Municipales 2026 à Paris : Sarah Knafo ringardise Rachida Dati ?
Sarah Knafo, candidate Reconquête aux élections municipales à Paris, a commencé sa campagne début janvier et utilise une identité visuelle marquée par un jaune printanier. Sur Instagram, elle compte plus de 500.000 abonnés, tandis que Rachida Dati en a 200.000 et Emmanuel Grégoire 27.000.
Si la campagne se menait sur TikTok, Sarah Knafo serait la grande favorite pour les élections municipales à Paris. Depuis qu’elle a lancé sa campagne début janvier, la candidate de Reconquête multiplie les initiatives sur les réseaux sociaux. Elle se met en scène aux côtés de l’ancienne chanteuse Koxie, engagée dans le 14e arrondissement, ou parcourt les rues de Paris à moto avec Philippe Monneret, ancien champion. L’eurodéputée a choisi une identité visuelle marquante pour sa campagne intitulée « une ville heureuse ».
Un jaune printanier domine les visuels et la garde-robe de la candidate lors de ses passages dans les marchés. Sa communication s’inspire de celle de Zohran Mamdani, le candidat démocrate qui a remporté la mairie de New York, bien qu’il soit éloigné du parti d’Éric Zemmour.
Sarah Knafo utilise même un avatar en image de synthèse dans des clips, à la manière de Ratatouille de Pixar, pour mieux promouvoir son projet ou critiquer ses adversaires. « La plupart des équipes de candidats manquent d’imagination. Nous, on assume d’utiliser l’IA pour des vidéos, on utilise tout ce qui est techniquement possible ; chacun est libre de rester au fax et aux pigeons voyageurs… », se moque Samuel Lafont, directeur de la communication de Reconquête. Sur les réseaux sociaux, l’eurodéputée devance largement ses concurrents, avec plus de 500 000 abonnés sur Instagram, contre 200 000 pour Rachida Dati et 27 000 pour Emmanuel Grégoire.
« On a voulu une campagne différente pour capter l’attention et faire en sorte que la forme reflète le fond du projet », ajoute celui qui est également en tête de liste dans le 15e arrondissement. Sarah Knafo envisage, par exemple, d’utiliser l’IA pour détecter les crimes et les délits à travers les caméras de surveillance de la ville. Dans une vidéo anxiogène, elle propose aussi des réverbères « super-intelligents », « entraînés par l’intelligence artificielle », capables de « reconnaître le cri d’une femme ou le bruit d’un bris sur une voiture », afin d’illuminer les malfaiteurs. « Avec moi, la ville lumière vous protège », affirme la candidate avec le sourire.
Qu’importe la crédibilité de la mesure, critiquée par ses détracteurs, la vidéo a déjà été visionnée 1,7 million de fois sur X. La situation est similaire pour son projet de réouverture de voies sur berge grâce à la construction d’une sorte de viaduc pour piétons sur 2 km au-dessus des véhicules. Une autre vidéo générée par IA de ce projet ambitieux a récolté 1,4 million de vues. « Quand on propose des idées nouvelles, on nous qualifie de farfelus. Mais certains, en mairie depuis des années, n’ont pas réussi à avancer une seule idée pour la ville », se défend Samuel Lafont. À un an des élections présidentielles, cette stratégie n’est pas anodine et vise également à « dédiaboliser » le parti fondé par Éric Zemmour.
« C’est une candidate d’extrême droite et il ne suffit pas de mettre du jaune et de s’appeler »la ville heureuse » pour faire oublier ses turpitudes », rappelait Emmanuel Grégoire sur Cnews fin janvier. Le candidat socialiste reconnaissait néanmoins que Sarah Knafo pourrait « ringardiser » Rachida Dati dans cette campagne parisienne.
Cette présence numérique et médiatique a permis à Sarah Knafo de gagner quelques points dans les sondages. « Elle a réussi à s’imposer dans l’espace médiatique et sa campagne résonne malheureusement dans certains quartiers de Paris, attirant les voix de l’extrême droite, ce qui devient un sérieux problème pour Dati », critique Céline Hervieu, députée PS et candidate à la mairie du 6e. « Dati devait être la référence à Paris et se voit maintenant concurrencée par Knafo qui est sortie du bois il y a quelques semaines… Peut-être que les Parisiens se lassent du Dati-show », ajoute-t-elle.
Dans l’entourage de Sarah Knafo, on mise sur la force tranquille : « Knafo, c’est un peu Emily in Paris qui aurait débarqué au milieu des tentes porte de la Chapelle avec sa baguette magique. Mais son discours idyllique et ses propositions démagogiques se heurtent à la réalité parisienne », reproche David Alphand, élu parisien et soutien de Rachida Dati.
Malgré son importante « bourde » concernant le prix du pass Navigo, Sarah Knafo est créditée d’environ 12 % dans les derniers sondages et semble être en mesure de passer la barre fatidique des 10 % pour se qualifier au second tour. Sa présence pourrait compliquer la tâche à Rachida Dati dans son affrontement avec Emmanuel Grégoire pour conquérir la capitale.
« On voit bien ses arrière-pensées, faire avancer l’union des droites. Mais sur le terrain, à part la cinquantaine de partisans qui la suivent de marché en marché pour prendre de belles photos, il n’y a pas d’effervescence. Ce n’est qu’une bulle médiatique », estime David Alphand, coprésident du groupe de la droite et du centre à Paris. Un poids lourd de la campagne de Rachida Dati se montre plus inquiet : « Notre objectif est de la faire passer sous les 10 %, car si Pierre-Yves Bournazel (Renaissance) et Sarah Knafo accèdent au second tour, cela sera très compliqué pour nous ».
« STOP à la droite la plus bête du monde. Si nous voulons battre la gauche, nous devons nous unir. Je suis la seule à proposer cette union », a réagi Sarah Knafo sur ses réseaux sociaux ce mardi. Sans intelligence artificielle cette fois, mais dans une tenue jaune, bien entendu.

