France

Municipales 2026 : Députés, pourquoi se présenter à une mairie ?

Céline Hervieux est députée PS de Paris depuis les législatives de 2024 et candidate à la mairie du 6e arrondissement sur la liste de son collègue socialiste Emmanuel Grégoire. Selon un décompte de France Info, la France insoumise et le Rassemblement national sont les partis qui enverront le plus de députés comme tête de listes, avec plus d’un quart de leur groupe respectif (19 députés LFI sur 71 et 31 députés RN sur 91).

« Je ne cherche pas à fuir l’Assemblée, je vous rassure… » Céline Hervieux, députée PS de Paris depuis les élections législatives de 2024, se présente également aux municipales du 6e arrondissement sur la liste de son collègue socialiste Emmanuel Grégoire. Comme eux, de nombreux députés ont décidé d’être têtes de liste pour les élections municipales des 15 et 22 mars prochains.

Selon un recensement effectué par plusieurs médias, plus de 90 élus envisagent de se lancer à l’échelle locale, alors qu’ils étaient seulement une soixantaine lors des dernières municipales de 2020. Pourquoi donc tant de députés choisissent-ils de participer à cette campagne ?

L’attachement local

La loi de 2014 sur le non-cumul des mandats interdit aux députés et sénateurs d’occuper des fonctions exécutives locales. S’ils sont élus en mars prochain, ces parlementaires devront donc abandonner leur mandat à l’Assemblée nationale. « Je partirais avec un pincement au cœur, car malgré les débats parfois consternants, j’ai l’impression d’être utile, je me suis impliqué sur de grands projets », souligne Olivier Falorni, député du groupe Les Démocrates et rapporteur de la loi sur la Fin de vie, qui retente sa chance pour prendre la tête de la commune de La Rochelle, qu’il a frôlée en 2020. « C’est une motivation personnelle, j’ai 53 ans et après treize ans à l’Assemblée, j’ai désormais envie de mettre mon énergie ailleurs. »

Tous les candidats interrogés soulignent leur désir de revenir sur leur territoire. « J’ai une préférence pour le mandat local, c’est une action plus concrète, plus proche des habitants, on a l’impression de pouvoir changer les choses directement », déclare Frédéric Boccaletti, député RN du Var et candidat à Six-Fours-les-Plages. « C’est aussi un choix personnel et familial. Quand je monte à Paris, je perds une demi-journée aller, et pareil sur le retour. Le mandat de député peut parfois être pesant », confie-t-il. « Je suis très attaché à ma ville de Moulins où je suis né », ajoute Yannick Monnet, député PCF de l’Allier. « Au local, on fait face à des enjeux cruciaux : accès à la santé, attractivité… Que ce soit comme maire ou député, je lutte pour améliorer la vie des gens. »

Une lassitude de l’hémicycle

Après de longs mois de débats budgétaires, la lassitude a également gagné certains membres de l’Hémicycle. « Il peut y avoir une forme de désillusion chez certains, du mal à se projeter dans cette fin de mandat face au blocage, l’impression de se sentir inutile. Il y a aussi cette défiance des Français, dont les élus locaux sont davantage préservés », observe Céline Hervieux. « En tant que député d’opposition, c’est plus difficile de faire avancer ses idées. Les débats budgétaires se sont d’ailleurs terminés par un 49.3, ça peut être décourageant, il peut y avoir de la lassitude », ajoute Frédéric Boccaletti.

Harold Huwart, du groupe Liot, adopte un ton bien plus critique. « Vous avez vu à quoi ressemble l’Assemblée ? Je ne suis pas masochiste ! J’ai honte d’être député et honte de cette législature », s’insurge l’élu d’Eure-et-Loir, candidat à Nogent-le-Rotrou qu’il avait remporté en 2020, avant de céder la place après les législatives de 2024. Dépité par les débats à l’Assemblée, il est d’ailleurs le seul à avoir voté la partie recettes du budget. « Cela m’a donné un sentiment de révolte. D’ailleurs il ne se passera plus rien dans l’Hémicycle, l’année parlementaire va être une longue agonie. La bataille se jouera maintenant sur le terrain local », conclut-il.

Préparer la présidentielle

La France insoumise et le Rassemblement national sont les partis qui présenteront le plus de députés comme têtes de liste, avec plus d’un quart de leur groupe respectif (19 députés LFI sur 71 et 31 députés RN sur 91), selon un décompte de France Info. LFI a choisi des personnalités médiatiques dans plusieurs villes, comme Sébastien Delogu à Marseille ou Sophia Chikirou (LFI) à Paris, même si leur espoir de succès est limité. « Une figure nationale peut servir de locomotive à une liste, donc les partis ont pu demander à certains de « faire des voix » même s’il n’y a pas l’espoir de l’emporter », explique Olivier Falorni.

Derrière la bataille locale se profile une autre échéance cruciale. En plus des élections sénatoriales de septembre 2026, la présidentielle est déjà au centre des préoccupations. « Le résultat des municipales, notamment dans les grandes villes, enverra des signaux majeurs en vue de 2027 », affirme Céline Hervieux. Les poids lourds sur le terrain permettront également de mener une pré-campagne utile pour la future bataille de l’Élysée. Quelle que soit leur motivation, tous ne seront pas élus le 22 mars. En 2020, selon le site Politico, seuls 19 candidats avaient été élus sur plus de 60.