Natation : « Quand il est content, un nageur va plus vite », assure Léon Marchand

EDIT 22 juin: A l’occasion de la finale du 200 mètres 4 nages de Léon Marchand ce mercredi soir, nous vous reproposons l’interview réalisée avec le nageur avant le début des Mondiaux. 

Le Covid n’a pas seulement désorganisé les hôpitaux. Il a aussi chamboulé les calendriers sportifs, dont celui de la natation. Une édition des championnats du monde en grand bassin a ainsi été ajoutée à Budapest, du 18 juin au 3 juillet, et sera suivie par les championnats d’Europe à Rome, du 11 au 21 août. L’ambitieux Léon Marchand a de fortes chances de s’illustrer en Hongrie puis en Italie.

Immense espoir des bassins français, le polyvalent Toulousain de 20 ans a rejoint Arizona State en août dernier, au lendemain des Jeux olympiques de Tokyo, marqué notamment par une prometteuse 6e place en finale du 400 m 4 nages. Du côté de Phoenix, le toujours sociétaire des Dauphins du Toec, fils et neveu de champions, étudie la programmation informatique.

Léon Marchand lors de sa victoire en 200 m papillon au meeting de Mission Viejo, en Californie, le 2 juin 2022.
Léon Marchand lors de sa victoire en 200 m papillon au meeting de Mission Viejo, en Californie, le 2 juin 2022. – Sean M. Haffey / Getty Images North America / Getty Images via AFP

Mais il brille surtout dans l’eau, sous la houlette de Bob Bowman. ancien mentor de Michael Phelps, le sportif le plus titré et le plus médaillé de l’histoire des Jeux olympiques (28 médailles, dont 23 en or). Pas le plus mauvais choix quand on aspire également à briller aux JO, si possible dès 2024 à Paris.

En avril, dans un article du « Parisien », votre entraîneur aux Dauphins du Toec Nicolas Castel mettait la barre haut : un podium voire un titre mondial sur le 400 m 4 nages. Qu’est-ce que cela vous inspire ?

Je m’entraîne tous les jours pour avoir une médaille aux championnats du monde. Avec ce que j’ai fait lors des différentes compétitions de l’année (dont la meilleure performance de l’année sur cette distance en 4’10 »38, le 31 mars à San Antonio), je pense que je ne serai pas loin. Même si on ne peut pas prédire ce qui va se passer le jour J.

Vous êtes engagés sur deux autres épreuves à Budapest, le 200 m papillon et le 200 m 4 nages. Avez-vous moins de chances de médailles sur ces distances ?

Pas forcément. « Scientifiquement » parlant, c’est effectivement sur le 400 m 4 nages que j’ai le plus de chances. Mais je n’ai pas une nage principale. Je vais essayer de faire du mieux possible dans chacune. Le « pap » (papillon), c’est quand même ma nage un peu plus faible par rapport au 200 m 4 nages et au 400 m 4 nages mais je pense que je peux aussi y faire de bons temps et que je ne suis pas très loin d’une médaille.

Nagerez-vous les mêmes épreuves aux « Europe » de Rome ?

Je crois que je ferai le 200 m brasse là-bas en plus du 200 m 4 nages et du 400 m 4 nages. Et peut-être aussi le 200 m papillon… Ce qui est sûr, c’est qu’il y aura de la brasse. Entre les deux compétitions je vais m’entraîner avec Nicolas Castel à Toulouse et je participerai aux championnats d’Espagne, fin juillet.

Léon Marchand a terminé 6e de la finale du 400 m 4 nages des Jeux olympiques de Tokyo, le 25 juillet 2021.
Léon Marchand a terminé 6e de la finale du 400 m 4 nages des Jeux olympiques de Tokyo, le 25 juillet 2021. – Sputnik / Sipa

Quelle est la différence entre le Léon Marchand d’août 2021 et celui d’aujourd’hui, après cette saison américaine ?

Déjà, j’ai beaucoup évolué physiquement. En musculation, j’ai fait plus d’« haltéro », plus d’explosivité. Je suis beaucoup plus puissant. Mentalement, j’ai gagné en autonomie et beaucoup en expérience car j’ai beaucoup nagé en NCAA (le championnat universitaire aux Etats-Unis). J’ai fait plein de courses, plein de relais. En compétition, j’arrive maintenant à me jeter sur le mur pour gagner la course. J’ai beaucoup nagé avec Bob (Bowman). Je me suis amélioré en dos, en crawl. J’ai plus d’atouts qu’avant. Je nage plus vite, tout simplement.

Vous parlez de progrès sur le plan mental. Suivez-vous une préparation spécifique ?

Oui, j’ai beaucoup travaillé avec mon préparateur mental, Thomas Sammut (qui a également collaboré avec Florent Manaudou et Camille Lacourt). Cela me permet d’être plus relax avant les compétitions et de libérer tout mon potentiel. Tout est mieux. J’ai commencé avec lui il y a à peu près un an et demi. Je travaille en visio quand j’en ai besoin. On essaie d’en faire un peu plus avant les compétitions. Il me donne des exercices de respiration, des moyens qui me permettent de me lâcher davantage dans l’eau.

La natation universitaire aux Etats-Unis, est-ce vraiment un autre monde par rapport à ce que vous aviez connu en France ?

Oui, c’est un peu comme dans les films en fait (rires). Je m’attendais un peu à ça, mais le vivre, c’est quand même assez différent. La culture du sport est très développée. Tout le monde se déplace quand il y a une compétition de natation, de foot (américain)… Ce qui m’a le plus plu, c’est le championnat universitaire. On s’entraîne tous les jours avec la même équipe. C’est comme la Ligue 1. On reste avec les mêmes personnes, on s’entend super bien. On essaie de gagner des points pour l’équipe.

Peut-on parler d’une mentalité de sport collectif dans un sport individuel ?

C’est un peu ça. Du coup, il y a beaucoup plus de plaisir. En France, j’ai l’impression qu’on est un peu trop ennuyeux. C’est compliqué de rester longtemps dans le système, de faire beaucoup de volume et au final d’avoir une compétition par an où l’on nage deux minutes et c’est fini, avant de repartir à l’entraînement. Le système américain permet d’avoir davantage le sourire à l’entraînement, d’être plus content de rester dans l’eau, car tu sais que le dimanche tu vas faire une compét’en Californie. Et quand il est content, un nageur va plus vite. Le fait de répéter les compétitions, de s’affronter à l’entraînement, ça permet d’être meilleur.

Comment se passe votre relation avec Bob Bowman ?

J’étais très impressionné au début. Mais c’est vraiment un super coach, avec beaucoup d’expérience. Je sais que je serai prêt pour toutes les compétitions avec lui. Et puis il est vraiment relax. Il a eu beaucoup de résultats, du coup il est plus cool, on s’amuse beaucoup à l’entraînement tout en sachant dans quelle direction on va, ce qu’on veut faire. Il y a une connexion qui s’est créée entre nous.

Vous avez déjà battu pas mal de records aux Etats-Unis. Avez-vous réussi une première saison au-delà de vos attentes ?

C’est clair. Au départ, je m’étais dit que la première année j’allais découvrir, tranquille, mais je me suis pris au jeu. Ce système de points, tout ça… Il y a tout pour progresser. Tous les matins je me lève en me disant : « je suis bien ici, je n’ai pas envie de rentrer ». J’ai beaucoup progressé dès la première année, bien plus que je ne le pensais. Ça me permet de changer mes objectifs sur le long terme, de me dire : « voilà, je suis capable de faire ça, maintenant on passe à la prochaine étape. »

Plus généralement comment se passe votre vie d’étudiant ?

Les entraînements commencent à 6 h le matin, jusqu’à 7h30. Puis on a une petite sieste, ensuite cours – en général de 10 h jusqu’à midi ou 13 h – et entraînement l’après-midi de 14 h à 16 h. Ensuite on est tranquilles, même si on a souvent des devoirs à faire. On se couche très tôt et on se lève très tôt.

Je vis à Tempe, la ville universitaire de Phoenix. Phoenix, c’est géant, si tu n’as pas de voiture, tu ne fais pas grand-chose. En revanche, à Tempe, on fait tout à pied. Il n’y a que des étudiants, la ville est vraiment cool. Et autour il y a le désert, il fait très très chaud avec deux jours de pluie par an.

On vous présente comme le nouveau prodige de la natation française depuis quelques années. Est-ce que ça met de la pression, et si oui, est-ce que l’éloignement aide à la gérer ?

Partir à l’étranger m’a permis de me concentrer sur ce que je fais le mieux : nager. Les gens aiment bien me regarder nager, c’est plutôt positif. Le côté négatif, c’est l’attente et la pression mais je pense que j’ai bien travaillé mentalement, ce qui m’aide à bien gérer. Je continue à apprendre mais je progresse beaucoup sur ce point et ça permet de davantage me lâcher en compétition, de ne pas penser aux autres et d’être « focus » sur moi.

Vous êtes toujours licencié aux Dauphins du Toec malgré les milliers de kilomètres de distance…

Oui, car si ça se passait mal aux Etats-Unis, je serais rentré en France et je ne voulais pas être à la rue. Avec Nico (Castel), on a une grosse relation depuis le début. Bob le dit souvent : la base technique que j’ai, c’est grâce à Nico. Je voulais l’inclure dans le projet. Dans les compétitions internationales, il est présent et quand je reviens en France, je suis plus serein de m’entraîner avec un coach comme lui qu’avec quelqu’un d’autre. En fait, le contact se fait entre Bob, Nico et moi. Il y a pas mal de communication, on s’échange les programmes d’entraînement, les ressentis, les stratégies. J’ai deux coachs !

Depuis que vous avez commencé votre carrière au haut niveau, vous dites que votre objectif est d’être champion olympique. A Paris, ce serait bien non ?

(Rires) Je veux être champion olympique quand je serai prêt. Je pense que je serai prêt à Paris. Il y a aussi Los Angeles ensuite (en 2028) donc je ne me mets pas trop la pression. Mais en France, oui, ce serait bien.