Non, il n’y a pas eu plus de 300 morts sur le chantier de la Tour Eiffel comme l’a affirmé le député Karl Olive

Le Parlement a ratifié, ce jeudi, un partenariat entre Paris et Doha sur la sécurité de la Coupe du monde 2022 au Qatar prévoyant au moins 220 experts français sur place pendant l’événement. Un accord qui fait débat alors que le pays du Golfe est régulièrement pointé du doigt pour les conditions de travail et de sécurité des ouvriers sur les chantiers des stades.

En janvier 2021, le quotidien britannique The Guardian estimait à 6.500 le nombre de personnes, des migrants venant pour la grande majorité d’Asie du sud, ayant perdu la vie pendant la construction des édifices sportifs à cause de la chaleur intense ou d’accidents du travail.

Interrogé ce matin chez nos confrères de France Info sur la légitimité de cet accord au regard du nombre de victimes, le député des Yvelines Karl Olive (Renaissance) a répondu qu’« il ne faut pas confondre et mélanger ce qui n’a pas à être mélangé. À ce moment-là, on va aussi rappeler que lors de la construction de la Tour Eiffel, malheureusement, il y a eu plus de 300 morts ».

Si le député s’est excusé à la suite de l’émission sur Twitter pour sa comparaison hasardeuse, c’est le chiffre avancé par le député qui crée du remous sur les réseaux sociaux. 20 Minutes fait le point.

FAKE OFF

Karl Olive précise dans son tweet qu’il voulait parler des morts depuis la construction de la Tour Eiffel. Ce qu’il a bien fait de préciser puisque le chantier de la Tour Eiffel ne compte… Aucun décès !

Il est très difficile de savoir combien d’ouvriers en tout ont travaillé sur la construction de l’édifice démarrée le premier juillet 1887 et achevée en mars 1889, à temps pour l’Exposition universelle. On estime à une moyenne de 150 à 300 ouvriers présents sur place pour fixer les 2,5 millions de rivets nécessaires à l’assemblage de la tour.

« Gustave Eiffel mettait un point d’honneur à assurer la sécurité de ses employés »

Aussi, pour un chantier d’une telle ampleur et dont l’aboutissement culmine à plus de 300 mètres de hauteur, s’en sortir sans une seule perte à déplorer était un exploit au regard des conditions de sécurité de l’époque.

Interrogé par 20 Minutes, Bertrand Lemoine, historien, architecte et spécialiste de la Tour Eiffel explique les raisons de cette réussite : « Gustave Eiffel mettait un point d’honneur à assurer la sécurité de ses employés. Il y avait toujours très peu d’accidents sur ses chantiers. » Un exploit en comparaison d’un projet de la même ampleur à la même époque : Le pont du Forth en Ecosse qui dénombre plus de 60 morts.

Outre l’attention portée à ses ouvriers par l’ingénieur français, ce sont aussi les circonstances de la construction qui ont permis d’éviter de nombreux accidents. La découpe des éléments et la moitié de l’assemblage des rivets avaient eu lieu dans une usine à Levallois, et non sur le Champ-de-Mars, ce qui a permis d’assurer des conditions de sécurité plus importantes.

Un ouvrier mort… hors de ses heures de travail

« Au contraire de cette comparaison qui n’a pas lieu d’être avec le Qatar, on devrait plutôt être fier des avancées de Gustave Eiffel en matière de sécurité », avance Bertrand Lemoine.

L’historien rappelle toutefois qu’une mort est souvent accolée au chantier de la Tour Eiffel, celle d’un ouvrier italien, revenu sur les lieux après sa participation au chantier avec sa compagne pour lui montrer la réalisation. Le pauvre homme aurait été écrasé au passage d’un ascenseur pendant son installation.

Si l’histoire était passée inaperçue à l’époque, c’est que Gustave Eiffel s’est chargé d’indemniser très discrètement la veuve. « On dit même qu’il lui aurait demandé de s’éloigner de Paris, précise Bertrand Lemoine, cela afin de lui éviter d’être soumises à des interviews. »

Reste que l’ouvrier décédé n’était pas en service le jour de sa mort, un point sur lequel a insisté Gustave Eiffel, et ne peut donc être comptabilisé comme mort sur le chantier.