France

Municipales 2026 : « J’ai fait des courbettes » pour liste paritaire petites communes

Dans les villages de moins de 1.000 habitants, la loi du 21 mai 2025 impose désormais l’obligation d’une liste paritaire pour les élections municipales. À Cézac, commune de 182 habitants, la parité est atteinte avec une femme de plus que nécessaire sur la liste.


Dans les villages de moins de 1 000 habitants, constituer une liste municipale était déjà un défi. Avec la loi du 21 mai 2025, la situation se complique davantage en introduisant l’obligation d’une liste paritaire. Ce processus s’apparente à une véritable chasse aux candidats, et surtout aux candidates, ce qui se révèle être un casse-tête pour 70 % de ces communes françaises. « Le mot « galère » est faible », ironise Jean Minvielle, maire de Verlus, une très petite commune du Gers comptant une centaine d’habitants.

Malgré sa taille modeste, l’exigence d’une liste paritaire lors des élections est désormais une réalité. Cela représente un choc pour l’édile qui met en lumière « la revendication de l’association des maires, et en particulier des maires ruraux, qui connaissent la réalité du terrain ». Mais quelle est cette réalité dans ces villages ?

« Dans le passé, j’avais plus de femmes que d’hommes sur ma liste, mais depuis quelques années, cela s’est inversé », explique le maire gersois, qui s’apprête à fêter ses 50 ans au conseil municipal. Face à la contrainte de parité, il a dû anticiper depuis novembre, et cela ne s’est pas toujours bien passé. Jean Minvielle a ainsi pris la décision, parfois imposée, de se séparer de certains adjoints pour faire place à des femmes. « J’ai demandé à certains hommes s’ils pouvaient être remplacés par leurs épouses ou leurs filles. J’ai beaucoup insisté auprès d’elles pour qu’elles acceptent. »

### Des hommes vexés

Si à Verlus la parité sera respectée sans trop de vagues, Jean Minvielle raconte que dans certains villages voisins, des hommes évincés au profit de femmes ont très mal réagi, allant jusqu’à créer une liste parallèle. « Cela a été compliqué d’expliquer à certains qu’il s’agissait d’une obligation légale et que nous devions la respecter », confirme le maire d’une commune d’un peu plus de 500 habitants en Ardèche qui préfère garder l’anonymat avant les élections.

« C’est une très bonne chose ! Dans ma commune, les femmes s’impliquent dans les associations et les comités, mais trop peu en politique malheureusement. Cette loi nous oblige tous à changer les choses à notre niveau », affirme-t-il avec enthousiasme, bien que plus sceptique face à la réalité. « Les femmes qui ont accepté l’ont fait surtout pour me rendre service, plus que par réel engagement… Je ne doute pas qu’elles seront à la hauteur, mais j’aurais souhaité qu’elles participent par envie et non par obligation. » Tout comme le maire du Gers, l’Ardéchois a dû se tourner vers des connaissances pour « remplir les quotas ». « J’ai dû faire des efforts envers des amies ou des compagnes de mes proches pour y parvenir. »

### « L’objectif commun est le bien-être de la commune »

Qu’en est-il des femmes directement concernées par cette mise en place de la parité dans les petites communes ? Angélique, qui a récemment emménagé à Cézac, une commune de 182 habitants dans le Lot, s’est vite engagée dans la vie locale en intégrant le comité des fêtes et, maintenant, en rejoignant la liste pour les élections municipales, après que le candidat ait rencontré des difficultés à recruter des femmes. « Le maire m’a contactée en cherchant des femmes pour sa liste. Je me suis renseignée avant de dire oui : quelles seront les missions ? Tout le monde aura-t-il vraiment sa place au conseil ? J’ai finalement accepté car l’objectif commun est le bien-être de la commune. Nous ne sommes pas sur du politique pur et dur. »

À Cézac, la parité est plus qu’atteinte, avec une femme de plus que nécessaire sur la liste. Et cette directrice de crèche s’en réjouit : « Il y a des dossiers qui m’intéressent particulièrement, comme la restructuration des mini-crèches. Nous avons une jeune liste, avec une moitié d’entre nous ayant moins de 50 ans. Cela va permettre d’ouvrir les choses, de dynamiser la commune. »

À quelques semaines du premier tour des élections municipales, prévu le 15 mars, les villages ont fait l’effort d’appliquer la parité, malgré les difficultés rencontrées, mais sans échec. Cette obligation légale pourrait ainsi ouvrir la voie à une plus grande politisation des femmes dans les villages français.