Nantes : Ils cultivent des champignons comestibles dans une chapelle du centre-ville !

Il faut le voir pour le croire, comme aurait pu le dire Saint-Thomas. Près de la place Viarme à Nantes, c’est une étrange activité de culture de champignons comestibles qui s’est installée depuis maintenant un an à la chapelle du Martray. Derrière des rideaux en plastique, sur des étagères roulantes collées les unes aux autres, une myriade de petits shiitakés poussent sur des centaines de blocs de substrat clairs. Un couteau à la main, Romain Redais, le cocréateur du Champignon urbain (avec Camille May), détache un à un ces champignons charnus et parfumés, d’origine asiatique. « On en a produit ici trois tonnes, sourit l’agriculteur urbain de 40 ans. C’est une culture rapide, silencieuse et économe en place. On n’aurait pas pu faire des patates en ville ! »

Sélectionnée dans le cadre du premier appel à projet des « lieux à réinventer », lancé par la mairie de Nantes en 2018, la champignonnière n’a pas atterri dans cet édifice culturel religieux du XIXe siècle par hasard. Si ses deux fondateurs ont découvert, seulement récemment, d’embêtants problèmes de ventilation, le lieu les a, au départ, séduit pour ses qualités thermiques. « La chapelle joue un rôle d’amortisseur climatique, avec des variations de température plutôt faibles. Il faut quand même faire attention, surtout aux coups de chaud, et venir surveiller un jour sur deux, rapporte Romain Redais, diplômé en chimie industrielle. C’est du boulot mais ça a quand même beaucoup de gueule de travailler ici ! »

Amap, restaurants, vente directe

Avec un deuxième site de production dans l’ancien MIN, la petite entreprise agricole a déjà écoulé en une saison 8,5 tonnes de champignons, labellisés bio. Des shiitakés mais aussi des pleurotes et des champignons bruns, vendus via des AMAP, à une dizaine de restaurateurs nantais, mais aussi en vente directe (17 euros le kilo) à l’occasion d’un petit marché, à la chapelle, tous les vendredis après-midi. « On adore l’endroit, la démarche, et puis c’est très très bon, assure Perrine, 29 ans, une cliente. On les fait revenir dans la poële, puis on mélange les shiitakés avec des oignons et de la sauce soja, avec des pâtes. »

Pour faire décoller son affaire, le Champignon urbain projette de se diversifier avec une production d’endives, qui ne nécessiterait pas beaucoup de moyens supplémentaires. En attendant, ceux qui se présentent comme « les seuls champiculteurs stricts de Nantes et même de Loire-Atlantique » espèrent cette année doubler leur récolte de champignons. A terme, ils aimeraient les voir pousser dans des drêches de bière (résidus d’orge récupérés après le processus de brassage) dans une démarche de valorisation des déchets.