Nice : Le projet d’extension de l’aéroport peut-il être annulé ?

Après la mise en évidence des émissions de CO2 des jets privés et à l’heure de la « sobriété » énergétique, l’annulation du projet d’extension de l’aéroport de Nice, dont le permis de construire a été délivré en 2020 par le préfet des Alpes-Maritimes, est une nouvelle fois au centre des débats. Ce lundi matin se tenait au tribunal administratif de Marseille l’audience pour demander l’annulation du permis de construire du T2.3, déposé en février 2020. « La décision a été mise en délibéré sous quinze jours », précise Airy Chrétien du Collectif citoyens 06, à l’origine du recours.

Selon lui, « cette construction de 25.000 m2, c’est-à-dire, un tiers de surface en plus, induit des millions de passagers supplémentaires. C’est un projet climaticide qui va émettre 200.000 tonnes de CO2 de plus par an. » Depuis plus de deux ans et demi, le militant écologiste se bat pour faire annuler ce projet. Mais en sortant de l’audience, il avoue être pessimiste car « le rapporteur public a balayé » tous ses arguments.

Pas une extension pour accueillir « plus d’avions »

« Les chiffres sont erronés, tranche le porte-parole des aéroports Nice Côte d’Azur. La capacité d’accueil actuelle est de 14,5 millions de passagers par an, c’est-à-dire, qui ont transité par l’aéroport de Nice. D’ici une dizaine d’années, avec la croissance du trafic, on devrait arriver à 18 millions de passagers, soit 3,5 millions supplémentaires. Mais en réalité, on doit le diviser par deux pour connaître le nombre d’individus, car dans nos données, les voyageurs sont comptés au départ et à l’arrivée. Ce seront alors environ 1,75 million de personnes en plus. »

Concernant l’origine des passagers, il affirme : « On sait aussi que 30 % des voyageurs viennent de notre territoire et qu’il y a également énormément de voyageurs fréquents, pour des raisons d’affaires par exemple. Donc l’extension n’est pas faite pour accueillir des nouveaux touristes. »

Il veut souligner que ce projet d’extension « ne porte pas sur les capacités d’accueil des avions ». « Nous ne créons pas de nouvelles pistes, il n’y aura pas plus de places de parking. Rien ne sera fait pour faire venir davantage d’avions », promet-il.

Avant d’appuyer : « en sept ans, de 2012 à 2019, nous avons calculé que la croissance du trafic induisait 29 % de passagers en plus, ce qui correspond à 3,5 millions de personnes. En termes de vols en plus, c’est en réalité à 1.316 mouvements [décollages et atterrissages] en plus. » Il image alors : « C’est comme si nous étions à l’école et où chaque année, un ou deux élèves supplémentaires s’ajoutaient à la classe. On veut simplement agrandir le bâtiment pour maintenir la qualité du service et permettre aux voyageurs d’embarquer et débarquer dans de bonnes conditions ».

Sur la question des émissions de CO2 générées par ce projet, le porte-parole assure « ne pas être capable de les quantifier ».

Un projet « incompatible » avec les engagements du pays

Le Collectif citoyens 06 estime que les arguments de l’aéroport sont « des mensonges ». Il cite une étude sortie en mai 2022, commandée par l’association Terres de lutte et réalisée par BL Evolution, sur « l’incompatibilité entre les objectifs de transition écologique et la réalité du terrain ». Le cabinet a analysé 65 projets de travaux en France dont huit sont incompatibles avec les engagements environnementaux du pays. Et parmi eux, l’extension de l’aéroport de Nice mais également ceux de Marseille, de Lille et de Nantes.

Airy Chrétien rappelle : « On a été les précurseurs au niveau national pour déposer des recours et empêcher ces travaux complètement en contradiction avec l’urgente nécessité et l’engagement formel de baisser nos gaz à effets de serre. Il va falloir du courage aux magistrats mais c’est une décision importante. Si elle est négative pour nous, elle risque de l’être pour le Terminal 1 de Marseille. Ce qui signifie que la justice valide des projets climaticides ». Mais il assure qu’il n’en « restera pas là » et qu’il « fera appel s’il le faut ». La suite de cette affaire d’ici quinze jours.