Municipales 2026 à Paris : La macronie déjà sur le pied de guerre

Il n’y a pas que pour l’élection présidentielle que les partis se mettent en place quatre ans à l’avance. En cette fin 2022, les municipales parisiennes de 2026 agitent déjà les États-majors, notamment côté majorité présidentielle. C’est Marlène Schiappa, la secrétaire d’État chargée de l’Économie sociale et solidaire et de la Vie associative, qui a en quelque sorte vendu la mèche dans une interview au Figaro. Non seulement elle se positionne pour jouer un rôle dans quatre ans, mais elle dévoile le premier étage de la stratégie macroniste : un changement du mode de scrutin. La majorité considère en effet que les règles actuelles lui sont défavorables.

« La piste d’une loi en 2023 est sérieusement envisagée », affirme à 20 Minutes une source gouvernementale. Hypothèse la plus probable : qu’on élise le Conseil de Paris à l’échelle de la ville toute entière. Aujourd’hui, les conseillers sont élus par arrondissements. Le mode de calcul serait le même qu’actuellement, et en vigeur dans toutes les villes de plus de 1.000 habitants : la liste gagnante obtient automatiquement 50 % des sièges en jeu, le reste étant distribué à la proportionnelle entre toutes les listes ayant obtenu plus de 5 % ; ce qui assure une large majorité à une liste arrivée en tête, même loin des 50 %. Les macronistes trouvent plus juste d’élire « directement » le maire (ce serait pourtant toujours une élection indirecte) et plus simple (alors qu’il faudrait désormais deux urnes, une pour le Conseil de Paris, une pour le conseil d’arrondissement, contre une seule aujourd’hui).

Un avantage désormais structurel pour la gauche

La raison est en réalité plus politicienne. Après avoir été très longtemps défavorisée par ce mode de scrutin, la gauche est aujourd’hui plus difficile à battre compte tenu de // l’évolution sociologique de la population parisienne. Car elle tient fermement ses bastions de l’est, si bien qu’il paraît improbable, à brève échéance, de la voir perdre le 10e, le 11e, le 13e, le 18e, le 19e ou le 20e. Et cela fait beaucoup de sièges. L’élection municipale parisienne se joue en effet principalement dans trois secteurs : le centre (1er, 2e, 3e, 4e), le 12 et le 14e. Pour que la gauche perde à coup sûr sa majorité absolue au Conseil de Paris en 2026, elle doit perdre les trois. Pas évident quand on se souvient qu’en 2020, par exemple dans le 12e, la liste Hidalgo l’a emporté avec 55 % des voix.

Dans la majorité municipale, justement, on voit rouge : « C’est du tripatouillage électoraliste, s’insurge Rémi Féraud, le président du groupe socialiste au Conseil de Paris. Le mode de scrutin n’a pas été inventé par et pour Anne Hidalgo, et il n’a pas empêché Jacques Chirac de faire le grand chelem ! [gagner tous les arrondissements, en 1983 et 1989]. C’est la stratégie du mauvais perdant. » Il défend aussi le caractère démocratique de cette règle qui, selon lui, « a permis l’alternance dans les trois villes où il est mis en place ». Même son de cloche chez Nour Durand-Rocher, vice-président du groupe écologiste, qui trouve « antidémocratique d’enlever la proximité avec les élus ».

Du pain sur la planche

Pour éviter que cette réforme ne soit (trop) perçue comme un missile anti-Hidalgo, le changement pourrait aussi concerner Lyon et Marseille, où le mode de scrutin pour les municipales est similaire. Sans majorité à l’Assemblée nationale, Renaissance a néanmoins un allié tout trouvé pour passer cette loi : LR. Certes, le parti de droite n’a plus de députés à Paris, et seulement quatre dans toute l’Île-de-France, mais il reste la principale opposition au Conseil de Paris. Et semble tout à fait disposé à voter une éventuelle réforme : « Il y a une crise de légitimité, et cela pose la question de la confiance des citoyens, croit la conseillère de Paris Nelly Garnier. Nous sommes favorables au principe de voter pour une personne, une tête de liste, comme cela se fait dans les autres villes ».

Si la macronie, ou la droite, veulent avoir une chance de gagner en 2026, le changement de mode de scrutin paraît être une condition indispensable. Mais loin, très loin d’être suffisante. Car si cette nouvelle règle avait été en vigueur en 2020, Anne Hidalgo aurait gagné, et avec une majorité encore plus large au Conseil de Paris. Il faudra donc convaincre l’électorat sur le fond. Et après le fiasco de 2020, Renaissance a du pain sur la planche. Mais on assure que ça a commencé : « On structure, on veut faire un travail de réflexion et de doctrine d’ici à 2024 », détaille un parlementaire parisien de la majorité. Avec qui ? Globalement, les élus macronistes parisiens, en particulier les parlementaires et les ministres.

« A l’initiative d’Olivia Grégoire, Clément Beaune et Stanislas Guerini, les trois ministres élus à Paris, les élus parisiens se réunissent une fois par mois pour échanger sur les enjeux de la capitale mais à horizon 2022 (JO, dark stores…), pas 2026 », dit-on chez Olivia Grégoire. « S’ils se voient, ce n’est pas pour parler de la pluie et du beau temps, c’est avec un objectif… », corrige-t-on du côté de Stanislas Guerini. Où l’on explique plutôt que c’est le ministre de la Fonction publique qui est à l’initiative. Attention, pas comme leader, « mais il voyait que Beaune y allait de son côté, que Grégoire y allait de son côté, il voulait éviter que cela n’aille dans tous les sens. On voulait créer un collectif, éviter des erreurs du passé ». Comprendre : une dissidence comme en 2020. Visiblement à ce sujet, il y a encore un peu de boulot.