NBA Paris Game : Les Detroit Pistons font-ils du « tanking » sans le dire pour tenter de drafter Victor Wembanyama ?

Au Palais des sports Marcel-Cerdan (Levallois),

Comme un symbole, les Bulls et les Pistons se sont entraînés cette semaine au Palais des sports Marcel-Cerdan, avant le Paris NBA Game de Bercy, ce jeudi (21 heures). Et oui, dans cette même salle où Victor Wembanyama survole la Betclic Elite chaque semaine et affole la Ligue américaine. Le géant des Mets (19 ans, 2,21 m) sera bien entendu l’un des guests les plus observés ce soir, avec Magic Johnson et Tony Parker, au lendemain de sa victoire à Fos-sur-Mer (82-83). Après tout, c’est important de découvrir aux premières loges sa future équipe NBA, non ? On trolle évidemment, mais l’actuelle place de lanterne rouge de la conférence Est des Detroit Pistons fait d’eux un candidat sérieux pour hériter du premier choix de la prochaine draft, et donc de miser sur l’intérieur français pour envisager de meilleurs lendemains.

Alors, tanking or not tanking, chers Pistons ? Le tanking, c’est ce concept de perdre volontairement des matchs dans une interminable saison régulière (82 matchs) afin d’optimiser ses chances de pouvoir choisir l’un des jeunes prospects les plus prometteurs lors de la draft, et donc d’améliorer sensiblement son équipe. Journaliste pour The Athletic et suiveur des Pistons, y compris à Paris cette semaine, James L.Edwards est formel : « Non, je ne dirai pas que les Pistons font du tanking, ils essaient de développer des jeunes joueurs et de construire pour l’avenir. Et quand vous vous évoluez avec autant de jeunes, il est naturel de perdre des matchs dans une ligue aussi relevée. Plutôt que de miser davantage sur des joueurs expérimentés, ils veulent s’appuyer sur la draft et la free agency [le marché des joueurs libres] pour bâtir sur le long terme et tenter de créer une culture de la gagne avec ces jeunes ».

Le meneur de jeu français Killian Hayes est évidemment très sollicité par les médias depuis quelques jours, avant le NBA Paris Game de ce jeudi à Bercy.
Le meneur de jeu français Killian Hayes est évidemment très sollicité par les médias depuis quelques jours, avant le NBA Paris Game de ce jeudi à Bercy. – Christophe Ena/AP/SIPA

« On a juste à grandir et à devenir plus matures »

Celle-ci ne saute évidemment pas aux yeux pour le moment, avec ce bilan affreux de 12 victoires pour 35 défaites (seuls les Rockets font pire dans toute la NBA). Pour autant, le meneur tricolore Killian Hayes (21 ans), très en vue actuellement, refuse de ne parler que d’un projet à long terme : « Non, notre but, c’est toujours de gagner. Un joueur ne veut jamais perdre. On a eu des débuts compliqués mais la saison est encore longue. Je trouve qu’on a une équipe très talentueuse. On a juste à grandir et à devenir plus matures, parce qu’on fait beaucoup d’erreurs qui nous coûtent des matchs ».

Responsable de la rubrique basket sur beIN Sports, Xavier Vaution partage ce constat : « Je ne crois pas une seule seconde qu’ils cherchent plus qu’une autre équipe à tanker, même au niveau de leurs dirigeants. Ça serait extrêmement risqué, puisqu’ils pourraient prendre des amendes de la Ligue s’ils en parlaient ou si ça se voyait. Ce sont encore des gamins et ils se retrouvent dans la saison régulière la plus folle et la plus indécise qu’on ait jamais connue, tant il y a du talent de partout. Mais ils ne sont pas catastrophiques, ils s’accrochent dans les matchs et ils ne jouent pas pour leurs stats individuelles comme à Houston et à Charlotte ».

Detroit bientôt sans ses deux meilleurs scoreurs ?

Il n’empêche, si l’ancien Choletais est actuellement dans la lumière, c’est en grande partie lié à l’absence jusqu’à la fin de saison du plus prometteur joueur de cet effectif Cade Cunningham (21 ans). Et il ne s’agit pas d’une blessure « classique », mais d’une opération au tibia qui aurait pu être évitable à court terme, mais que le numéro un de la draft 2021 a subi en décembre. De quoi renforcer, selon certains, la thèse d’une saison volontairement bazardée pour tenter d’hériter de Victor Wembanyama. James L.Edwards nous en dit davantage sur l’épisode Cunningham (19,9 points par match en moyenne) :

En connaissant Cade, si l’équipe avait été à une meilleure position en fin d’année 2022, il aurait probablement pris une décision différente. La franchise l’a laissé décider s’il souhaitait continuer à jouer sans opération. Et là, il a personnellement jugé que la meilleure option pour lui était de penser à sa carrière à long terme. »

Deuxième exemple intéressant de la stratégie du manager général Troy Weaver, arrivé en 2020 à Detroit : le meilleur marqueur de l’équipe Bogdan Bogdanovic (21,2 points de moyenne) pourrait être échangé avant la trade deadline (sorte de mercato de la NBA) du 9 février. « Les Pistons n’échangeront Bogdanovic que s’ils reçoivent une proposition qui ne se refuse pas, confie James L.Edwards. Après, ce n’est pas comme s’ils parvenaient à gagner beaucoup de matchs avec lui… Il a un âge avancé (33 ans), donc si une équipe propose un bon premier tour de draft, ça pourrait se faire. Mais ils ne vont pas le brader. »

« Banco pour patienter un peu »

Reste qu’encore plus que ceux des Bulls, les fans des Pistons sont sacrément en train de manger leur pain noir, si on se réfère à la riche histoire de la franchise, double championne NBA en 1989 et 1990 avec ses fameux Bad Boys qui ont longtemps rendu fou Michael Jordan himself. Puis en 2004, avec une recette sensiblement identique, hormis la brutalité +++ (encore que), les Pistons ont remis ça, en étant capable de bloquer les Indiana Pacers à 73 points de moyenne par match sur toute la finale de conférence, avant d’asphyxier les Lakers (4-1) en finale. Un autre temps, à l’image de ce 6e match de tranchées face à Indiana, avec un résultat (69-65) qui pourrait presque devenir un score classique de mi-temps dans la NBA de 2023. Grand supporteur de Detroit « depuis l’arrivée de Grant Hill dans la franchise » en 1994, le Lyonnais Adrien Gérinière (39 ans) revient sur l’évolution des Pistons depuis 20 ans.

Il y a eu de vraies belles années avec Larry Brown comme coach et les Wallace [Rasheed et Ben] dans la raquette. Avec Billups, Hamilton et d’autres, cette équipe avait un QI basket et une identité défensive incroyables. Après la dizaine d’années vraiment dégueus qu’on a eues, si l’objectif du manager général Troy Weaver est bien de retrouver cette identité Bad Boys comme il l’annonce, banco pour patienter pendant quelques années de reconstruction, en misant sur la draft comme l’ont fait les Warriors avec Steph Curry, Klay Thompson et Draymond Green. Mais il faut que ça suive sur le terrain, et là des joueurs comme Jaden Ivey et Hamidou Diallo laissent d’énormes trous d’air en défense. »

« Victor aura un impact direct en NBA »

Tiens tiens, n’y aurait-il pas dans quelques mois un nouvel intimidateur défensif absolu en NBA, avec ses interminables segments et son timing (3,1 contres de moyenne en Betclic Elite) ? Le 16 mai prochain, les fans des Pistons sauront dès le lottery pick s’ils peuvent commencer à se faire floquer des maillots « Wemby ». Il faut rappeler que depuis 2019, et pour justement limiter le tanking en fin de saison régulière, les trois plus mauvais bilans n’ont désormais plus que 14 % de chance de décrocher le premier choix. En 2021 et 2022, Detroit faisait partie du trio « gagnant » et avait été gâté, avec le premier choix en 2021 (Cade Cunningham) puis le cinquième choix l’an passé (Jaden Ivey).

Dans quelle mesure Killian Hayes peut-il d’ailleurs finir de convaincre ses dirigeants en faveur de son compatriote, si jamais les Pistons héritent du gros lot ? « Victor a un talent exceptionnel, et j’espère vraiment qu’il sera le premier pick, il doit l’être, estime le jeune meneur tricolore. Peu importe où il ira, il aura un impact direct en NBA. C’est le next big thing, mais ce n’est pas mon rôle de choisir qui on va prendre. » Il veillera sans doute même à ne pas apparaître trop complice avec lui, ce jeudi soir à Bercy, car l’impitoyable ligue américaine serait bien capable de le sanctionner financièrement pour ça.