France

Nord : Un baby-sitter pédocriminel condamné en 2020 à Nice, nouvelles victimes.

Mercredi dernier, un enquêteur de la brigade des mineurs de Lille a contacté Sylvie pour lui demander si elle était la maman d’un petit garçon qu’elle avait fait garder par un baby-sitter le 31 juillet 2023. Selon le parquet de Lille, l’enquête menée par la brigade des mineurs a identifié 27 victimes potentielles, dont le fils de Sylvie.


Mercredi dernier, la vie de Sylvie* a basculé après un simple coup de téléphone. À l’autre bout du fil, un enquêteur de la brigade des mineurs de Lille lui demande si elle est bien la mère d’un petit garçon qu’elle avait fait garder par un baby-sitter le 31 juillet 2023. Malheureusement, tout concorde. « J’avais eu recours à la plateforme Nounou Top pour faire garder mon bébé qui avait 5 mois. J’ai eu plusieurs propositions, mais le profil que j’ai retenu inspirait confiance », raconte à 20 Minutes Sylvie.

Le profil en question appartient à C.O., un homme aujourd’hui âgé de 36 ans, de petite barbe et lunettes, qui fait bonne impression. Titulaire d’un diplôme d’État d’éducateur de jeunes enfants, il met en avant son expérience dans plusieurs crèches et pouponnières de l’aide sociale à l’enfance, où sont placés par la justice les enfants en danger. Sur son profil LinkedIn, C.O. parle d’un emploi salarié à Veyrier, en Suisse, entre octobre 2019 et février 2022, dans l’une des crèches de la chaîne Pop e Poppa. Cependant, pendant cette période, il n’était pas en Suisse, mais incarcéré dans une prison française.

Cinq ans de prison pour agression sexuelle sur mineur

C.O. a été condamné, le 8 octobre 2020, pour « agression sexuelle sur mineur de moins de 15 ans », des faits qui remontent à l’été 2019. À l’époque, il gardait les deux enfants d’un couple de Niçois, une fillette de 6 ans et un petit garçon de 30 mois. C’est d’ailleurs ce dernier qui a révélé les faits à ses parents, permettant l’interpellation de C.O. Lors de son procès, il a reconnu l’agression sexuelle et a également avoué ses penchants pédocriminels et zoophiles, mentionnant même la collection de couches-culottes sales qu’il gardait chez lui, selon une source proche du dossier niçois, qui s’exprime auprès de 20 Minutes.

Pour ces faits, C.O. a écopé de cinq ans de prison, suivis de cinq ans d’obligation de suivi sociojudiciaire et d’une interdiction d’exercer une profession en lien avec des enfants. Il a également été inscrit au fichier des délinquants sexuels (FIJAIS). « Un véritable scandale alors que le procureur de l’époque avait requis six ans de prison », s’indigne une source, estimant avoir vu en lui le visage d’un pédophile et une récidive inévitable. Néanmoins, personne n’a fait appel de cette condamnation, ni le prévenu, ni les parties civiles, ni même le parquet.

Traque ses proies sur une plateforme peu regardante

D’après nos informations, C.O. est sorti de prison mi-2023, « déduction faite de sa détention provisoire ». À peine libéré, il s’installe dans le Nord, à Tourcoing, pour tenter de reconstruire sa vie. L’interdiction d’exercer tout métier en lien avec les enfants l’oblige à changer de voie professionnelle. Il poursuit donc des études en commerce, achats et marketing en alternance, jusqu’à atteindre le niveau Master 1 (Bac + 5). Cependant, son attrait pour les enfants semble plus puissant que la décision de justice, et il s’inscrit dès sa sortie de prison sur la plateforme Nounou Top, qui met en relation des familles avec des baby-sitters.

Cette plateforme, bien que réputée, ne vérifie pas les antécédents ni les références des personnes qui s’y inscrivent, comme 20 Minutes a pu le constater. Ce n’est pas non plus une obligation légale, puisque selon la loi, l’employeur est la famille de l’enfant et non la plateforme. Selon nos informations, C.O. fait également des baby-sittings « au black » en passant directement par Facebook.

Puis, un événement étrange se produit le 18 mai dernier. Ce jour-là, C.O. confie à son voisin son passé criminel, exprime son besoin de passer à l’acte à nouveau et lui demande de contacter la source proche du dossier mentionnée plus haut. « Ça ne m’a pas étonnée, j’étais persuadée qu’il récidiverait. J’ai donc conseillé au voisin de déposer plainte au commissariat de Tourcoing et j’ai également alerté le parquet de Nice », explique cette source.

Plainte de parents d’un enfant d’un an

Contacté par 20 Minutes, le parquet de Nice n’a pas souhaité commenter la sollicitation de notre source. Le parquet de Lille n’en fait pas état non plus, mais confirme qu’un voisin de C.O. a donné l’alerte. Ce dernier a révélé que le mis en cause gardait « des enfants chez lui dans le cadre d’une activité de baby-sitting », précise le parquet de Lille à 20 Minutes. En raison de sa violation des règles de son suivi sociojudiciaire interdisant de travailler avec des enfants, C.O. risquait jusqu’à trois ans de prison supplémentaires. Le juge d’application des peines lui a imposé deux ans de réclusion, le renvoyant en prison le 9 janvier.

Cependant, ce n’est pas pour cela qu’il avait été placé en garde à vue le 7 décembre. Le parquet de Lille assure que « de nombreuses investigations sont en cours », notamment pour « déterminer si d’autres mineurs ont été victimes ». Selon nos informations, non confirmées par le parquet, l’interpellation de C.O. serait la conséquence d’une plainte déposée par les parents d’un enfant d’un an contre le baby-sitter. L’enquête menée par la brigade des mineurs de Lille a identifié pas moins de 27 victimes potentielles, dont le fils de Sylvie.

Notre dossier sur la pédocriminalité. Le parquet de Lille n’a pas précisé si C.O. avait été mis en examen ni s’il faisait l’objet de poursuites à ce stade. En plus d’auditionner les familles ayant eu recours à ses services, les enquêteurs doivent déterminer « les conditions dans lesquelles l’intéressé a pu proposer ses services ». Les obligations de la plateforme Nounou Top sont en cours d’analyse juridique. De son côté, le fondateur de la plateforme n’a pas répondu aux sollicitations de 20 Minutes.

* Le prénom a été modifié