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Municipales 2026 : Les propriétaires de résidences secondaires doivent-ils voter deux fois ?

La question de savoir s’il faut permettre aux propriétaires de résidences secondaires de voter dans leur commune de résidence principale est régulièrement débattue, avec des opinions divisées entre partisans et opposants. Environ 15 % des habitations d’une commune du Morbihan sont des résidences secondaires, où une taxation à 60 % de la taxe d’habitation a été adoptée en 2024 pour « aider au logement des jeunes et des familles de la commune ».

La question réapparaît régulièrement dans le débat public : doit-on autoriser les propriétaires de résidences secondaires à voter dans leur commune de résidence lors des élections municipales, ainsi que dans celle où ils possèdent un bien immobilier ? Les élus et les lecteurs de 20 Minutes sont largement partagés, entre considérations démocratiques, justice fiscale et inquiétudes concernant un déséquilibre politique.

Pour les défenseurs de cette mesure, l’argument principal est de nature fiscale. Les propriétaires de résidences secondaires contribuent au financement de la commune et devraient donc pouvoir influencer sa gestion. À ce sujet, Hervé et de nombreux autres s’interrogent : « Où est l’égalité quand on paie presque le double en taxe foncière et en taxe d’habitation sans avoir le droit de vote ? »

André-Luc Montagnier, maire sans étiquette de Fleury (Aude), dont dépend la station balnéaire de Saint-Pierre-la-Mer, affirme qu’il n’y a pas de débat. Dans cette commune où deux tiers des habitations sont des résidences secondaires et où la population passe de 4.500 habitants en hiver à près de 50.000 l’été, le maire « estime que tous ceux qui participent à l’économie de la ville ont légitimement le même droit que ceux qui y résident de manière principale ».

Faut-il permettre aux propriétaires de résidences secondaires de pouvoir voter sur leur lieu de vie lors des élections municipales mais aussi en plus dans la commune où ils sont propriétaires d'un bien immobilier ?
Faut-il permettre aux propriétaires de résidences secondaires de pouvoir voter sur leur lieu de vie lors des élections municipales mais aussi en plus dans la commune où ils sont propriétaires d’un bien immobilier ? - Frederic MUNSCH/SIPA

Les taxes foncières et d’habitations représentent « plus de 50 % du budget communal », précise l’élu, qui grâce à ces revenus diversifie les services pour tous les habitants et modernise les infrastructures vieillissantes ou peu développées. « Pour notre commune et ses spécificités, il est évident que les propriétaires de résidences secondaires devraient pouvoir voter à Fleury et dans leur commune de résidence principale. » Il ajoute :

« Je considère qu’ils ne sont pas des contribuables de seconde zone et qu’ils ont, et doivent avoir, une influence sur une commune.  »

Rétablir l’équité entre contribuables

Ce soutien est renforcé par un constat : « Nous avons de plus en plus de préretraités ou de retraités qui passent plus de six mois dans leur résidence secondaire et participent ainsi activement à la vie économique et sociale de la commune. Certains d’ailleurs ont choisi de voter ici. » L’édile déplore que beaucoup d’entre eux ignorent que la loi actuelle leur permet de voter dans leur résidence secondaire après inscription sur la liste électorale.

Paul, lecteur de 20 Minutes, évoque un principe historique de la démocratie : le droit de vote a été acquis pour que les citoyens puissent décider des impôts qui leur sont imposés. Concernant les résidences secondaires, explique-t-il, des contribuables doivent payer des taxes sans pouvoir influencer les décisions municipales. Pour Thierry, ces propriétaires sont même « souvent les oubliés de la mairie ». Dans cette optique, accorder le droit de vote serait simplement un moyen de rétablir une forme d’équité entre contribuables.

Une crainte de suffrage censitaire

Les opposants, majoritaires, considèrent au contraire cela comme une menace pour l’égalité démocratique. Ronan Loas, maire (DVD) de Ploemeur en Bretagne, région fortement touchée par les résidences secondaires, témoigne des « villages aux volets fermés » et de la difficulté pour les résidents d’accéder à un logement. « C’est presque une question philosophique, je suis totalement contre cette proposition, et je ne vois même pas comment elle pourrait être mise en œuvre », rejette-t-il. « On réinvente le vote censitaire ! On peut en discuter, mais je pense que cela n’est absolument pas constitutionnel. »

En soulignant les difficultés de révision des listes électorales, la nécessité de créer suffisamment de bureaux de vote et le coût financier associé à cette mesure, l’élu du Morbihan craint également l’influence de certains politiques extérieurs à la commune. Pour lui, il s’agit d’une question de fond et républicaine, et non d’une crainte de représailles électorales pour cette commune où 15 % des logements sont des résidences secondaires. En 2024, une taxe de 60 % sur la taxe d’habitation a été adoptée, une décision prise pour « aider au logement des jeunes et des familles de la commune », rappelle-t-il.

François-Noël partage cet avis et rappelle le principe républicain : « un homme, une voix ». D’après lui, multiplier les votes en fonction du nombre de biens possédés donnerait un poids politique accru aux plus riches. Emeline souligne que les propriétaires de résidences secondaires appartiennent généralement à une certaine classe sociale : leur donner une voix supplémentaire signifierait « donner au moins deux fois plus de voix aux riches ».

La légitimité locale mise en question

Beaucoup évoquent également la légitimité de ceux qui décident de l’avenir d’une commune sans y vivre toute l’année. Charles soutient que les règles devraient rester simples : l’inscription sur les listes électorales doit se faire dans la commune de résidence principale, car le budget municipal doit d’abord servir les habitants permanents. Hélène remarque que certains propriétaires louent leur bien et peuvent être responsables de nuisances sans réellement contribuer à la vie sociale ou économique. Vincent ajoute que « les attentes ne sont pas les mêmes entre vacanciers et travailleurs locaux ».

Certaines voix parmi les propriétaires de résidences secondaires s’opposent également à cette idée. Tomi, dont la famille possède une maison dans une station touristique depuis plusieurs générations, trouve injuste d’influer sur les décisions politiques locales. « Nous ne subissons pas réellement les contraintes des résidents permanents », explique-t-il. Selon lui, ces propriétaires pourraient être tentés de voter pour des mesures à leur avantage (comme une réduction de la taxe foncière) au détriment de l’intérêt général et des services publics locaux.

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Face à ces positions tranchées, certaines voix suggèrent des compromis. Bernard pense que la question pourrait être envisagée dans de petites communes si les propriétaires y passent au moins trois mois par an. Sous le pseudonyme « Loup qui hurle », un autre évoque même un seuil de six mois de présence annuelle. Toutefois, pour beaucoup, le système actuel apparaît comme le plus simple.