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Niger : la junte militaire ne cesse d’attaquer la France

Le général Abdourahamane Tiani a accusé la France d’être responsable de l’attaque du 29 janvier contre l’aéroport de Niamey, tout en déclarant que l’objectif du raid n’a pas été atteint. Depuis la rupture des relations avec Paris après le coup d’État de 2023, les autorités nigériennes affirment revendiquer une politique de souveraineté sur les matières premières, allant jusqu’à nationaliser la Somaïr, filiale du groupe français Orano.

Les tensions persistent entre le Niger et la France. Vendredi soir, le général Abdourahamane Tiani a renouvelé ses accusations à l’encontre de la France, qu’il considère responsable de l’attaque survenue le 29 janvier contre l’aéroport de Niamey, revendiquée par l’Etat islamique au Sahel (EIS). Le chef de la junte, en place depuis le coup d’Etat de juillet 2023, soutient que l’objectif de cette attaque était de « détruire les capacités aériennes de l’armée », un but qui, selon lui, n’a « pas été atteint ».

Dans une interview diffusée par la télévision publique, le dirigeant nigérien a exprimé que cette attaque s’inscrivait dans « un agenda de déstabilisation maladive ». Selon ses propos, « ce n’est un secret pour personne. Notre arrivée (au pouvoir) a créé une situation d’inimitié ouverte entre le président français Emmanuel Macron et nous ». Dès le lendemain des faits, qui avaient été revendiqués par l’EIS, il avait déjà blâmé la France, ainsi que la Côte d’Ivoire et le Bénin, d’être les « sponsors » des djihadistes, des accusations que ces trois pays ont rejetées.

L’armée nigérienne prête « à relever tout défi »

Tout en reconnaissant une « faille » dans la sécurité de l’aéroport, Abdourahamane Tiani a déclaré que l’attaque avait été « vaillamment repoussée » et que « les forces de défense et de sécurité sont prêtes à relever tout défi ». Il a également mentionné que ce raid aurait été « suivi de sept autres attaques simultanées dans des localités » de la région de Tillabéri, à l’ouest du pays, où des groupes djihadistes sont actifs depuis près de dix ans. Des soldats russes, nouveaux partenaires de Niamey, ont assisté l’armée nigérienne dans la défense contre l’assaut.

La tension diplomatique a encore augmenté cette semaine. Le général Amadou Ibro, un autre membre de la junte, a affirmé que la France allait « faire la guerre au Niger » et a incité la population à se « préparer ». Paris a démenti toute intention d’intervenir. « Il n’est pas question d’intervention française au Niger », a déclaré le porte-parole de l’état-major français des Armées, le colonel Guillaume Vernet, précisant qu’il s’agissait « manifestement de guerre informationnelle » de la part de Niamey.

Politique de souveraineté sur les matières premières

Suite à la rupture des relations avec Paris après le coup d’Etat de 2023, les autorités nigériennes affichent une volonté de souveraineté, notamment sur les matières premières. La junte reproche à la France d’avoir exploité les ressources du pays et a nationalisé la Somaïr, une filiale du groupe français Orano spécialisée dans l’uranium. En réponse, l’entreprise a engagé plusieurs actions judiciaires.

Vendredi soir, Abdourahamane Tiani a également déclaré être prêt à « envoyer » à la France sa portion d’uranium extraite lors de l’arrivée au pouvoir de la junte sur le site de la Somaïr, soit « une centaine de tonnes » selon ses dires. Il a toutefois précisé que « tout ce qui a été produit par la suite est nigérien et restera nigérien ». Par ailleurs, une cargaison d’environ 1.000 tonnes de « yellow cake », un concentré d’uranium, est bloquée à l’aéroport de Niamey depuis plusieurs semaines, en attente d’une éventuelle exportation.