Municipales 2026 : Plus de 42 % d’abstention, « c’est un peu la fin de l’amour »
La participation au premier tour des municipales a été de 57,17 %, selon les données du ministère de l’Intérieur. D’après les statistiques, 23 % des Français n’avaient qu’un seul candidat cette année, contre 16 % en 2014.
Les résultats sont désormais connus. La participation au premier tour des élections municipales, qui s’est tenu dimanche, s’est élevée à 57,17 %, selon les données complètes du ministère de l’Intérieur analysées par l’AFP. À l’exception de l’élection de 2020, influencée par le contexte du Covid-19, il s’agit de l’un des scores les plus bas dans l’histoire de la Ve République.
Cette participation représente une baisse de six points par rapport aux élections de 2014. Elle est également supérieure de plus de 15 points en dessous de la moyenne de participation aux élections municipales entre 1959 et 2014, qui était de 72,35 %. Les élections municipales ont pourtant longtemps été considérées comme le scrutin préféré des Français, qui sont attachés à leurs communes et leurs maires. François Kraus, directeur du pôle Politique à l’Ifop, analyse cette situation pour *20 Minutes*.
### Que pensez-vous de ce score historiquement bas de la participation ?
C’est un record historique à la baisse pour les élections municipales, à part, bien sûr, le cas particulier du Covid. Nous assistons à une érosion lente mais continue de la participation des Français depuis le milieu des années 1980. À cette époque, il y avait une forte politisation avec un vote-sanction très marqué, surtout lors des élections municipales de 1983. Depuis, cela a continuellement diminué.
### Le maire reste pourtant l’élu préféré des Français. Pourquoi ce désamour ?
Je dirais que c’est un peu la fin de « l’amour fou », pour reprendre une expression du cinéma. Depuis longtemps, on observe une baisse de l’attachement des Français envers leur maire. Comparé aux autres élus, comme les parlementaires, complètement discrédités, il est effectivement mieux perçu, mais il subit, comme les autres, une désaffection envers le personnel politique. Les Français ressentent aussi une perte de confiance dans la capacité des maires à changer les choses dans leur commune. Cela s’accompagne d’une diminution de l’identification aux maires, que ce soit en tant que personne (16 points de moins) ou vis-à-vis de leur étiquette politique (30 points de moins par rapport aux années 1980). La loi NOTRe de 2015 a contribué à cette perte de confiance, en transférant certaines compétences des maires vers les intercommunalités ou les départements.
### D’autres facteurs peuvent-ils expliquer ce score si bas ?
En comparaison avec les années 1980, marquées par une forte participation, le vote-sanction avait un effet mobilisateur très significatif lors des élections locales. Cette année, plusieurs facteurs ont joué contre. D’abord, une gifle électorale avait déjà eu lieu un an et demi auparavant lors des élections européennes et des législatives anticipées. Ensuite, dans treize mois, se tiendra l’élection présidentielle, qui pourrait mobiliser certains électeurs. Enfin, pour que les électeurs puissent exercer un vote-sanction, il faut qu’il y ait des candidats à sanctionner. Dans ce scrutin, la présence macroniste a été quasiment inexistante à l’échelle locale. Bien qu’il y ait eu des personnalités du bloc central, seulement neuf listes autonomes avec l’affichage de l’étiquette Renaissance étaient présentes.
### La fin du panachage a-t-elle aussi découragé certains électeurs, qui ne retrouvent plus la spécificité du scrutin ?
Le changement de mode de scrutin, notamment pour les plus petites communes, avec l’abolition du panachage et la mise en place de la parité, a entraîné le fait que deux tiers des communes françaises ne proposaient qu’une seule liste. Selon nos statistiques, lorsqu’il n’y a qu’un seul choix, la participation diminue de 15 points. Ces changements techniques ont quelque peu dégradé ce vote, qui est généralement plus fort en milieu rural qu’en milieu urbain. L’impact est concret : cette année, 23 % des Français n’avaient qu’un seul candidat, contre 16 % en 2014.

