France

Municipales 2026 : À Beausoleil, un père et son fils se disputent la mairie.

Les 15 et 22 mars prochains, les Beausoleillois voteront pour leur prochain maire, principalement entre Gérard Spinelli et son fils, Nicolas Spinelli. Le maire sortant a été condamné en 2023 pour détournement de fonds publics, favoritisme et complicité d’abus de confiance.


« Beausoleil, c’est spécial », déclare une habitante pressée, parcourant les pavés de cette ville des Alpes-Maritimes, située à flanc de montagne, à proximité de la principauté de Monaco. Les 15 et 22 mars prochains, lors des élections municipales, les Beausoleillois voteront, comme tous les Français, pour leur prochain maire. Cependant, la situation est particulière : ils devront principalement choisir entre un père, Gérard Spinelli, et son fils, Nicolas Spinelli.

Gérard Spinelli commence sa septième campagne pour son sixième mandat. Âgé de 71 ans, il a exercé la fonction de maire sans étiquette de 1989 à 2001 puis de 2008 à 2026. Nicolas, 39 ans, sans étiquette également, est élu depuis dix-huit ans. C’est sa quatrième campagne municipale, mais sa première en tant que tête de liste. Bien que les relations entre les deux hommes soient désormais rompues, ils ont d’abord collaboré. Nicolas était l’un des adjoints de son père, mais a démissionné en février dernier.

Leurs divergences portent sur le nouveau Plan local d’urbanisme (PLU). « Le plan prévoyait 1.100 constructions supplémentaires, alors qu’on a perdu 2.000 habitants en dix ans », se souvient-il en mélangeant son chocolat chaud. Après consultation, il décide de se lancer dans la course électorale. « Je me suis déclaré candidat en avril, et nous avons commencé la campagne de terrain en septembre », raconte-t-il.

En janvier 2026, Gérard Spinelli annonce également sa participation. « C’est dommage et je regrette ce contexte, qui est difficile à titre personnel, mais c’est la démocratie, chacun peut se présenter », soupire son fils, fatigué par les tensions familiales. Ces conflits vont bien au-delà de la politique. Nicolas Spinelli accuse son père de harcèlement sexuel envers des employées municipales. Il a notamment adressé l’année dernière une lettre aux élus municipaux à ce sujet, publiée par *Monaco Matin*. Le maire sortant n’a pas répondu aux demandes de *20 Minutes*.

« Le linge sale, ça se lave en famille », commente Marie, septuagénaire résidant à Beausoleil depuis vingt ans. « Je ne connais pas le fils, mais je trouve que ce n’est pas beau de parler mal de son père comme ça. » Franche, elle ne défend pas non plus le bilan de l’édile sortant. « Il est là depuis longtemps, je me mets à sa place : ça doit être fatigant », estime-t-elle. Son choix se porterait plutôt sur Livio Orsi, Franco-italien de 39 ans, troisième candidat sans étiquette de cette élection.

« Père et fils sont vraiment en conflit », souffle Antonio, retraité. Après avoir voté pour le père, il est désormais attiré par le fils. « Le père a fait de bonnes choses, mais aussi de mauvaises », juge-t-il. Le maire sortant a été condamné en 2023 pour détournement de fonds publics, favoritisme et complicité d’abus de confiance. Quelques années auparavant, il a été poursuivi puis relaxé pour des soupçons de corruption.

Sous ses airs de paradis, dominant la Méditerranée et la principauté, Beausoleil fait face à de nombreux défis avec moins de trois kilomètres carrés pour près de 12.000 habitants. Il y a un manque de places de stationnement, de crèches, de transports… « La ville se construit mais pas pour nous », s’agace Akila, 46 ans et mère de trois enfants. Sa famille y réside depuis toujours, mais ses aînés, jeunes actifs de 21 et 22 ans, risquent de partir faute de logements abordables. « Un studio ici, c’est 1.000 euros. » Quant à l’accès à la propriété, il est hors de portée. « Nous payons le fait d’être à côté de Monaco : tout est hors de prix », dénonce la mère de famille.

« Ce que j’ai à offrir, c’est la paix et la tranquillité, pouvoir travailler sereinement, sans affaires judiciaires, sans guerre », affirme Nicolas Spinelli, qui souhaite tourner la page « d’un système à l’agonie ». Entouré d’une liste « 100 % nouvelle », il se montre « très fier » des profils réunis et de son programme, malgré une ambiance de campagne délétère. Il déclare, par exemple, avoir été interdit d’utiliser des salles municipales pour organiser ses réunions publiques. « Ce n’est pas une surprise, lâche-t-il. C’est le même nom, mais le projet est tellement différent. »