Nice : « Jouer, tester et faire éveiller les consciences », à quoi ressemble la scène stand-up à Nice ?

« Le stand-up, c’est un artiste armé de son courage et d’un micro qui utilise son vécu pour faire rire un public », définit le président de l’association niçoise 
Grosse Prod’, Pascal Schiavone. Si ce genre de spectacle est très répandu dans la capitale, « il doit y avoir 300 plateaux par soir pour 3.000 artistes » analyse-t-il, la scène de Nice commence elle aussi à se faire une place avec une cinquantaine d’humoristes.

« On a tous envie de faire de Nice un lieu incontournable du stand-up, affirme Audrey Baldassare, une des cinq artistes qui participera ce mercredi soir, pendant dix minutes chacun, au plateau qui a lieu à la gare du Sud. Personne n’a envie de partir de la ville, elle est très inspirante. Le but c’est vraiment d’allier Nice et le stand-up. On sent qu’il y a un moyen de changer les mentalités, et que ça s’ouvre. Maintenant, que les scènes se développent, des humoristes de Paris me demandent quand est-ce qu’ils pourront venir jouer ici ! »

Les particularités du public niçois

La particularité de la scène niçoise, c’est peut-être son public. Caroline Renault, chargée de l’organisation des plateaux avec Grosse Prod’, développe : « À Nice, comparé à d’autres villes où le stand-up est développé, le public découvre par hasard. Ils sont passés par-là, ils ne savaient pas, ils sont dans ce bar et l’événement se déroule. C’est donc plus difficile puisqu’il faut capter leur attention. C’est différent d’un spectacle où on va parce qu’on a payé. »

Pascal Schiavone ajoute : « Et puis, il y a un peu des clichés sur les mentalités du sud comme quoi c’est un peu fermé d’esprit, riche et conservateur. Mais finalement, dans l’équipe, on a des femmes, des hommes, des lesbiennes, des personnes de toutes les origines et ça fonctionne. Le public aime sans qu’ils soient obligés de grossir leur personnalité et d’aller dans l’exagération pour se faire valider. »

« Chaque public est différent et on s’adapte en fonction de qui on va trouver devant nous mais même à travers dix minutes de scène, un artiste peut aider à faire évoluer sur les visions du monde, on a toujours un message à faire passer. Et puis, on a surtout besoin de faire rire les gens avec cette année compliquée », conclut Audrey Baldassare.

« C’est fini ce discours où il faut partir à Paris pour réussir »

Grosse Prod’ a été créée en février 2019 avec la vocation de s’installer en proposant un rendez-vous culturel et en diversifiant la scène, comme avec des « open mic » dans le Vieux Nice. Tout ça, pour « jouer, tester et faire éveiller les consciences des Niçois ». Le président de l’association a pour ambition « de faire descendre les artistes au lieu de faire monter les locaux. C’est fini ce discours où on se dit qu’il faut absolument partir à Paris pour réussir. » Il souligne cependant l’apport de la collaboration avec une scène parisienne, « pour s’envoyer des artistes et inversement ». « On va d’ailleurs faire la même chose avec Lyon et Genève, et pourquoi pas, dans un avenir plus lointain, au Canada. »

Audrey Baldassare fait du stand-up depuis six ans
Audrey Baldassare fait du stand-up depuis six ans – Grosse Prod’

C’est aussi de ce pays d’Amérique du Nord dont rêve Audrey. Car pour elle, ce métier est « itinérant ». Elle jongle déjà entre Paris, Nice et « sa montagne », Valdeblore, d’où elle vient et où elle a réussi le challenge « d’y apporter l’humour ». Mais ce qu’elle aime dans la région, et qu’elle ne retrouve pas ailleurs, c’est « cette synergie de groupe, qui crée une famille et qui tire vers le haut ». Elle fait partie de la programmation de Grosse Prod’ qui organise un plateau tous les mercredis à la Gare du Sud, avec cinq artistes, dix minutes chacun suivis d’un DJ set pour clôturer la soirée.

La scène niçoise grossit et Grosse Prod’ y est pour quelque chose. Elle a participé à l’organisation du « Summer tour » au Palace, s’occupe du Ladies Comedy, un show 100 % féminin et a la volonté de se déployer davantage pour « permettre aux artistes de se découvrir, de créer et d’avancer ». L’association espère bientôt « ne plus se faire payer en bières et enfin payer les artistes en salaires ».