France

Municipales à Paris : Grégoire élu grâce au « front républicain »

Emmanuel Grégoire a été élu maire de Paris ce dimanche soir en battant Rachida Dati, ayant appelé au vote utile en sa faveur. Les résultats montrent que l’appel à voter pour lui a semble-t-il été entendu, malgré les derniers sondages annonçant un résultat plus serré.

Emmanuel Grégoire, élu maire de Paris ce dimanche soir après avoir battu Rachida Dati, avait appelé depuis plusieurs semaines à voter utile en sa faveur, que ce soit pour les électeurs qui étaient tentés par Sophia Chikirou, qui s’est maintenue au second tour, ou pour ceux ayant voté pour Pierre-Yves Bournazel au premier tour, avant que celui-ci ne fusionne sa liste avec celle de l’ancienne ministre de la Culture pour finalement se retirer.

Emmanuel Grégoire salue peut-être ici ceux qui ont fait un pas de côté pour soutenir sa candidature.
Emmanuel Grégoire salue peut-être ici ceux qui ont fait un pas de côté pour soutenir sa candidature.  - Samuel Sotto/SIPA

La victoire nette du candidat de la gauche unie, qui a défié les derniers sondages annonçant un résultat plus serré, indique que cet appel a semblé être entendu. C’est du moins ce que révèle la soirée passée par 20 Minutes à la soirée électorale du nouveau maire de Paris à la Rotonde Stalingrad (19e arrondissement).

« Le danger était trop grand »

Théo, 24 ans, affichait une mine peu réjouie ce dimanche soir. Ce « LFIste » convaincu prenait une bière avec ses amis « socialos » au bar le 25°Est, situé non loin de la Rotonde Stalingrad, un peu plus d’une heure avant l’annonce des résultats. « J’ai voté Grégoire, dit-il gêné, je vais me faire chambrer par mes potes pendant des années mais oui, c’est un vote utile. » Bien qu’il assure que sa voix retournera à LFI pour la présidentielle de 2027 « et toutes les autres élections », il se décrit comme un fervent supporter du « front républicain ». « Là, le danger était trop grand. Et je préfère protester contre un Grégoire ou un Brossat que contre Dati qui est un bulldozer violent, tant politiquement qu’humainement », commente-t-il, tout en révélant qu’il a « quand même un peu mal au ventre ». « Mais mes potes ont promis de tout me payer ce soir en consolation », ajoute-t-il en levant son verre.

Romuald, d’un âge similaire, n’est pas venu soutenir Emmanuel Grégoire ni pour partager des verres avec des amis. Il se définit « plutôt de droite » et se présente simplement en tant que « riverain ». « J’ai voté au premier tour pour Bournazel mais comme lui, je ne pouvais pas voter pour Rachida Dati », confie-t-il. Pourtant, c’est le bulletin du nouveau maire qu’il a glissé ce dimanche matin dans l’urne de son bureau de vote du 19e arrondissement. « Dati, c’est n’importe quoi. Comme Hidalgo d’ailleurs. Grégoire c’est plus « acceptable ». Il est moins à gauche qu’Hidalgo, je le vois plus comme un macroniste des premières heures. »

« Je ne vais pas attraper froid pour un socialiste »

La présence de centaines de militants de gauche ne le fait pourtant pas fuir : « Je ne suis pas d’accord avec tous ces gens. Mais une élection, c’est une respiration démocratique. Parce que derrière les pugilats de plateaux TV, la grande majorité des militants de tous les camps sont très ouverts à la discussion. Ça enrichit ma réflexion. » Pour autant, il ne prévoit pas de changer d’avis : « J’espère qu’en 2032, on aura un candidat un peu plus capable à droite. Si c’est le cas, il aura ma voix. »

Nathalie, qui habite aussi le quartier et se prénomme « comme Arthaud » (la porte-parole de Lutte ouvrière), partage également les combats politiques de son homonyme. Bien qu’elle ait initialement prévu de voter au second tour pour Sophia Chikirou « pour dire stop au système PS-LR », elle s’est finalement résignée à voter pour Emmanuel Grégoire. « Le risque de voir la droite et l’extrême droite saccager Paris était trop grand. C’est un moindre mal. Ils ne font pas les choses comme il faut, mais ils ont conscience des problèmes. C’est déjà ça. » Elle n’attendra toutefois pas l’annonce des résultats sur la place de la bataille de Stalingrad. « Faut pas pousser le bouchon trop loin, je ne vais pas attraper froid pour un socialiste », lance-t-elle en riant. Peut-être entendra-t-elle Emmanuel Grégoire et ses colistiers remercier ceux qui se sont hissés à sa candidature pour faire barrage à la droite sur les réseaux sociaux.