Nantes : Timides ou dégoûtés des applis, ces célibataires reviennent à la « drague à l’ancienne »

Il y a le discret, qui écoute, mais reste les bras croisés. L’extravertie, et son look décalé. Celle dont le visage montre quelques rides, tout juste séparée. C’est une drôle de tablée qui s’est petit à petit constituée vendredi soir au JYM, un bar récemment ouvert dans le quartier Saint-Felix à Nantes. Comme toutes les semaines, à partir de 19h30, des hommes et des femmes de tous profils se présentent au comptoir puis se faufilent dans la deuxième salle, où se déroule « la soirée ». « Certains sont assez timides, ils n’osent pas dire : « je viens pour la soirée drague à l’ancienne », sourit Eva, la gérante de l’établissement. Mais une fois qu’ils sont installés, le plus dur est passé. Car ici, les règles sont claires, les barrières sont levées : on vient pour faire des rencontres, entre célibataires ! »

A l’heure où les smartphones semblent avoir complètement révolutionné la façon de trouver l’amour, ce bar prône le retour de « la relation en direct ». Ici, personne ne croit aux applis, de l’ « abattage » où tout le monde « ne pense qu’au cul » et où « on se sent comme des poissons que l’on viendrait pêcher », lâche Sophie*, assise en face de sa copine. Car loin des gênants speed-dating, la douzaine de participants, sans inscription ni restriction d’âge, sont venus ici boire un verre autour d’une même grande table. Rien de bien compliqué, mais c’est justement ce qui plaît, surtout à l’ère du Covid.

« Les gens pas sérieux, ce n’est pas mon délire »

« Au moins, on voit les gens vivre, sourire, apprécie Adrien, célibataire à 42 ans, après 15 ans de relation. Ça change des journées en télétravail et des sorties dans les bars classiques, où je me vois mal me diriger vers une fille en lui disant « tu veux être ma copine ? ». » Comme un deuxième petit coup de pouce, une boîte à questions circule. Certaines fois, un thème est inscrit sur le tableau blanc pour relancer la discussion. Entre deux éclats de rire, plus ou moins gênés, on parle cinéma, cuisine, mais aussi, évidemment, d’amour.

Au bout de la table, un brun à lunettes et au sourire timide se dit « prêt à rencontrer la bonne personne ». Le jeune homme, 24 ans, confie comme beaucoup d’autres avoir « pas mal essayé les sites de rencontre », en vain. « Les gens pas sérieux, ce n’est pas mon délire, poursuit-il. Moi, j’ai envie de construire une famille, trouver quelqu’un jusqu’à la mort, avoir des enfants et leur montrer que l’amour, ça existe ! » Florentin a le même âge et tient peu ou prou le même discours. Il a vu petit à petit ses amis se mettre en couple pendant que lui se concentrait sur ses études. « Je ne suis pas mort de faim mais oui, j’ai envie de me caser, avoue le jeune homme. Mais dans la société actuelle, rien que de croiser le regard de quelqu’un, je trouve que c’est super dur. Et puis on n’a pas envie non plus de les harceler. »

« On est tombées sur un lourd »

L’heure passe et l’ambiance tourne davantage aux confessions qu’à la séduction. Mais déjà, « ne pas être la seule célibataire à une soirée » suffit à redonner le sourire à Jeanne*, qui estime, tout en engloutissant son burger, que « la drague, ça prend du temps ». Sa voisine, qui a tout de même fait la route depuis la Vendée semble un peu déçue, même si elle assure être venue « par curiosité, sans en attendre grand-chose, après un an de célibat ».

Au grand dam du doyen de l’assemblée, qui la regarde du coin de l’œil, de façon bien trop insistante. « On est tombées sur un lourd, qui ne parlait que de lui, racontent à son sujet deux amies trentenaires, manteaux déjà sur le dos. On préfère continuer la soirée ailleurs. C’est dommage, car le concept nous plaisait bien. » Selon la gérante du JYM bar, « il est déjà arrivé que des gens repartent ensemble ». Ce sera peut-être le cas ce vendredi, où la soirée drague a été renommée « Sans Valentin » pour l’occasion.

* Les prénoms signalés par un astérisque ont été modifiés.