Nice : Après l’accident mortel sur la promenade des Anglais, les nouveaux aménagements cyclables sont-ils efficaces ?

Un feu tricolore, des passages piétons repeints en bleu de façon « à être plus visible de jour comme de nuit », des « bandes rugueuses » ainsi que le mot « ralentir » inscrit en majuscules sur la piste et un rappel de la limitation de vitesse : 20 km/h. Sur la portion cyclable de la promenade des Anglais à Nice, entre Gambetta et le Centenaire, l’été a permis de mettre en place « de nouvelles mesures de sécurisation », promises par la mairie après l’accident mortel d’un enfant ukrainien de 5 ans, percuté par un homme à trottinette électrique.

Malgré ces réaménagements, c’est « toujours la jungle » sur cette piste cyclable comme le constate Alan, un passant de 52 ans. En voyant défiler les usagers à vélo, en trottinette ou toutes sortes d’engins électriques, il secoue la tête : « Ça ne les fait pas ralentir. Les gens filent, ils ne font pas du tout attention. » Il se situe alors juste derrière un kiosque à journaux, prêt à traverser sans que personne ne s’arrête. « Je fais d’autant plus attention puisqu’il y a un an, un cycliste m’a renversé alors que je m’étais arrêté boire l’eau de la fontaine face au Negresco. J’ai eu le fémur cassé. » Selon lui, il faudrait encore davantage de ralentisseurs.

« Le problème, ce sont les piétons »

Ben Salem, 22 ans, et Karim, 20 ans, sont tous les deux usagers de trottinette. « Comme j’ai perdu mon permis, c’est vraiment devenu mon seul moyen de déplacement », explique le premier. Il avoue ne pas « toujours s’arrêter » au stop et aux feux, mais « faire toujours attention ». « Je ralentis toujours au niveau des intersections, j’ai toujours la main sur le frein », assure-t-il. Son ami ajoute : « Même avant l’accident et les aménagements, on faisait attention. Le problème, ce sont les piétons. Il y en a trop qui ne regardent absolument pas et même en étant limité, ça va très vite s’il y a un choc. Les aménagements ne pourront pas empêcher ça. »

Plusieurs panneaux rappellent aux piétons la présence de la piste cyclable et de ses usagers
Plusieurs panneaux rappellent aux piétons la présence de la piste cyclable et de ses usagers – E. Martin / ANP / 20 Minutes

Au loin, sous les pergolas, des bruits de sonnettes se répètent rapidement. Une technique pour alerter de sa venue pour des cyclistes. D’ici mi-septembre, un de ces passages piétons sera d’ailleurs complètement supprimé, ainsi que ceux menant de l’autre côté de la chaussée, jugé « trop dangereux », selon les études de la mairie.

Nathalie, 51 ans, passe pratiquement « tous les jours sur ce chemin » depuis trois ans. Des histoires sur le comportement des usagers de cette voie, elle en a. « J’ai quand même l’impression que les cyclistes s’arrêtent davantage depuis les nouvelles signalétiques, analyse-t-elle. Mais il y a toujours ces personnes qui veulent aller vite, ne jamais ralentir pour faire leur performance. » D’après elle, « ils devraient aller sur la route car ils n’ont pas leur place au milieu des autres usagers qui respectent ».

« Respecter les règles »

Pour Gaël Nofri, adjoint à la circulation à la mairie de Nice, le problème majeur ne vient pas des aménagements mais vient « du respect des règles ». « A chaque fois qu’on construit un espace cyclable, on le fait le plus sécurisé possible. En fonction des années et du nombre de personnes qui l’empruntent, les projets évoluent. C’est ainsi qu’entre la trame verte 1 et 2, il y a une grande différence. On a maintenant sur l’axe Liberté, Dante et Buffa, une voie bidirectionnelle, isolée. Mais on aura beau faire les meilleurs aménagements possibles, ce ne pourra être efficace que si chaque usager de la voie publique respecte les règles. Il faut que chacun puisse trouver sa place et prendre en compte les autres comportements ».

Il complète : « Il est également nécessaire que la législation évolue pour qu’on puisse considérer ces nouveaux modes de déplacements comme tels. Avec le développement de la pratique, la réglementation doit suivre. » Il pense alors à immatriculer les trottinettes électriques ou à pouvoir saisir les engins lorsqu’ils sont débridés. La semaine dernière, Dominique Estrosi-Sassone, sénatrice LR des Alpes-Maritimes, a déposé avec d’autres parlementaires, une proposition de loi auprès de la chambre haute du Parlement pour rendre obligatoire l’immatriculation de ces véhicules motorisés et ainsi faciliter l’identification des conducteurs en cas de problèmes.