Non, sept personnes n’ont pas été tuées par des colis de parfum empoisonné à Metz

Un bug informatique de moins d’une heure à la Poste permettait d’avoir aux données privées des clients — GILE MICHEL/SIPA

  • De nombreux internautes ont relayé une alerte inquiétante cette semaine.
  • A l’en croire, sept personnes auraient été tuées (notamment dans les environs de Metz) après avoir reçu des crèmes ou parfums empoisonnés par colis.
  • Il s’agit en réalité d’une intox apparue dès 2001 sur le Web : aucun décès n’est à déplorer, comme nous le confirme l’hôpital de Mercy (Lorraine).

Facebook, Instagram, Twitter, Snapchat… Depuis quelques jours, une alerte se répand à grande vitesse sur les différents réseaux sociaux et applis de messagerie. Le 11 septembre, une internaute avertissait ainsi, dans un tweet (supprimé depuis) : « Si vous recevez un colis avec des échantillons de crème ou de parfum par la poste, n’ouvrez pas. C’EST DU POISON !!!! Y a 7 personnes qui sont mortes à Schneider à cause de ça !! ».

Deux jours avant, la photo d’une crème anti-rides circulait sur Snapchat avec un message encore plus anxiogène : « S’il vous plaît, regardez bien cette crème, si vous la recevez à votre boîte aux lettres, surtout vous la jetez, il y a eu je sais pas combien de morts avec cette crème ».

Tandis qu’un message vocal diffusé par Messenger évoque également des cas à « Schneider », l’alerte diffusée via des stories Instagram, situait pour sa part ce prétendu danger dans les environs de Metz (Lorraine), les sept morts étant, à l’en croire, survenues aux urgences de « l’hôpital Mercy ».

Si la rumeur inquiète logiquement les internautes qui la relayent, il s’agit en réalité d’une intox particulièrement durable… puisqu’elle est diffusée sur le web, sous différentes formes, depuis dix-huit ans.

FAKE OFF

Ce canular a en effet commencé à circuler sous la forme d’un email (en anglais) dès octobre 2001, un mois après les attentats du 11-Septembre. En pleine période de psychose, aux Etats-Unis, due aux cinq décès provoqués par des courriers piégés à l’anthrax.

Censé émaner de l’hôpital Glen Eagles, ce message évoquait la mort tragique de sept femmes ayant reçu un échantillon de parfum gratuit (mais empoisonné). « Si vous recevez des échantillons par courrier, qu’il s’agisse de lotions, de parfums, de couches, etc., jetez-les. Le gouvernement redoute un nouvel acte de terrorisme. Il ne veut pas que ce soit médiatisé pour éviter de créer la panique ou de donner de nouvelles idées aux terroristes », indiquait en outre ce message signé d’une dénommée « Diane J. Ford », d’un « Bureau de gestion des risques » situé à Washington.

Cette intox avait connu un regain de notoriété en 2010, à la faveur de sa diffusion sur Facebook et par SMS. Au point d’amener l’hôpital en question à publier un démenti sur son site, comme le relate le site de fact-checking Snopes : « Nous tenons à indiquer que nous n’avons jamais admis ou traité ces patients et n’avons aucune connaissance de tels cas. Ce [message] ne provient ni de notre hôpital ni d’un membre de notre personnel. »

« Personne n’a été empoisonné avec des crèmes à Metz »

Le centre pédiatrique Schneider, en Israël, auquel fait référence l’une des versions françaises de la rumeur, est lui aussi ciblé par cette intox, de manière quasi-cyclique, comme le montre une simple recherche Facebook, qui fait apparaître de nombreux posts à ce propos. Au grand désespoir de l’établissement, qui expliquait au média israélien Mako, dès 2013 : « Nous ne savons pas d’où provient ce message mais nous sommes obligés de répéter, au fil des années, que c’est absurde et que ce message est repris régulièrement ».

Contacté par 20 Minutes, l’hôpital Mercy confirme n’avoir traité « aucun cas de ce genre » : « Personne n’a été empoisonné avec des crèmes à Metz ». Le Service d’information et de communication de la police nationale (Sicop) indique quant à lui qu’aucun « signalement n’est remonté à ce sujet, aussi bien au niveau de la sécurité publique à Metz que de la police judiciaire. »

Un constat partagé par la direction de la Poste, qui nous explique n’avoir reçu « aucune alerte » sur de potentiels envois piégés, tout en rappelant que ses équipes s’occupent du « transport des courriers mais n’ont pas connaissance du contenu acheminé ».

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