Nice : « Nous frisons » le plafond d’endettement, reconnaît Estrosi qui annonce le report de projets

La cinquième ville de France doit se serrer la ceinture. C’est Christian Estrosi lui-même qui l’a annoncé ce lundi dans les colonnes de Nice-Matin : seuls « 60 à 70 % » des projets programmés pour une livraison au cours de son troisième mandat, considérés comme « prioritaires », seront finalement réalisés d’ici à 2026. Les autres « seront décalés entre 2027 et 2029 ». La santé des finances communales et de la métropole niçoise, grevée selon lui par « la pandémie », « la tragédie de la tempête Alex » et « de nouvelles dépenses » liées à la « crise inflationniste et énergétique », impose de ralentir. Car il n’est plus question d’emprunter. Souvent attaqué sur le sujet, l’édile (Horizons) l’a lui-même reconnu : « Nous frisons » le plafond d’endettement de la ville et de la métropole. « Comme toutes les grandes collectivités », selon lui.

Des déclarations qui ont redonné du grain à moudre à ses opposants. « C’est un aveu de ses échecs, de ses fautes. C’est une cigale qui n’a pas vu l’hiver venir. Nice se trouve en quasi-faillite », a raillé Eric Ciotti, sur la radio France Bleu azur, comparant la situation de la ville à celle de Paris. « Nous sommes en pleine Anne Hidalgo-isation », a lancé le député des Alpes-Maritimes, patron du parti Les Républicains.

Le bond de la dette de la métropole

Dans les faits, et d’après le rapport d’orientations budgétaires (ROB) 2022 de la commune, le « stock d’emprunts » devait atteindre 534,8 millions d’euros à la fin de l’année (soit 20 millions de plus qu’en 2021). Mais c’est surtout du côté de la métropole que la dette a atteint des sommets : elle s’établissait à près d’1,56 milliard d’euros au 1er janvier 2022, selon le dernier ROB de l’intercommunalité.

Entre 2014 et 2018, celle-ci a augmenté de 42,1 %, selon une étude de l’institut Montaigne, publié juste avant les élections municipales de 2020. Un bond impressionnant, lié au « transfert des dépenses d’investissement de la ville », et notamment à la construction des lignes 2 et 3 du tramway. Cette année-là, la cinquième ville de France arrivait en tête des villes de plus de 150.000 habitants les plus endettées.

Une augmentation de la fiscalité à prévoir ?

« En creusant toujours davantage la dette, Christian Estrosi a mis notre commune en danger, il l’a fragilisée », a également réagi Philippe Vardon (Reconquête !), conseiller municipal et métropolitain, qui craint une hausse de la fiscalité.

Interrogé par Nice-Matin, le maire ne l’a pas totalement exclu. Il a simplement assuré que ça n’arriverait pas si et seulement « si les mesures [qu’il] attend de la part du gouvernement sont au rendez-vous ». De quoi inquiéter. « Il y a cinq ans, sa mauvaise gestion avait déjà amené Christian Estrosi à créer un nouvel impôt avec la création de la taxe métropolitaine [sur le foncier bâti]. Cet avertissement n’aura donc pas été suffisant. Continuant de cumuler les projets délirants ou inutiles, continuant d’endetter la ville et, donc, les Niçois, voilà que Christian Estrosi implore désormais le soutien de l’État et envisage d’augmenter les impôts », a encore réagi Philippe Vardon.

Les lieux culturels vont devoir attendre

Sollicitée par 20 Minutes, la mairie de Nice n’a pas donné suite, préférant « rester sur l’interview [accordée à Nice-Matin] à ce stade, avant le débat d’orientation budgétaire à venir ». Ce qui est sûr, comme Christian Estrosi l’a précisé au quotidien régional, c’est que « la remise à niveau d’équipements culturels », dont l’opéra, le Musée Chéret, le 109, le palais de Marbre et le Muséum d’histoire naturelle, fait partie des projets reportés. Initialement programmée pour 2025, elle ne serait finalement prévue que pour 2027. Juste à temps si Nice était choisie comme capitale européenne de la culture en 2028.

Le maire a aussi expliqué qu’à la fin de son mandat, la future ligne 5 du tramway « sera arrivée au pont Garigliano, aux portes de l’Ariane et de Saint-André-de-la-Roche ». Alors que le calendrier communiqué début 2022 la faisait arriver à cette date-là jusqu’à l’Ariane-Nord. « Cela signifie que [le quartier de l’Est niçois, classé « zone de sécurité prioritaire »] ne sera (peut-être) desservi qu’en 2028 et perdra en conséquence deux années de service », a également déploré l’ancien élu PS Patrick Allemand.