Nord : Vingt ans de réclusion pour le principal accusé d’actes de barbarie sur un enfant de 2 ans

Fin de l’insoutenable procès. Au terme de dix jours d’audience et dans un tribunal plein à craquer, les jurés de la cour d’assises du Nord, à Douai, ont livré leur verdict, ce vendredi, dans l’affaire du petit Joris*, victime d’actes de barbarie lors de soirées alcoolisés, à Auberchicourt, dans le Nord.

Dans ce dossier hors norme, quatre personnes, un couple et deux frères, étaient accusées de tortures vis-à-vis d’un enfant de deux ans et demi. Sébastien B. et Coraline R., le couple qui avait hébergé la victime, ont été condamnés respectivement à 20 et 15 ans de réclusion criminelle.

Par ailleurs, les deux frères, Kevin et Jordan D., qui avaient participé aux actes de torture, ont écopé de 12 et 10 ans de prison.

« Vous êtes passées à deux doigts de repartir en prison »

Deux femmes étaient également jugées, l’une, Audrey R., pour non-assistance à personne en danger, l’autre Christine P., la mère de la victime, pour des violences envers ses deux enfants. Elles sont toutes les deux condamnées à 4 ans de prison. « Vous êtes passées à deux doigts de repartir en prison », annonce la présidente de la cour, dans une atmosphère très tendue.

En décembre 2018, Christine P. confie son fils Joris* à des amis, le couple Sébastien B. et Coraline R. En toile de fond, Christine P. et Sébastien B. entretiennent une relation amoureuse et le père de Joris* séjourne en prison. Pendant dix jours, et notamment lors de deux soirées, l’enfant subit un déferlement de violence qui le conduira à l’hôpital.

Devant les multiples fractures qu’il présente, l’alerte est donnée. La mère est placée en garde à vue. Les langues finissent pas se délier, plaçant les policiers devant un cas de brutalité difficilement descriptible. Une enquête est ouverte.

« Il ne ressent plus la douleur, ni le chaud, ni le froid »

Elle va mettre au jour d’autres violences envers six autres enfants : le frère de Joris*, mais aussi les cinq filles de Sébastien B. Ces dernières, issues d’une première union, ont également vécu un calvaire pendant des années, obligées notamment de manger parfois par terre, dans des gamelles.

« Ce sont des peines équilibrées, en fonction du degré de contrition et de participation de chacun », considère Me Alain Reisenthel, avocat des enfants victimes. Ce dernier revient sur la situation de Joris*. « Il doit être réopéré et souffre de traumatisme neuro-psychologiques. Il ne ressent plus la douleur, ni le chaud, ni le froid, raconte-t-il. Mais il est dans une famille d’accueil bienveillante. Il est miraculé car, à quelques heures près, il serait mort. »

Le terreau de ce dossier s’inscrit dans la misère sociale et la violence intrafamiliale déjà présente dans l’enfance des accusés. Sauf pour Coraline et Audrey R., deux sœurs qui, elles, ont grandi dans un cocon familial très cadré. « Le problème, c’est qu’on ne parlait pas dans cette famille de taiseux, comme on dit, précise Louis Yarroudh-Ferrion, avocat d’Audrey R. Tout était intériorisé, un peu comme dans la chanson de Jacques Brel. Lorsqu’elle assiste aux déchaînements de violence, elle ne parle pas, alors qu’elle aurait dû. Tout comme elle n’avait pas parlé quand elle était victime de violences conjugales. »

*Le prénom a été modifié.