Municipales 2020 : Le RN drague les amis des animaux

Marine Le Pen sur un marché, le 8 février 2020, à Saint-André-de-Cubzac. — UGO AMEZ/SIPA

  • Dans son programme commun à tous ses candidats aux élections municipales, le Rassemblement national propose d’instaurer une mutuelle pour animaux de compagnie à prix réduits.
  • Si la mesure détonne parmi le programme du RN pour les municipales, centré sur la fiscalité et la sécurité, le parti de Marine Le Pen s’est pourtant emparé depuis quelques années de la cause animale, en particulier dès 2016.
  • En parlant aux amis des animaux, le RN s’adresse à un important réservoir de voix, et accompagne une évolution de la société, plus sensible au bien-être animal.

En mal d’implantation locale, le parti de Marine Le Pen prend très au sérieux les élections municipales. Pour conquérir au-delà des dix villes qu’il gère depuis 2014, le Rassemblement national mise notamment sur les animaux, ou plutôt leur propriétaire. Dévoilée lors de la présentation de la stratégie du mouvement pour le scrutin, le 12 janvier, une proposition détone parmi le programme commun à tous les aspirants maires RN. Entre les promesses de non-augmentation des impôts locaux et de lutte contre la délinquance, le parti s’engage ainsi à négocier une mutuelle pour animaux de compagnie, qui serait proposée aux citoyens à des tarifs en dessous de ceux du marché. Cette mesure lui permet de cibler un électorat potentiel de plusieurs millions de personnes, avec un thème consensuel.

Une initiative poitevine

L’idée est née à Buxerolles, dans la banlieue nord de Poitiers, en septembre, et plus précisément dans la tête d’Arnaud Fage, tête de liste du RN aux municipales. « En faisant du porte-à-porte, j’ai constaté que beaucoup de personnes souffraient d’isolement, et que leur compagnon était un animal domestique. Or cela a un coût, et ces personnes isolées ont souvent peu ou pas de moyens », raconte cet infirmier.

Le trentenaire imagine alors, sur le modèle des mutuelles communales, de négocier pour ses administrés, s’il devient maire, un tarif groupé de mutuelle animaliste. « La mairie joue le rôle d’intermédiaire, elle négocie le tarif, souscrit, mais elle n’est pas là pour payer l’assurance. Ça coûte zéro euro, juste le coût d’un formulaire pour sonder les habitants et savoir combien sont intéressés », poursuit le trentenaire, propriétaire de cinq chats.

Un réservoir de voix

Ce qu’il a fait en distribuant dès le mois d’octobre un millier de tracts dans la commune de 10.000 habitants.

L’initiative ne passe pas inaperçue au RN. En novembre, lors d’une réunion au QG à Nanterre, Arnaud Fage, en tant que responsable départemental pour la Vienne, présente sa promesse de campagne à Marine Le Pen, qui vit, elle aussi, avec plusieurs félins. « Elle a trouvé que c’était une super idée et m’a demandé de lui montrer mes tracts, mes visuels », se souvient le cadre RN. La promesse d’une mutuelle pour animaux s’est finalement retrouvée dans le programme commun pour les municipales, et défendue par les tous candidats RN, à Maubeuge ou Quimper par exemple.

Le réservoir de voix potentiel y est sûrement pour beaucoup. « Un foyer sur deux possède au moins un animal de compagnie », rappelle Daniel Boy, directeur de recherche à Sciences Po Paris. « C’est un électorat dont la sociologie est très variée, et auquel les partis ne s’adressent pas, à l’exception du Parti animaliste et des écologistes ». Plus largement, six Français sur dix déclarent que des mesures pour la cause animale les inciteraient à voter pour un candidat aux municipales, selon un sondage mené en janvier par l’Ifop pour la Fondation 30 millions d’amis. Le parti suit ainsi « une évolution de la société, plus attentive aux questions liées au bien-être animal, qui sont plus médiatisées », observe le chercheur. La percée du très jeune Parti animaliste aux élections européennes de mai 2019 illustre cette évolution.

Marine Le Pen, férue d’animaux

Sans compter les bienfaits en termes d’image : « défendre la cause animale peut aussi participer d’une forme de dédiabolisation car le sujet est consensuel et sympathique », souligne Daniel Boy.

Depuis plusieurs années, la présidente du RN met en avant (et en scène) son amour des animaux (et surtout des chats), à la fois dans ses prises de position et ses pages sur les réseaux sociaux. « Je vois combien elle aime les animaux », assure Annika Bruna, députée européenne, qui connaît « personnellement » la présidente du RN. « Elle a une affection particulière pour les chats et en a d’ailleurs plusieurs au sein de son foyer ». Candidate à la présidentielle, elle avait d’ailleurs dédié une partie de son

programme en 2017 au « bien-être animal », dont elle voulait faire une « priorité nationale ». Le thème permet aussi d’aborder des sujets très politiques : c’est en dénonçant la « souffrance animale » que le Marine Le Pen s’en prend à « l’abattage halal » et à « l’importation de produits agricoles ne respectant pas les normes françaises de protection des animaux ».

Pour le scrutin municipal, le RN mise plutôt sur les animaux de compagnie que sur les questions d’élevage ou de pesticides. « C’est un thème plus consensuel, qui permet de ne pas froisser l’électorat agricole », ajoute Daniel Boy. « On peut prendre des voix sans en perdre ». Dimanche, Marine Le Pen a annoncé sur Twitter soutenir la création de refuges pour chats errants pour les municipales. « Nos maires ont montré l’exemple en matière de bien-être animal », assure Annika Bruna, citant un refuge ouvert à Hayange et Villers-Cotterêts, ou une ferme pédagogique à Mantes-la-ville.

Mais d’autres partis s’emparent aussi de ce thème. Le 6 février, la présidente de la région Ile-de-France, l’ex-LR Valérie Pécresse, a présenté un plan pour les animaux, prévoyant « un permis d’adopter », des aides financières pour les refuges ou des espaces dédiés aux animaux de compagnie et un label « ville amie des animaux ». « Nous défendons la cause animale de longue date et non uniquement dans le cadre des élections municipales », vante de son côté Annika Bruna. Au RN, on revendique avoir été « avant-gardiste dans ce domaine ».

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