Nord : La situation « catastrophique » de la protection de l’enfance dénoncée par des professionnels et des juges

Ils n’en peuvent plus. Les travailleurs sociaux du conseil départemental du Nord, le syndicat de la magistrature et celui des avocats de France ont signé, ce lundi, une tribune commune pour dénoncer « les manquements du département du Nord » dans la protection des enfants et des adolescents. Une initiative inédite et de poids, dans la mesure où le Nord, département le plus peuplé de France, est aussi l’un des plus touchés par les demandes de placements judiciaires.

« Depuis plusieurs années, le nombre total d’enfants placés est resté stable autour de 10.000, explique Olivier Treneul, ancien éducateur et délégué syndical Sud au département. Or depuis deux ans, les violences intrafamiliales ont explosé et les enfants en bas âge sont plus fragiles psychiquement. On peut incriminer les confinements, mais pas que. Toujours est-il que les demandes de placement par la justice ont augmenté de 10 % pour passer à 11.000. »

« Ballottés d’un endroit à un autre »

Résultat, « près d’un millier d’enfants confiés au département par la justice ne sont, aujourd’hui, pas protégés », peut-on lire dans cette tribune. Et le témoignage des professionnels est édifiant : des enfants laissés « dans des situations de danger au domicile familial » ou « ballottés d’un endroit à un autre », « sans savoir où ils seront le soir même », mais aussi des « bébés [qui] passent des journées entières dans l’attente d’un lieu d’accueil dans les bras de professionnels impuissants et démunis ».

Pour les signataires, cette situation est avant tout le fruit de la politique départementale menée entre 2015 et 2019, avec la suppression de 700 places en foyers et de 300 postes de travailleurs de terrain. A l’époque, le département misait sur la prévention pour faire baisser le nombre de placements. 

« Six mois d’attente »

« L’accompagnement éducatif renforcé reste une bonne idée, mais ça fonctionne mal faute de places et de travailleurs sociaux référents suffisants, témoigne Pierre Msika, juge pour enfants et porte-parole du syndicat de la Magistrature. Certains enfants attendent parfois six mois et leur situation se dégradent. » Le magistrat dénonce « le manque de moyens dû au choix délibéré du conseil départemental de réduire les dépenses sur la protection de l’enfance ».

Un plan d’urgence a été mis en place, au mois de juin, par le président du département, Christian Poiret, qui souhaite qu’il n’y ait « plus un seul enfant en attente de placement confié au département ». Parmi les mesures figure notamment la réouverture de 150 places en foyers. Mais « cela correspond à peine aux besoins du seul secteur Roubaix-Tourcoing », conteste le syndicat Sud.