France

Municipales 2026 : Les RN sortants triomphent dans presque toutes leurs villes

Steeve Briois a obtenu 78 % des voix à Hénin-Beaumont (Pas-de-Calais) et Ludovic Pajot a remporté 81,44 % à Bruay-La-Buissière. Les maires sortants du Rassemblement national ont souvent été réélus dès le premier tour malgré des polémiques concernant leur gestion.


78 % pour Steeve Briois à Hénin-Beaumont (Pas-de-Calais), 81,44 % pour son « voisin » Ludovic Pajot à Bruay-La-Buissière, 72,96 % pour Fabien Engelmann à Hayange (Moselle)… Même si certains résultats ne rivalisent pas avec ceux de Vladimir Poutine, de nombreux maires sortants du Rassemblement national ont été réélus dès le premier tour des élections municipales.

Jordan Bardella s’est dit réjoui et a également salué les maires de Perpignan (Pyrénées-Orientales), de Beaucaire (Gard), du Pontet (Vaucluse) ou encore de Moissac (Tarn-et-Garonne) qui évitent un second tour. Ces victoires ont été expliquées par le président du parti, qui a mentionné « la reconnaissance d’un travail sérieux, d’une gestion honnête et d’un engagement constant au service de l’intérêt général ».

Les six dernières années ont cependant été marquées par des controverses pour les maires RN sortants : gestion tumultueuse, accusations de brutalité démocratique, plaintes pour injures, condamnations pour détournement de fonds publics, sans oublier les nombreux éléments troubles découverts sur les listes du parti d’extrême droite.

Cela ne les a pourtant pas empêchés de remporter les élections. Une municipalité RN se caractérise par un style bien particulier. « Il y a trois priorités qui les définissent », précise Jérémie Poveda, membre du Centre d’Études Politiques et Sociales de l’université de Montpellier et auteur d’une thèse sur l’exercice du pouvoir par les partis d’extrême droite dans les municipalités.

La première priorité des maires du RN repose sur une réduction drastique des dépenses publiques. Ce resserrement budgétaire ne touche cependant pas la sécurité, qui est la deuxième priorité, avec une augmentation significative des effectifs de police municipale. Enfin, la troisième caractéristique, souvent bruyante, consiste à couper ou réduire les subventions aux associations jugées « trop politisées ». « Ce sont généralement des associations culturelles ou d’entraide, surtout si cette aide est destinée à des personnes immigrées ou d’origine immigrée », précise Jérémie Poveda.

À Hénin-Beaumont, Marine Tondelier, conseillère d’opposition, a dénoncé à plusieurs reprises la gestion autoritaire du maire, allant jusqu’à déposer une plainte pour injures lors d’un conseil municipal. À Rognac, dans les Bouches-du-Rhône, plusieurs plaintes et signalements ont également visé la première année de gestion du RN. « Il ne faut pas interpréter un résultat électoral comme une adhésion pleine et entière à une gestion municipale. C’est souvent davantage une absence de rejet », indique l’expert.

Selon lui, « le capital politique personnel construit par ces élus est extrêmement important ». Il cite Louis Aliot à Perpignan ou Steeve Briois à Hénin-Beaumont, qui ont su établir des liens avec des entrepreneurs et des associations influents localement. Rien de surprenant pour des élus, mais c’est particulièrement bien exploité par ceux du Rassemblement national. « L’adjoint aux sports de Steeve Briois (Laurent Brice, également premier adjoint) est très impliqué dans le football de la ville. Cela crée une clientèle électorale très fidèle et facilement mobilisable pour des élections municipales », illustre l’expert.

Jérémie Poveda note également que ces liens ont probablement permis à David Rachline d’être réélu à Fréjus (Var) malgré la perte du soutien du parti. L’ancien cadre sera jugé en septembre pour favoritisme en relation avec un entrepreneur du BTP qui a remporté plusieurs marchés publics.

Le succès des maires sortants s’explique également par la sociologie de leurs communes. À l’exception de Perpignan, toutes sont des villes petites ou moyennes qui présentent les caractéristiques sociologiques typiques du vote Rassemblement national. « Ce sont principalement des classes populaires, souvent blanches, mais pas uniquement, qui ne sont pas non plus les catégories les plus pauvres. Elles se situent dans un “milieu inconfortable” où elles expriment un scepticisme à l’égard des élites, surtout culturelles, tout en dénonçant les assistés, en premier lieu les personnes issues de l’immigration », détaille-t-il.