Nancy : Un an de prison avec sursis requis contre les soignantes après la mort du jeune Timéo au CHRU

Un an d’emprisonnement avec sursis a été requis mercredi par le tribunal correctionnel de Nancy contre les trois soignantes de l’hôpital du CHRU jugées pour homicide involontaire après la mort de Timéo, 4 ans, survenue à la suite d’une probable surdose médicamenteuse.

Au printemps 2015, le petit garçon avait été admis au CHRU de Nancy pour des douleurs aux jambes, après avoir chuté d’une moto sur laquelle son père le transportait. Peinant à établir un diagnostic clair après trois semaines de soins en unité infantile, sous la supervision d’une jeune interne, l’équipe médicale avait décidé de lui donner de la colchicine, un anti-inflammatoire. Lors du procès de trois soignantes du centre hospitalier de Nancy qui a début hier, l’établissement des responsabilités a été difficile à établir.

« Ce dossier me dépasse complètement », « rien ne nous a alertés », « je ne sais pas » : les trois soignantes de l’hôpital de Nancy jugées pour homicide involontaire ont cherché mardi à se dédouaner d’une éventuelle responsabilité dans la mort de Timéo. «Ce qui est frappant dans ce dossier, c’est que personne n’assume, ni ne regrette ce qui s’est passé et tout le monde se renvoie la balle», a regretté le procureur dans ses réquisitions, en attribuant un «niveau égal de responsabilité» aux trois femmes.

« J’ai fait ce que j’ai pensé être bon à ce moment-là », résume, face au tribunal correctionnel de Nancy, la cheffe de clinique débordée à qui était revenue la tâche d’encadrer l’interne en médecine en charge de Timéo à un moment où deux de ses collègues étaient absentes. « Je l’aidais à avancer dans ce dossier qui me dépasse complètement », explique la cheffe de clinique, à propos de l’étudiante en médecine qui l’avait appelée à la rescousse. Absente à l’audience, l’interne a obtenu le statut de témoin assisté au cours de l’instruction.

L’absence de prescription écrite

Au cœur du procès, la prescription délivrée oralement par une spécialiste de cardiologie pédiatrique au CHRU de Nancy, dont les diplômes n’avaient été que partiellement reconnus par la France après son départ de Syrie. « Elle a fait preuve d’imprudence en se contentant d’un avis oral, en n’attirant pas l’attention sur la dangerosité du médicament prescrit», a estimé le procureur.

« L’avis » que la cardiologue affirme avoir donné conseillait 0,5 mg/jour de colchicine, qui se transformera en 0,5 mg par kilo après la sortie de la pharmacie, soit 16 fois la posologie requise pour un si jeune patient. « Si j’avais commis la moindre erreur, j’assumerais ma totale responsabilité et je m’excuserais auprès des parents », a-t-elle clamé face aux juges. « Ce qui est arrivé est dramatique ,mais j’ai fait mon travail », a également affirmé l’infirmière qui, en bout de chaîne, a écrasé les huit comprimés et les a administrés au petit garçon, sans questionner son geste. Au bord des larmes, elle a affirmé que ce n’était pas à son niveau de « petite infirmière d’aller contredire un ensemble de spécialistes » au-dessus d’elle. « Tous les verrous ont sauté ! », ne peut que a constaté Maître Rémi Stéphan, l’avocat des parents et grands-parents de Timéo, parties civiles. Le procureur lui a reproché sa « négligeance ». 

« Quelque chose de brouillon »

Mardi et mercredi, une vingtaine de proches de la famille de l’enfant était présents à l’audience, arborant des T-shirts à l’effigie du petit garçon souriant. « C’est un hôpital qu’on pensait sécurisant, vu de Saint-Dié-des-Vosges où on habite » : en fin de journée, les parents de Timéo, désormais séparés, s’avancent à la barre. « On y a cru jusqu’au bout, même en réanimation », a déclaré, digne, Elodie Gaire,la mère de Timéo, qui doute que « le travail de remise en question ait été fait » au CHRU. Trop ému, son ex-conjoint n’a pas été en mesure de s’exprimer face à la salle.

En raison de la technicité du dossier, le jugement devrait être mis en délibéré à une date ultérieure.