Nicaragua : Daniel Ortega, vainqueur avant même le dépouillement du scrutin

Le président di Nicaragua, Daniel Ortega, est assuré d’être élu pour un quatrième mandat de cinq ans consécutif, puisque tous ses rivaux sérieux ont été placés en détention. « Une farce », « un simulacre » : Washington et l’Union européenne n’ont pas de mots assez durs pour condamner cette élection à laquelle ils dénient toute légitimité. Les journalistes de plusieurs médias internationaux, dont CNN et le Washington Post, se sont vus interdire l’accès au territoire, et le gouvernement a refusé la présence d’observateurs indépendants.

Une semaine avant le scrutin, Meta, la maison-mère de Facebook, a annoncé avoir démantelé un millier de comptes Facebook et Instagram gérés par une «usine à trolls»​ du gouvernement du Nicaragua pour manipuler l’opinion.

L’opposition décapitée

Décapitée, ses leaders en détention ou en exil, l’opposition a organisé une manifestation d’environ un millier de personnes à San José, la capitale du Costa Rica où se sont réfugiés plus de 100.000 Nicaraguayens fuyant la répression. Les opposants n’ont qu’un seul mot d’ordre pour les électeurs : « restez à la maison ».

Les cinq candidats inscrits pour affronter le chef de l’Etat sont considérés par l’opposition comme des faire-valoir compromis avec le pouvoir. C’est donc le taux d’abstention qui pourra donner une idée de l’adhésion réelle des Nicaraguayens au « ticket » formé par Daniel Ortega, 76 ans et son épouse Rosario Murillo, 70 ans, vice-présidente depuis 2017. Craignant une faible participation, le Front sandiniste de libération nationale (FSLN, ex-guérilla au pouvoir) a organisé des tournées de porte-à-porte pour mobiliser les électeurs.

La chasse aux opposants

Trois ans après la répression qui a fait plus de 300 morts parmi les manifestants qui exigeaient au printemps 2018 la démission de Daniel Ortega, et six mois avant le scrutin, la chasse aux opposants fait rage : 39 personnalités politiques, hommes d’affaires, paysans, étudiants et journalistes ont été arrêtés depuis juin. Parmi eux, les sept candidats potentiels susceptibles de constituer une menace pour le président sortant.

Favorite de l’opposition dans les sondages, Cristiana Chamorro, 67 ans, fille de l’ex-présidente Violeta Chamorro (1990-1997), a été la première arrêtée, le 2 juin, et placée en détention à domicile. Les opposants sont accusés d’atteinte à la souveraineté nationale, de soutenir les sanctions internationales contre le Nicaragua, de « trahison de la patrie » ou de « blanchiment d’argent », en vertu de loi votées fin 2020 par le Parlement, acquis à l’exécutif, tout comme le pouvoir judiciaire et le tribunal électoral.

Des sanctions adoptées par les Etats-Unis et l’Union européenne

Depuis les manifestations du printemps 2018, plus de 100.000 Nicaraguayens ont pris le chemin de l’exil tandis que 150 opposants sont toujours derrière les barreaux. Pour l’analyste nicaraguayenne Elvira Cuadra, exilée, l’isolement du pays affectera les investissements et les financements internationaux, avec des conséquences sociales et une émigration croissante.

Outre les nouvelles sanctions adoptées par les Etats-Unis et l’Union européenne, les relations se sont tendues même avec des alliés historiques comme le Mexique et l’Argentine. Restent Cuba, le Venezuela et la Russie comme soutiens du gouvernement de Daniel Ortega et Rosario Murillo.