Nice : Face aux violences sexistes et sexuelles en soirée, les BDE réagissent

Piqûres, GHB ou autres drogues dans le verre, agressions sexuelles… Avec le hashtag #balancetonbar, de nombreux témoignages ont permis de mettre en lumière les violences sexistes et sexuelles qu’ont vécues des milliers de personnes au sein des milieux festifs. Encore le week-end dernier, quatre personnes ont porté plainte après avoir été victimes de piqûres lors d’un festival à Nice. Bars, boîtes de nuit, festivals, tous se voient désormais assurer à leurs publics, des lieux plus « sûrs » à travers de stands de prévention et d’écoute, d’outils de communication et de protocoles à suivre en cas de violences sexistes et sexuelles.

A l’approche de la rentrée universitaire, les soirées d’étudiants ne dérogent pas à la règle, au contraire. « Ces violences touchent tous les milieux, affirme Vaena Lesage, animatrice de prévention au Planning Familial des Alpes-Maritimes. L’année dernière, la libération de la parole autour des violences sexistes et sexuelles a pointé ce qui se passait à Science Po, mais on sait que ça ne concerne pas seulement ces instituts. »

Elle ajoute : « La rentrée, c’est aussi le moment des soirées d’intégration. Parfois ce sont même des week-ends, où on retrouve beaucoup d’intimidation et de rapports de force avec cet enjeu social. En fonction des facultés, les traditions changent mais la culture du viol reste la même. Rappelons que si une personne est droguée et/ou alcoolisée, de son plein gré ou non, on ne peut pas s’assurer de son consentement. Ce n’est donc pas une « excuse » mais une circonstance aggravante juridiquement en cas de viol. »

Interventions, sensibilisations et formations

Historiquement connu pour les questions d’interruption de grossesse et de contraception, le Planning Familial fait également de l’écoute sur les violences sexistes et sexuelles. Déjà sollicitée par l’Université Côte d’Azur (UCA) pour le village « santé sexuelle », l’association travaille désormais directement avec les bureaux des étudiants (BDE), en partenariat avec le Centre d’information sur les droits des femmes et des familles (CIDFF) des Alpes-Maritimes, pour les former et les sensibiliser. La présidente de cette structure, Prune de Montvalon, souligne le « gros travail de déconstruction » à réaliser.

« Malgré les engagements de l’université, il existe encore une résistance, notamment sur la banalisation du harcèlement, de l’outrage et de l’agression sexiste et sexuelle, avance-t-elle. Pour avoir un vrai impact sur les étudiants, il faut créer une culture du consentement pour contrer la culture du viol. » Le CIDFF a alors été sollicité pour la création d’une « cellule pour lutter contre les violences sexistes et sexuelles » à l’UCA. Selon Prune de Montvalon, « il faudrait une plus grande mobilisation collective pour essayer de faire bouger les choses. »

C’est le combat de Véronique Van De Bor, vice-présidente politique sociale, égalité, diversité de l’UCA, et de son équipe. Concernant les membres des BDE de toutes les facultés du groupement UCA, elle assure qu’un « cycle de formations obligatoires est en place depuis cinq ou six ans », qui comprend notamment une formation sur les violences sexistes et sexuelles et sur « une communication sans stéréotypes de sexe ». Pour les événements organisés par les étudiants, elle affirme : « Tous les projets financés par l’université le sont à condition de présenter un plan de prévention aux violences sexistes et sexuelles, d’écoresponsabilité et d’un dispositif de sécurité. »

L’équipe politique sociale travaille d’ailleurs actuellement sur « un protocole pour savoir quoi faire si on est victime ou témoin de soumission chimique », complète la vice-présidente, qui remarque que les étudiants deviennent de plus en plus proactifs sur ces questions.

Une volonté de la part des étudiants

C’est le cas dans la filière Staps (Sciences et techniques des activités physiques et sportives). Maele Pons, secrétaire du BDE, confirme avoir eu une formation au sujet des violences sexistes et sexuelles. Au-delà de cette formalité, elle explique que « tout un protocole » a été mis en place pour les soirées. « A chaque événement que l’on organise, on nomme six personnes de confiance, qui sont reconnaissables grâce à un foulard sur le bras. Ce sont vers ces équipes qu’il faut se tourner si jamais il se passe quoi que ce soit. On a aussi une « safe place », une salle réservée si quelqu’un se sent en insécurité, en plus des stands de prévention présents à chaque soirée avec protections de verre et préservatifs à disposition. »

Malgré ce qui est déjà proposé par l’université et les associations, d’autres collectifs se forment pour aller plus loin face à la multiplication des témoignages. Ainsi, Nous Toutes a vu le jour au début du mois au campus Trotabas, la faculté de droit et de science politique de Nice. Orlane, qui a impulsé sa création avec deux autres camarades, a eu « un déclic ». « J’ai entendu une amie me raconter comment un garçon parlait d’elle en soirée du BDE et c’était la goutte de trop. On nous disait de faire attention si on allait à ces soirées si on était des filles. On a l’impression que la loi est mise de côté. Pour des futurs juristes, c’est problématique. »

En plus de stands de prévention, d’actions bénévoles et d’une sensibilisation à travers les réseaux sociaux, Nous Toutes va mettre en place des campagnes de communication et une cellule d’accompagnement juridique gratuite.