Municipales 2020 : Pourquoi la France insoumise va la jouer profil bas

Jean-Luc Mélenchon à Bobigny le 19 septembre 2019. — Clemence CURTY / AFP

  • A cinq mois des élections municipales, les insoumis veulent constituer des listes non estampillées LFI, avec des citoyens et d’autres formations de gauche.
  • Après sa déroute aux élections européennes, le mouvement de Jean-Luc Mélenchon veut tourner la page et préparer la présidentielle de 2022.
  • Prudente, LFI n’affiche aucun objectif chiffré pour ce scrutin.

Cinq mois après la déception des élections européennes, la France insoumise (LFI) se remet en selle pour le scrutin municipal, son premier depuis sa naissance en 2016. Alors que d’autres partis distribuent déjà les investitures, le mouvement de  Jean-Luc Mélenchon a opté pour un calendrier et une stratégie différents : il n’investira aucun candidat avant la toute fin de l’année 2019 et il ne se fixe publiquement aucun objectif chiffré. Il s’agit officiellement d’être cohérent avec l’ADN insoumis en privilégiant des démarches citoyennes et des alliances avec la gauche, mais le mouvement ne mise pas gros sur cette échéance.

Des alliances locales

Un changement est notable : alors que le mouvement avait choisi de faire cavalier seul aux européennes, obtenant le résultat « très décevant » – selon Jean-Luc Mélenchon – de 6,3 % des suffrages, les insoumis participeront aux municipales à des listes sans étiquette LFI, comme à Nantes (Loire-Atlantique), où ils laisseront la tête de liste à une personne issue de la société civile et espèrent discuter avec Europe-Ecologie Les Verts.

Cette stratégie a été actée fin juin lors de « l’Assemblée représentative » du mouvement. « Il s’agit de constituer des listes avec des citoyens, des collectifs, des associations, des syndicats et des militants politiques d’autres mouvements », explique Paul Vannier, qui anime le comité de pilotage de la campagne au siège de LFI. Concrètement, le mouvement envisage des alliances avec d’autres partis de gauche, « à certaines conditions », insiste-t-il.

Impliquer les habitants

Parmi les « lignes rouges » fixées par LFI, des points de programme (développés dans un texte) comme le désarmement des polices municipales et un « marqueur politique » : « nous ne pourrons pas faire campagne avec des forces politiques qui refusent de critiquer explicitement le gouvernement », précise Paul Vannier.

A ce stade, LFI a désigné des « chefs de file » (une femme et un homme) chargés de constituer ces alliances locales et de recruter des citoyens et militants, mais pas encore de têtes de liste. Dans de nombreuses villes, les chefs de file ont ainsi créé un collectif, comme « Bagnolet en commun » lancé ce mercredi en Seine-Saint-Denis, ou « Décidons nous-mêmes » mené à Paris par l’élue Danielle Simonnet.

Rare exception, Saint-Denis (Seine-Saint-Denis), où l’adjoint insoumis Bally Bagayoko conduira une liste opposée au maire PCF sortant Laurent Russier.

Le nouveau coordinateur de LFI Adrien Quatennens a également appelé les insoumis à construire les listes à partir d’« enquêtes conscientisantes » menées dans les quartiers, par exemple à travers des opérations de porte-à-porte militant autour de luttes locales précises, afin de susciter l’implication des habitants la politique locale. Mais cette stratégie est coûteuse en moyens humains et en temps.

Plus d’objectifs chiffrés

Quant aux objectifs, ils ne sont plus affichés clairement. En octobre 2018, le fondateur du mouvement avait annoncé que des listes France Insoumise seraient formées dans au moins 100 villes de France, lors du Grand Rendez-vous  CNews-Les Echos-Europe 1. Ce seuil n’est plus d’actualité. « Il n’y aura pas de listes insoumises dans le pays, il y aura des listes auxquelles les insoumis vont participer sur la double base de l’initiative populaire (…) et des formations politiques qui peuvent se mettre d’accord sur un programme », a déclaré Jean-Luc Mélenchon à Marseille, le 5 octobre.

« On continue de penser que le moment décisif c’est le scrutin présidentiel, car c’est là que se joue la conquête du pouvoir », évacue Paul Vannier. Impossible pour autant d’enjamber le scrutin. « Les municipales permettent de préparer 2022, et l’objectif c’est de faire de certaines communes des laboratoires de la révolution citoyenne que nous souhaitons voir advenir », espère-t-il.

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