France

Municipales 2026 à Toulouse : le foie gras s’invite dans la campagne.

La campagne municipale à Toulouse a été animée par des débats autour de la polémique du foie gras, suite à l’envoi par l’association PAZ d’une charte de 23 mesures pour améliorer la condition animale. Jean-Luc Moudenc, candidat de la majorité sortante, a déclaré qu’il n’y a pas eu de dépense d’argent public pour acheter du foie gras en 2025, affirmation contestée par PAZ qui attend des preuves.

Entre les tractages, les meetings, mais surtout les polémiques entre candidats, à l’image d’une photo falsifiée par l’IA montrant François Piquemal et François Briançon main dans la main, partagée par un membre de l’équipe du maire sortant Jean-Luc Moudenc, la campagne toulousaine a été assez mouvementée. Cependant, parmi tous ces débats, une controverse a particulièrement marqué les esprits : celle du foie gras. N’est-ce pas là un sujet typiquement toulousain ? Voici pourquoi cette spécialité locale a fait son apparition dans le débat des municipales.

La Ville arrêtera-t-elle de commander du foie gras pour ses réceptions et pour les cadeaux des séniors ? La réponse dans quelques jours.
La Ville arrêtera-t-elle de commander du foie gras pour ses réceptions et pour les cadeaux des séniors ? La réponse dans quelques jours.  - M.Gile/F. Scheiber

L’initiative est lancée par l’association PAZ (Projet animaux Zoopolis), qui a adressé aux candidats une charte comportant 23 mesures pour améliorer le bien-être animal. Parmi celles-ci : exclure le foie gras des commandes publiques. « Nous demandons que la Ville de Toulouse n’utilise pas d’argent public pour acheter du foie gras pour les réceptions officielles, des repas et des fêtes », déclare Amandine Sanvisens, co-fondatrice de PAZ, à 20 Minutes.

« Le sujet, ce n’est pas le commerce du foie gras »

Les réponses des principaux candidats au Capitole diffèrent. François Piquemal (LFI) accepte sans hésiter les 23 mesures. François Briançon (gauche unie) en valide 19, y compris celle sur le foie gras. Jean-Luc Moudenc (divers droite) n’en retient que 10 et refuse catégoriquement de retirer ce produit des réceptions.

C’est ici que la polémique fait surface. En réaction aux signataires, Jean-Jacques Bolzan, adjoint au « Bien manger » et colistier de Moudenc, publie une vidéo au marché Victor-Hugo pour défendre le mets. « Le sujet, ce n’est pas le commerce du foie gras », s’emporte Amandine Sanvisens, qui souligne qu’en plus des réceptions, 12.000 seniors reçoivent gratuitement du foie gras lors des fêtes de fin d’année, un produit qui pourrait « être remplacé par du chocolat par exemple ».

Le combat entre la condition animale et le soutien local

Cependant, l’adjoint au « Bien manger » « assure, en parallèle, qu’aucun argent public n’a été dépensé pour acheter du foie gras en 2025 », selon PAZ, qui exige les preuves des factures. « A ce jour, nous n’avons pas eu de réponse. Nous déplorons cette opacité. Ce jeudi marquera un mois. Nous allons donc saisir la Commission d’accès aux documents administratifs (Cada) et ensuite, en fonction de la réponse, nous nous dirigerons vers le tribunal administratif. »

Amandine Sanvisens exprime son mécontentement : « Il est temps que la Ville de Toulouse prenne au sérieux la condition animale. Dépenser de l’argent public pour acheter un produit aussi cruel que le foie gras est choquant. En tant que Toulousaine, j’en ai assez que l’on associe le Sud-Ouest aux pratiques violentes envers les animaux, cela me fait honte. »

Du côté de la majorité sortante, la position est claire. Jean-Luc Moudenc, dans une vidéo postée sur les réseaux sociaux, ne tourne pas autour du pot : « Est-ce qu’on veut envoyer à nos agriculteurs qui souffrent, de la région un message de confiance et de soutien ou alors un message de méfiance ? Nous avons choisi la confiance. Nous sommes attachés aux traditions, à notre terroir. Nous ne sommes pas pour une ville égoïste qui ignorerait le monde rural qui nous entoure, qui nous nourrit et qui souffre énormément. Voilà la position que, avec Jean-Jacques Bolzan, nous avons exprimée. »

La position floue de François Briançon autour du foie gras

De son côté, François Briançon tente d’orienter le débat à son avantage, chaque voix étant précieuse dans une élection qui s’annonce très disputée : « Est-ce que l’argent des Toulousains doit servir à acheter des produits coûteux pour les réceptions du maire de Toulouse au Capitole ? Moi, je veux juste gérer l’argent des Toulousains avec rigueur et sérieux. Jean-Luc Moudenc souhaite du foie gras pour ses réceptions officielles, moi je désire plus de pouvoir d’achat pour les Toulousains. Un maire doit-il protéger des privilèges ou se soucier des intérêts des Toulousains ? »

Cependant, face à cette tension, il a tout de même clarifié par courrier à PAZ son intention : « Nous réduirons/supprimerons la présence de foie gras dans les réceptions municipales », une formulation que l’association juge vague, souhaitant savoir ce qu’il adviendra des cadeaux pour les seniors.

François Piquemal, qui affirme à 20 Minutes vouloir éliminer toute commande publique de foie gras, préfère passer rapidement à d’autres sujets : « Il y a d’autres questions à traiter comme le pouvoir d’achat, les enjeux environnementaux, le logement… » Que le foie gras soit ou non au Capitole, le verdict sera donné prochainement aux urnes.