Municipales 2026 : L’impact des listes fusionnées sur les électeurs.
Les accords entre les candidats se sont multipliés au lendemain du premier tour des élections municipales dans de nombreuses villes de France. Selon un sondage « jour du vote » réalisé dimanche pour France Télévisions, Radio France et Public Sénat/LCP-AN, 89 % des personnes proches de LFI se disent favorables à une fusion.
Toulouse, Lyon, Paris, Strasbourg… De nombreuses villes françaises ont vu les accords entre candidats se multiplier après le premier tour des élections municipales. Pour gagner la mairie ou « faire barrage », ces alliances prennent diverses formes : programmatiques, pour diriger la ville ensemble, ou techniques, pour limiter la dispersion des voix, comme c’est le cas à Nantes.
Mardi marquait l’ultime échéance pour les candidats, qui avaient jusqu’à 18 heures pour déposer leurs listes en préfecture avant le second tour, prévu dimanche. Reste à savoir si les électeurs valideront cette recomposition de l’offre lors du dépôt de leur bulletin.
Sensibilités partisanes
« Il y a une position de principe qui marque des différences très nettes en fonction des électorats », explique Adélaïde Zulfikarpasic, directrice générale du pôle société d’Ipsos BVA. Dans un sondage « jour du vote » réalisé dimanche pour France Télévisions, Radio France et Public Sénat/LCP-AN, l’Ipsos BVA/CESI École d’ingénieurs a interrogé les Français sur l’éventualité d’une fusion entre les listes de La France insoumise et celles des autres partis de gauche pour le second tour des élections municipales.
Selon cette étude, 89 % des personnes proches de LFI se disent favorables à une fusion. Ce pourcentage baisse à 51 % pour les sympathisants d’EELV et tombe à 36 % pour les électeurs du PS. « 64 % y sont opposés, dont 34 % tout à fait opposés », précise Adélaïde Zulfikarpasic. Cette ligne est similaire à celle du parti, que l’on observe dans certaines villes : à Paris ou à Marseille, aucun accord n’a été trouvé entre les listes LFI et d’union de la gauche.
En ce qui concerne la droite, 64 % des sympathisants Les Républicains se disent favorables à une alliance avec les listes du Rassemblement national, selon le sondage Ipsos BVA, tandis que 78 % des électeurs proches du RN soutiennent cette fusion. Coincés entre ces deux options, les LR se montrent également 69 % favorables à une fusion avec les listes du bloc central.
Configuration locale
Cependant, cette posture de principe est influencée par des considérations locales. « Il y a la configuration locale », précise Adélaïde Zulfikarpasic, soulignant que les électeurs se sentent « assez libres ». Elle mentionne l’exemple de l’électorat de Pierre-Yves Bournazel, candidat Horizons/Renaissance à Paris, arrivé en quatrième position avec 11,34 % des voix. Après de longues négociations, il a décidé de fusionner avec la liste de Rachida Dati, candidate LR, en se retirant du scrutin. « Même s’il ne s’était pas retiré, une partie de ses électeurs n’aurait pas voté Rachida Dati car cela ne correspond pas à leurs idées ni à leur ligne idéologique », ajoute la spécialiste. Elle insiste sur le fait qu’une fusion des listes et un candidat se ralliant à un autre ne garantissent pas que 100 % des électeurs le suivent.
L’identité du candidat à affronter peut également influencer la décision finale. Dans la dernière enquête d’Ipsos, la Fondation Jean-Jaurès, le Cevipof et *Le Monde*, 30 % des sympathisants du PS se déclaraient favorables à une union à gauche « uniquement pour éviter la victoire d’une liste de droite ou d’extrême droite, quels que soient les partis qui la composent », contre 22 % qui y sont favorables « quelle que soit la configuration du second tour ». « Le barrage anti-RN reste un ciment fort de l’électorat de gauche », note Adélaïde Zulfikarpasic, tout en faisant état d’un « effritement » au fil des années.
Individualisation du vote
« Il y a une posture de principe par rapport à une consigne nationale, mais il y a aussi la configuration de la ville. Si dans votre ville, le seul moyen de faire barrage à la droite, à la gauche, au RN ou à LFI, selon vos opinions, c’est de s’allier même si vous êtes un opposant au principe de la fusion, vous pouvez adopter une attitude différente dans les faits », résume Adélaïde Zulfikarpasic.
« On n’est plus dans le monde des consignes partisanes », affirme Vincent Tiberj, sociologue et professeur à Sciences Po Bordeaux, interviewé par *Le Progrès*. « Nous avons progressivement évolué vers une logique d’individualisation croissante des déterminants du vote alors qu’auparavant, nous étions davantage dans une logique collective : je vote comme ma famille, comme mes pairs », renchérit la spécialiste d’Ipsos/BVA.

