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Municipales 2026 à Bourg-en-Bresse : Le maire PS ne craint pas l’union Reconquête-LR

Jean-François Debat est maire de Bourg-en-Bresse depuis 18 ans et a été élu dès le premier tour depuis 2008 dans une ville de 43.000 habitants. Plus de 64 % des électeurs ne s’étaient pas déplacés en 2020, dans un contexte de pandémie de Covid-19.

À Bourg-en-Bresse,

« Alors, c’est reparti pour un cycle ? ! » Au Scarron, un café du centre de Bourg-en-Bresse, le serveur sourit en voyant entrer le « patron » de la ville. « Oh bah, ça va bien se passer, il n’y a pas de raison », ajoute-t-il en remarquant la moue de Jean-François Debat. Élu dès le premier tour depuis 2008, le maire sortant représente une forme de stabilité tranquille dans cette ville de 43.000 habitants.

Jean-François Debat, maire de Bourg-en-Bresse depuis 18 ans (à gauche) et Benoît de Boysson, tête d'une liste Reconquête avec Les Républicains.
Jean-François Debat, maire de Bourg-en-Bresse depuis 18 ans (à gauche) et Benoît de Boysson, tête d’une liste Reconquête avec Les Républicains. - E. Martin / 20 Minutes

Pourtant, le socialiste estime que « l’ambiance de campagne a changé ». « On est inquiet mais mobilisé », assure-t-il, mentionnant un « à quoi bonisme » général et une « démobilisation » de la population. Sa principale menace, affirme-t-il, n’est pas tant ses adversaires que l’abstention. En 2020, dans le contexte de la pandémie de Covid-19, plus de 64 % des électeurs ne s’étaient pas rendus aux urnes. « Ce sont les conséquences locales d’une overdose nationale de la politique », observe-t-il.

Une campagne inédite à Bourg

Car il a des adversaires. Cinq listes sont présentées cette année. Parmi elles, celle de Benoît de Boysson suscite l’intérêt des médias et des commentaires. L’avocat de 44 ans mène une alliance entre Reconquête et deux élus Les Républicains, sans concurrente investiture du parti, une configuration rare et « inédite » dans la préfecture de l’Ain et ailleurs. Cette situation « crispe un peu l’ambiance », finit par admettre le maire sortant.

« Ça met de la tension de voir des Républicains se ranger derrière un zemmouriste », enchaîne Jean-François Debat. Il dénonce une « expérience de laboratoire » dans une région marquée par Laurent Wauquiez, qui « tient les mêmes discours que l’extrême droite » depuis dix ans. Les élus LR, assure-t-il, « ne voient pas le problème » alors que « c’est une dérive majeure ». « Cette union est anormale, dangereuse et complètement contre-nature », insiste-t-il, mentionnant une « trahison du pacte républicain ». Il appelle les électeurs à « refuser » cette « expérimentation ». « J’espère que les Burgiens sanctionneront cette alliance », déclare-t-il.

Lui souligne qu’il ne veut pas « proposer une continuité » mais « conquérir à nouveau ». « Mon bilan est un solide appui mais je veux que les habitants choisissent la meilleure solution pour les années à venir », affirme-t-il. « Nous, ça fait longtemps qu’on a fait une union à gauche, qu’on a prouvé qu’on pouvait être la liste de tous et toutes. »

Insécurité, désertification du centre…

« Bourg, c’est une ville de droite qui vote à gauche. Enfin… On ne vote pas à gauche, on vote Debat », tranche Patrick, 67 ans, attablé. Même Rafael, qui vote Marine Le Pen au national, vient féliciter le maire PS. « La ville est top. Bon, il y a l’insécurité… Mais vous n’y êtes pour rien. » Ici, la sociologie politique et la fidélité municipale défient la logique et les repères nationaux.

Dans les rues, sous le soleil, les terrasses sont animées. Mais sur quelques dizaines de mètres, les vitrines fermées s’enchaînent. Flo, 25 ans, désigne les panneaux « à louer » autour de la place où il est installé. « Il n’y a pas grand-chose à dire, il n’y a qu’à regarder. » Il travaille « dans le monde de la nuit » avec son ami Mathis. Tous deux évoquent également « une insécurité » en hausse. Pourtant, aucun ne votera. « Je ne me sens pas vraiment concerné », assurent-ils.

Le Beausoleil va fermer après quatorze années d'activité à Bourg-en-Bresse.
Le Beausoleil va fermer après quatorze années d’activité à Bourg-en-Bresse. - E. Martin / 20 Minutes

Le boucher du centre-ville ne se déplacera pas non plus. « Ce n’est pas la faute de Pierre, Paul ou Jacques s’il y a la désertification du centre. C’est pareil dans toutes les villes moyennes de France. Je ne voterai pas parce que je n’ai pas d’avis », estime-t-il. Virginie, elle, en a un. Mais elle n’habite pas la commune. Gérante du Beausoleil, elle liquide son commerce après quatorze ans d’activité.

« Les samedis après-midi ne ressemblent plus à avant, c’est vide. J’ai demandé la gratuité des parkings pour concurrencer les zones commerciales, on ne m’a jamais écoutée. Tout le monde ne peut pas faire ses achats à vélo… » Le maire actuel est également souvent critiqué sur les pistes cyclables. Mais cela ne l’empêche pas de déclarer qu’elle ne pourrait pas soutenir « une tête de liste Zemmour », affirme-t-elle.

« Cette alliance Reconquête-LR, je trouve ça choquant », lâche Oscar, 24 ans, assis sur un banc au soleil. Pour lui, la question dépasse les programmes. « Les gens votent pour des ressentis. Et les partis le savent. Si on ne s’intéresse pas à la politique, la politique s’intéressera à nous », avance-t-il.

« On trouve plus facilement un dealer qu’un docteur à Bourg », selon Benoît de Boysson

Installé en terrasse, Benoît de Boysson salue les passants. « Je n’étais pas vraiment connu avant de me lancer en politique, reconnaît cet avocat de 44 ans. J’avais mes clients et mes élèves quand j’étais enseignant. » Maintenant, il est connu au niveau local et national. « Depuis l’annonce de ma candidature, on n’a jamais autant parlé de Bourg pour une municipale », lâche-t-il, souriant.

Officiellement classée « divers droite », sa liste assume cependant l’appui du parti d’Éric Zemmour. Le candidat rejette toutefois toute étiquette d’extrême droite. « Ce n’est pas une liste Reconquête, LR ou Nouvelle énergie, c’est une liste burgienne. Une union de la droite », martèle-t-il. Avant d’ajouter : « Quand on me demande comment on fait, je réponds qu’il faut faire confiance aux initiatives locales. Je remercie encore Bruno Retailleau d’avoir respecté le choix de Pierre Lurin. » Il regrette aussi la stratégie du RN d’avoir un candidat par ville.

La désertification des centres concerne toutes les villes moyennes de France, pas seulement Bourg-en-Bresse, selon un boucher de la commune, installé dans le centre.
La désertification des centres concerne toutes les villes moyennes de France, pas seulement Bourg-en-Bresse, selon un boucher de la commune, installé dans le centre. - E. Martin / 20 Minutes

Mais il rejette toute assimilation à des idées « violentes ». « Dites-moi une de mes 75 propositions pour Bourg qui est extrême ? », défie-t-il, développant les principales caractéristiques de son programme. Il promet plus de police municipale, davantage de caméras, la fin du plan de circulation pour « remettre des voitures » dans le centre, un festival pour redonner une identité locale, ainsi qu’une « plus grande attractivité » du territoire. Il vante également « sa solution à l’immigration » avec un « programme de cohésion sociale ». Il indique être interpellé « à chaque tractage » sur l’insécurité. « On trouve plus facilement un dealer qu’un docteur ici », critique-t-il. « Ce n’est pas acceptable. »

Pour Benoît de Boysson, l’abstention démontre que « la base du maire s’érode ». « Après dix-huit ans de Debat, il y a ceux qui ont un vrai ras-le-bol et veulent du changement. Il est sain, en démocratie, de laisser la place après trois mandats », soutient-il. Il estime donc avoir « de réelles chances de gagner ». C’est aussi l’avis de Julien, 48 ans, qui travaille dans le bâtiment : « Ça ferait plaisir d’avoir quelqu’un comme lui à la tête de la ville, qui soutient les entreprises. Il y a besoin que ça bouge un peu. » En réponse, le candidat sort, en souriant : « Et j’ai le droit à trois mandats moi aussi ? ! »

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