanson iconique de l’opéra Carmen. Et pourtant, « sur ces musiques-là, au XVIIIe siècle, on était debout et on bougeait. Il y a eu toute une éducation, portée par la bourgeoisie, qui a assis les gens et les a rendus silencieux », souligne Solveig Serre. Reste que l’opéra pourrait ne pas être le meilleur choix pour faire bouger vos invités à l’aube de 2023.

Essayez plutôt Uptown Funk de Mark Ronson. Pour notre lectrice Magalie et sa fille de 9 ans, c’est une chanson incontournable. « Elle donne automatiquement la banane ! On l’écoute en se trémoussant dans la voiture, et si elle passe en soirée, là, je ne réponds plus de rien ! Elle se prête à toutes les outrances en termes de choré, c’est le moment ou jamais de se faire mousser sur la piste », raconte-t-elle. Très rythmée, cette chanson appelle en effet à la danse.

Du pogo à l’entrechat

« Ce n’est pas tellement la mélodie qui nous fait danser que la structure rythmique », souligne la directrice de recherche au CNRS. Et si Magalie insiste sur la légèreté de cette chanson qui « donne la banane », une chanson triste peut tout à fait provoquer un effet similaire si son tempo est rapide, qu’elle est rythmée et a des basses. « Alors on danse de Stromae est une chanson assez triste dans ses paroles mais qui donne quand même aussi de danser. Une chanson qui donne envie de danser n’est pas forcément due à une mélodie qui est joyeuse », note Solveig Serre.

Mais pour la fille de Magalie, Uptown Funk restera probablement pour toujours liés à ces souvenirs heureux avec sa mère. « La musique a un pouvoir nostalgique très puissant et se lie fortement aux bons moments », explique la chercheuse. Alors, à chaque playlist son audience. Si vos amis sont métalleux, préférez Slipknot aux Démons de minuit. « La musique de La Boum [film sorti en 1980] si les invités sont nés en 1960, tout le monde danse aussi mais ce n’est pas la même danse », souligne Solveig Serre. Pogo, slow, entrechats, etc, tous les pas de danse sont autorisés pour le réveillon du Nouvel An. Et pour du classique, rien de mieux que les algorithmes des plateformes de streaming musical comme Deezer. Avec une bonne enceinte.