France

Municipales 2026 : Duel fratricide à Nice entre Ciotti et Estrosi.

Le maire sortant Christian Estrosi (Horizons) et le député Éric Ciotti (Union des droites pour la République) sont candidats à la mairie de Nice, dans les Alpes-Maritimes, lors des élections municipales de mars prochain. Un collaborateur du député ciottiste Bernard Chaix a porté plainte contre Pierre-Paul Leonelli, adjoint de Christian Estrosi, pour des menaces réitérées de violences après une altercation en marge de la manifestation des policiers, fin janvier.


C’est une rivalité qui marque le paysage politique de la Côte d’Azur depuis presque dix ans. En mars prochain, lors des élections municipales, elle se manifestera dans les urnes. Le maire sortant, Christian Estrosi (Horizons), et le député Éric Ciotti (Union des droites pour la République) se présentent tous deux pour la mairie de Nice, dans les Alpes-Maritimes.

Tous les habitants, ou presque, connaissent l’histoire de ces anciens amis, figures de la droite, devenus ennemis jurés. En 1988, Éric Ciotti devient le collaborateur de Christian Estrosi. Les deux hommes poursuivent leurs carrières de manière étroite et complémentaire : l’un à la mairie, l’autre au département. Puis survient la rupture. Christian Estrosi se rapproche du camp d’Emmanuel Macron et adhère à Horizons, le parti d’Édouard Philippe. Éric Ciotti, pour sa part, devient président de LR avant de fonder son propre parti, l’UDR, en alliance avec le Rassemblement national. « Ils viennent du même parti, du même creuset. Ce sont les mêmes générations, les mêmes implantations… Ce sont des frères ennemis, ils ont pris des options différentes au fil des années », résume la politologue Virginie Martin, enseignante à Kedge Marseille.

### Plainte déposée

« Quand je me suis engagé, en 2016, ils étaient encore copains », se souvient Paul, 26 ans, qui soutient Christian Estrosi. « On a vu la fracture en 2017. On a perdu d’ailleurs des jeunes militants à cause de ça, qui ne comprenaient pas pourquoi cette guerre. » Il montre son appartenance en portant un sweat floqué « Les jeunes avec Estrosi ». Les deux camps s’accusent mutuellement d’inéligibilité, se livrent à des coups bas lors des événements de campagne et s’échangent des invectives sur les réseaux sociaux… L’atmosphère est tendue entre les deux camps.

La semaine dernière, un collaborateur du député Ciotti, Bernard Chaix, a déposé une plainte contre Pierre-Paul Leonelli, adjoint de Christian Estrosi, pour des menaces de violences après une altercation en marge d’une manifestation de policiers, fin janvier. Dès décembre, le préfet des Alpes-Maritimes, Laurent Hottiaux, avait pourtant lancé un appel « au calme et à la sérénité ». Le Club de la presse des Alpes-Maritimes a également fait signer aux journalistes et aux candidats une charte de bonne conduite, dans l’espoir d’apaiser la situation. En vain.

### « C’est devenu ridicule »

« C’est une rivalité un peu stupide qui prend trop de place », déplore Hélène, assise au soleil sur la Promenade des Anglais. « Ça prend des proportions… On a l’impression qu’ils sont prêts à se tirer dessus », abonde son amie Geneviève, résidente depuis plus de cinquante ans. Les deux Niçoises sont satisfaites du bilan du maire sortant, mais se sentent frustrées par cette « histoire personnelle qui a dégénéré ».

« C’est dommage de réduire le débat politique à une embrouille entre deux personnes », confirme William, 25 ans, croisé en train de boire une pinte avec son ami Dorian. Les deux jeunes hommes affirment être lassés de ce « même duo », qui ne « laisse pas la place à une troisième voie ». « C’est devenu ridicule », complète Dorian, qui avance une hypothèse : « C’est un petit jeu entre eux. Je suis sûr que dans le fond, ils s’apprécient. »

### « Bassesse totale »

Si une complicité existe, elle est en tout cas bien cachée. « On essaie de dépasser ce duel fratricide », martèle Christelle d’Intorni, députée UDR de la 5e circonscription des Alpes-Maritimes et porte-parole de la campagne d’Éric Ciotti. Cette ambiance tendue est regrettable, car ce n’est pas ainsi que l’on fait de la politique. Pourtant, cette rivalité est omniprésente. Elle affirme avoir régulièrement reçu des « remontées » de pressions, en mentionnant des agents municipaux qui seraient « interdits de la saluer ». Elle espère un changement après quatre mandats de Christian Estrosi. « Les gens ne supportent plus d’être pris pour des imbéciles par Estrosi. Il n’a pas de ligne de conduite, pas de colonne vertébrale », lâche-t-elle.

De son côté, Christian Estrosi affirme vouloir rester « au-dessus de la mêlée ». « Je ne me soucie pas des autres », insiste-t-il, détendu. Ce soir-là, il assiste à une soirée devant sa permanence, autour de ses propositions pour la jeunesse, baptisées « Nice Next Gen ». Plus d’une centaine de personnes sont présentes. « J’ai voulu une campagne heureuse », sourit-il en parcourant la rue du regard. « Je la vis de manière détendue à chaque instant. » Sur l’estrade, son adjoint Graig Monetti inaugure la soirée par un discours : « Nous sommes entrés dans cette campagne avec des idées, des projets pendant que certains préfèrent, on le sait, la polémique sans lendemain. » Un petit tacle pour le camp adverse. La guerre des clans est toujours présente.