Nord : Les producteurs de pommes de terre croulent sous les stocks

Le coronavirus pèse sur producteurs de patates nordistes — 20 Minutes

  • Les producteurs de pommes de terre ne parviennent pas à écouler leurs stocks.
  • A Comines, Emmanuel Leclerc reste avec 150 tonnes de patates sur les bras.
  • Avec sa femme, il a lancé un drive pour vendre sa marchandise aux particuliers.

Lundi, des patates, mardi, des patates… La crise du coronavirus n’en finit plus de faire des victimes collatérales. La fermeture des restaurants, décidée mi-mars pour tenter de limiter la propagation de l’épidémie, a eu pour effet d’impacter non seulement les commerçants eux-mêmes, mais aussi les acteurs en début de chaîne, comme les agriculteurs. Faute de clients, les producteurs de pommes de terre se retrouvent avec des montagnes de stocks dont ils ne savent que faire. Reportage chez Emmanuel Leclerc, agriculteur à Comines, dans le Nord.

A 45 ans, Emmanuel Leclerc se considère comme un « petit producteur ». Son exploitation, située à Comines, compte 45 hectares de terres dont le rendement moyen est de 900 tonnes de pommes de terre chaque année. La boutique, il la fait tourner habituellement avec deux salariés employés à mi-temps. Sauf qu’avec la crise sanitaire du coronavirus, il s’est retrouvé tout seul. « Le confinement, on ne l’a pas senti puisqu’il fallait bien continuer de travailler. Il y avait même plus de boulot que d’habitude, heureusement que les enfants étaient là », assure Emmanuel.

« Ce qui n’aura pas été vendu avant la mi-juillet ne pourra plus l’être »

Sa production, l’agriculteur en écoule une grande partie grâce à des contrats passés en amont avec des industriels de la frite. Le reste, environ un tiers, part normalement en « vente libre » auprès d’autres usines. Mais quand il nous ouvre les portes de son immense hangar réfrigéré, on se rend vite compte qu’un tiers, ça fait quand même beaucoup. « Rien n’a été vendu depuis le début du confinement, cela représente environ 150 tonnes », estime Emmanuel. Et malgré la fraîcheur qui règne dans le lieu de stockage, l’agriculteur craint l’arrivée des grosses chaleurs : « On a fait des dons à des associations, mais ce qui n’aura pas été vendu avant la mi-juillet ne pourra plus l’être. Il faudra qu’on le donne à manger aux bêtes », se résigne-t-il.

Début mai, Delphine, l’épouse d’Emmanuel, a eu une idée. « Je voyais mon mari se démoraliser devant ce tas de patates alors j’ai pensé à faire un drive pour vendre aux particuliers », se souvient-elle. Avec l’aide d’un ami et de leur fille de 17 ans, Constance, le couple a créé une page Facebook pour attirer le client. « On a fait 100.000 vues en deux jours et beaucoup de gens venaient acheter des pommes de terre par solidarité », se réjouit Delphine. « Avec le drive, on a vendu entre 12 et 15 tonnes de pommes de terre. Ça va permettre de limiter la casse », ajoute Emmanuel.

« Aujourd’hui, on pense garder ce système de drive »

Le succès de leur initiative, adoptée depuis par de nombreux autres producteurs, a donné à réfléchir à la famille Leclerc. « On n’aurait peut-être pas fait ça sans le coronavirus. Aujourd’hui, on pense garder ce système de drive et peut-être même se diversifier avec des légumes de saison. Pour ne plus dépendre uniquement des industriels et parce que les gens en ont aussi assez des grandes surfaces », assure l’agriculteur.

Même lorsque la crise sanitaire sera passée, Emmanuel ne sera pas au bout de ses peines. En effet, la récolte d’octobre prochain a déjà été plantée et, selon la météo, le producteur aura encore 900 tonnes de patates à écouler. « Les usines ont leurs frigos pleins, du coup on risque de se retrouver dans la même situation la saison prochaine », imagine-t-il. Les repas de la famille, dans lesquels la pomme de terre se taille quotidiennement une place, ne sont pas près de varier.

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