France

Municipales 2026 : Le RN vise les petites communes pour la première fois.

Saint-Soupplets, situé dans le nord de la Seine-et-Marne, a une population de 3.500 habitants et se prépare pour des élections municipales le 15 mars prochain avec une liste Rassemblement national. Le Rassemblement national revendique 763 listes déposées en préfectures, dont 601 investies sous ses propres couleurs, en vue des élections municipales de 2024.


C’est une petite ville encerclée de terres agricoles, semblable à des centaines d’autres en France. Saint-Soupplets, située dans le nord de la Seine-et-Marne, compte 3.500 habitants, une église, un bureau de Poste et un centre culturel. Pour la première fois, elle présentera une liste du Rassemblement national (RN) lors des élections municipales prévues le 15 mars prochain. « J’ai grandi ici, j’ai vu ma ville évoluer avec des initiatives qui ont bien fonctionné et d’autres moins », se souvient Sébastien Burdeau, tête de liste RN. « Avec un ami, nous avons élaboré un projet, constitué cette liste, puis j’ai demandé l’investiture sur le site du parti. J’ai été entendu par la commission et cela a marché », raconte cet ostéopathe de 25 ans.

Le Rassemblement national nourrit de grandes ambitions pour ces élections municipales. Le mouvement affirme avoir déposé 763 listes en préfecture (contre environ 500 en 2020), dont 601 investies sous ses propres couleurs et 162 où il sera « en soutien ». À un an de la présidentielle, Jordan Bardella espère conquérir des victoires retentissantes dans plusieurs grandes villes comme Toulon, Nice, Marseille ou Nîmes. Par ailleurs, le parti cherche également à renforcer sa présence territoriale en s’implantant dans des villes de taille moyenne et même dans des communes beaucoup plus petites.

« Ce n’est pas normal d’avoir des villages ou des villes qui votent à 70 % pour nous aux élections nationales, et de n’avoir aucun élu au conseil municipal ou des maires qui nous sont hostiles », résume Aymeric Durox, sénateur RN de Seine-et-Marne et responsable du parti en Ile-de-France. À Saint-Soupplets, Jordan Bardella a reçu 46,39 % des voix aux élections européennes de 2024, ce qui constitue un score supérieur de 15 points à la moyenne nationale. Dans cette petite commune, le mouvement entend s’appuyer sur ses thèmes privilégiés. « Certaines pourraient penser que la sécurité n’est pas un enjeu dans les campagnes. Cependant, les gens sont inquiets, car un voisin a subi un cambriolage ou une voiture a été volée. Même ici, nous constatons une augmentation de la délinquance, c’est une problématique importante », explique Sébastien Burdeau, qui ambitionne de renverser le maire divers droite en poste depuis 2014, Stéphane Devauchelle.

Des listes RN seront également présentes dans d’autres petites communes, comme à Bazouges-Cré-sur-Loir (2.000 habitants) dans la Sarthe, à Donges (8.000 habitants) en Loire-Atlantique, ou encore à Crèvecœur-le-Grand (3.400 habitants) dans l’Oise. Cependant, la dynamique nationale du RN et les préoccupations liées à l’insécurité suffiront-elles à renverser les maires sortants ? Pas nécessairement.

« Dans les communes de moins de 10.000 habitants, les enjeux locaux ont tendance à peser au moins autant que l’étiquette nationale. Donc, il ne faut pas s’enflammer… », avertit l’eurodéputé RN Aleksandar Nikolic, délégué national aux fédérations. « Toutefois, le mandat local est celui où l’on apprend le plus. En tant qu’élu d’opposition, il est crucial de maîtriser ses sujets, d’apprendre à s’exprimer en public et parfois de gérer un groupe… c’est très formateur », ajoute le porte-parole du RN.

L’implantation dans des communes moyennes ou plus petites est donc essentielle pour « dédiaboliser » le parti. « L’objectif est de passer d’un parti de masse à un parti d’élus, souligne Aymeric Durox. Lorsqu’il y a des élus RN dans un village, cela se rend concret. Ce ne sont plus seulement Marine et Jordan que les gens voient à la télévision. Ce sont des voisins avec qui ils peuvent discuter, c’est du palpable. Cela nous aide en matière de notabilisation. »

À condition d’éviter les controverses concernant le profil des candidats investis. Le parti a de nouveau été confronté à des « brebis galeuses » dans certaines communes, conduisant à des retraits d’investitures. Sébastien Burdeau a été critiqué pour des commentaires sur la peine de mort ou le wokisme, l’obligeant à suspendre son compte sur X. « J’ai mis mon compte en pause pour éviter ce genre de polémiques », assure-t-il.

L’élection d’élus locaux revêt également une importance stratégique pour le mouvement, en vue des sénatoriales de septembre et dans la perspective de conquérir des cantons lors des départementales de 2028. Cependant, le parti a encore des difficultés à s’implanter et peine à trouver des candidats à travers tout le pays. Selon un décompte du Monde, le RN sera absent dans huit départements de France métropolitaine et n’aura qu’un ou deux candidats dans 35 autres départements.