« Nabilla : Sans filtre » : Qu’y a-t-il à voir dans la série documentaire d’Amazon Prime Video ?

« Je reviens de très loin, tout le monde disait que j’étais bête, que j’étais vulgaire, raconte-t-elle face caméra. Il y a plein de fois où j’ai pensé à mourir. » Nabilla Vergara a accepté d’être suivie dans son quotidien, entre Dubaï, Genève et Paris, pour une série documentaire qui arrive sur Amazon Prime Video ce vendredi. Le titre, Nabilla : Sans filtre, veut jouer du double sens. Il promet la spontanéité, la parole sans langue de bois, mais prétend aussi montrer la vingtenaire comme on ne l’avait jamais vue, loin des filtres Instagram, le réseau social où elle compte en cette fin novembre près de 7 millions de followers. « Aujourd’hui, je voudrais prendre le risque de montrer qui je suis, j’assume tout », affirme Nabilla Vergara dès le prégénérique du premier des sept épisodes.

Ne soyons pas dupes, si elle a assuré à 20 Minutes avoir « donné carte blanche à Amazon Prime Video » et confié disposer d’« un droit de regard » dont elle affirme n’avoir pas fait usage, la principale concernée était en terrain connu. Le programme est produit par ITV Studios France (et Banijay) qui, début 2020, l’avait recrutée pour animer la version française de la téléréalité Love Island destinée à la même plateforme de streaming. Nabilla Vergara était donc assurée d’une bulle de bienveillance. Nabilla : Sans filtre, n’est pas pour autant une hagiographie passant la brosse à reluire à ses protagonistes ou s’échinant à les présenter sous leur meilleur jour.

Le mariage de A à Z

Certes, les séquences légères, un brin superficielles ou à la faible valeur informative – chacun et chacune décidera du meilleur terme selon son humeur – sont au rendez-vous de ces quelque trois heures et trente minutes d’immersion dans la vie de son héroïne. Le fil rouge repose d’ailleurs sur l’organisation du mariage : des contraintes sanitaires à la cérémonie au château de Chantilly (Oise) et au cambriolage de la chambre nuptiale, en passant par les essayages de robe chez Jean Paul Gaultier, on ne loupe aucune étape. Des amis et amies people – Iris Mittenaere, Bilal Hassani, Léna Situations – font de rapides apparitions. De ce point de vue, les codes du docu-réalité sont respectés. Mais, si Nabilla Vergara a souvent été présentée comme « la Kim Kardashian française », son émission à elle se démarque quelque peu de la futilité de son homologue américaine.

En plongeant dans le parcours de celle qui a fait sa première apparition en 2011, sur TF1, dans L’amour est aveugle, un concept reposant sur des speed datings dans le noir, on retrace une décennie d’un destin peu commun. Il était une fois le séminal « Non mais allô quoi ! », le tourbillon de la médiatisation people, la chronique judiciaire largement défrayée et l’actuelle respectabilité dont elle jouit depuis qu’elle s’est installée à Dubaï. Et comment elle a fondé une famille et gère désormais sa marque de cosmétiques Nabilla Beauty.

Il était une fois (aussi) cette nuit de novembre 2014 qui n’a rien du conte de fées et tout du compte rendu de faits divers. Ce moment charnière dans sa biographie où elle a asséné un coup de couteau à son compagnon Thomas Vergara. « Ne pas en parler, ce serait ne pas l’assumer, a-t-elle expliqué à 20 Minutes. Cela fait partie de notre histoire. Si les gens ne connaissent pas cette facette de nous, ils ne pourront jamais nous comprendre. » Le public comprendra du moins sa version des faits, et celle de son partenaire et désormais époux qui intervient également dans la série documentaire.

Son expérience de la prison

Pour son acte, Nabilla qui n’avait pas encore pris le nom de Vergara, fut condamnée à six mois de prison ferme et dix-huit mois avec sursis. Elle a bénéficié d’un aménagement de peine et n’est donc pas retournée en prison à l’issue du procès. « En prison, tu n’es pas Nabilla, tu es numéro 6480 », dit-elle dans Sans filtre. Elle revient en détail sur son expérience carcérale, notamment lors de sa rencontre avec Karim Mokhtari, le créateur de l’association 100Murs auprès de qui elle se renseigne sur la marche à suivre pour faire des interventions auprès des détenues. C’est aussi au profit de cette association qu’elle a participé à la dernière saison de Fort Boyard. Nabilla, l’engagée.

Nabilla Vergara est aussi inattendue lorsqu’elle parle de sa relation contrariée avec son père. Ce dernier a eu énormément de mal à supporter la médiatisation de sa fille, a eu l’impression – formulons-le poliment – que ce qu’elle faisait ne correspondait pas à ses valeurs à lui. Le temps a fait en partie son œuvre, mais on sent le rabibochage fragile. Elle redoute de lui annoncer son mariage, elle s’inquiète de sa réaction lorsqu’elle lui aura proposé de l’accompagner jusqu’à l’autel de la célébration (civile) et elle a peur qu’il décide simplement au dernier moment de ne pas faire le déplacement. Ambiance.

C’est quand on découvre Nabilla Vergara évoluer avec ses proches, de son premier cercle familial à son amie d’enfance au soutien indéfectible, que l’on a le plus l’impression de toucher à la vérité de cette femme qui a longtemps souffert et pâti de son hypersexualisation. C’est dans ces moments-là que les filtres semblent vraiment disparaître, que la parole et les apparences ne paraissent pas contrôlées. Que nous dit, en somme cette série documentaire ? Que la Nabilla d’il y a dix ans a mûri en mode accéléré. Et que celle qui a longtemps été cernée par des millions de regards veut aujourd’hui être vue d’un autre œil.