Natation : Avec le dispositif « J’apprends à nager », « on plonge dans l’absurde », lance un professionnel

Des enfants lors d’un cours de natation, à Lille, en 2012 (illustration). — M. Libert / 20 Minutes

  • Un nouveau dispositif du ministère des Sports vise à enseigner la nage non seulement aux élèves de l’école élémentaire, mais aussi aux enfants de maternelle et aux seniors.
  • C’est impossible en l’état, estiment plusieurs sources syndicales, qui jugent qu’il s’agit d’un énième vœu pieux.

Martine* a tellement peur de l’eau qu’elle se méfie même sous la douche : « Je préfère rester dos au jet. » Certains seniors, plutôt des hommes, « sont bien trop fiers pour apprendre sur le tard » – parole de maître-nageur. Bref, « les plus de 65 ans sont particulièrement touchés par les noyades », déplore la ministre des Sports Roxana Maracineanu, tout en rappelant que les enfants restent les principales victimes des noyades. Elle a annoncé vendredi que son dispositif « J’apprends à nager » sera étendu en 2020 aux élèves de maternelle et aux adultes.

« Nous avons des clubs qui sont labellisés “J’apprends à nager”, qui reçoivent à ce titre des subsides de l’Etat et qui doivent accueillir gratuitement ceux qui ne savent pas nager. C’était réservé aux enfants, on va ouvrir ces cours aux adultes en 2020 », précise-t-on au ministère des Sports, qui assure que trois millions d’euros seront consacrés chaque année au projet, contre 1,5 en 2017.

« Bonne idée sur le papier »

« C’est sans doute une bonne idée sur le papier, mais cela me semble tout bonnement impossible dans une ville comme Marseille, par exemple, estime Carole Gély, secrétaire départementale du SE-UNSA 13. Les infrastructures sont déjà overbookées : on n’enseigne la natation qu’aux élèves de CE2, et non à ceux de CM1 et CM2, comme le prévoient les programmes. » Il n’y a en effet pas assez de piscines à Marseille, et pas assez de personnel pour encadrer ces cours de natation. La mairie assure que quatre piscines sont en cours de rénovation et que huit nouveaux bassins vont être prochainement créés, dans les bâtiments existants.

« Les horaires d’ouverture au public ont été élargis pour permettre un accès plus facile aux familles », dit-on aussi au sein de l’équipe de Jean-Claude Gaudin. Leurs arguments laissent les enseignants perplexes. Pour Nathalie*, directrice d’école, « c’est évident qu’il y a un manque de volonté municipale à Marseille. » Et ce nouveau plan national la laisse de marbre : « Sur le fond, le gouvernement a raison… Mais quels vont être les moyens ? Malgré tous les plans qu’on pourra sortir, on n’apprendra toujours pas à nager aux enfants des quartiers Nord ! »

Pénurie de maîtres-nageurs

Il n’y a pas qu’à Marseille que les accès aux bassins sont difficiles. En plus du manque de piscines dans d’autres villes françaises, Bordeaux ou Toulouse, notamment, une pénurie de maîtres-nageurs frappe l’ensemble du territoire. « Il manque entre 3.000 et 5.000 maîtres-nageurs aujourd’hui pour assurer la surveillance des piscines, et surtout l’enseignement », indique un conseiller du ministère des Sports. La filière est en pleine réflexion sur les nouvelles modalités de formation et sur les solutions pour rendre le métier plus attractif.

Mais la dernière réunion au 95 Avenue de France s’est très mal passée. Jean-Michel Lapoux, secrétaire général de la FMNS (Fédération des maîtres-nageurs sauveteurs) est parti en claquant la porte. Pour lui, Roxana Maracineanu prend le problème à l’envers :

Sa grande idée, c’est l’aisance aquatique : mettre les enfants dans l’eau dès 3 ans. Mais c’est impossible matériellement. On n’a déjà pas assez d’infrastructures pour les 6-10 ans… Et avant 5-6 ans, ils ne peuvent pas synchroniser leurs bras et leurs jambes. Donc on fait disparaître la peur de l’eau sans leur apprendre à nager vraiment, ils font juste la nage du petit chien. Tout ce qu’on va réussir à faire, c’est avoir encore plus de noyés. On plonge dans l’absurde ! »

Le ministère des Sports reconnaît que « le dispositif nécessite encore un peu de montage » et qu’il faut « trouver où placer le curseur pour que le dispositif ne soit pas au détriment d’un public ou l’autre, les enfants ou les seniors. » En 2018, 600 enfants de moins de 13 ans ont été victimes d’un accident de baignade (pour 51 décès). 346 accidents ont été dénombrés chez les plus de 65 ans.

* Leurs prénoms ont été modifiés.

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