Municipales 2020: Comment le Rassemblement national sélectionne ses candidats (pour éviter les polémiques du passé)

Marine Le Pen. — Thibault Camus/AP/SIPA

  • Vainqueur des européennes (23.34 %), le Rassemblement national espère poursuivre sa dynamique au niveau local.
  • « C’est difficile de trouver des gens, car le mandat de maire est le plus difficile», estime Jean-Lin Lacapelle, du RN.
  • Le RN veut s’éviter les polémiques des précédents scrutins sur les profils controversés de certains candidats.

Officiellement, Marine Le Pen n’a pas fixé d’objectif pour les municipales. Vainqueur des européennes (23.34 %), le Rassemblement national espère poursuivre sa dynamique au niveau local, même si le scrutin à deux tours de mars 2020 apparaît moins favorable au parti. Ce dernier espère conserver la dizaine de mairies tenues par des édiles frontistes et conquérir de nouveaux territoires.

« On ne se focalise pas sur des villes en particulier », avance Jean-Lin Lacapelle, membre du bureau exécutif du RN. « On est plutôt dans une stratégie d’inondation : s’implanter dans des villes, puis étendre notre maillage territorial, dans les cantons, puis dans les circonscriptions alentour. L’objectif est donc d’obtenir un maximum d’élus locaux ».

« C’est difficile de trouver des gens »

Mais comme pour les dernières municipales, le parti à la flamme pourrait connaître des difficultés pour dégoter des candidats. « C’est difficile de trouver des gens, car le mandat de maire est le plus difficile et le conseiller municipal a un rôle ingrat. Il faut avoir la vocation et c’est très mal rémunéré », ajoute le conseiller régional. Le parti n’ignore pas non plus l’hémorragie de conseillers municipaux RN subie depuis 2014. Selon un décompte de Libération, plus d’un élu local sur trois aurait ainsi cessé de siéger pour le mouvement. Un chiffre plus important que pour les autres partis. « Peut-être que dans le passé on n’a pas assez accompagné nos élus. C’est difficile d’être un élu d’opposition, vous n’avez pas de moyens, vous devez payer votre essence, et vous êtes seul face à des dizaines d’adversaires au conseil municipal », reconnaît Philippe Olivier, conseiller spécial de Marine Le Pen.

L’étiquette RN serait-elle également plus difficile à porter à l’échelle locale ? « En 2014, il arrivait qu’on doive mettre la flamme sur les affiches à défaut des visages, car les candidats ne voulaient pas se montrer. Mais aujourd’hui, on ne fait plus la manche », répond Jean-Lin Lacapelle.

« Chaque dossier est regardé attentivement : lettre de motivation, CV, articles de presse »

Le RN n’aura cependant pas de candidats partout. Il devrait concentrer ses efforts dans ses bastions du Nord-Pas-de-Calais et du sud-est mais aussi en Bourgogne-Franche-Comté et dans la région Grand Est. « Nous demandons à nos délégués départementaux de présenter le maximum de listes. Soit des listes Rassemblement national, soit des listes soutenues par le RN », souligne Gilles Pennelle, le directeur de campagne pour les municipales. « Ensuite, la Commission nationale d’investiture examine les dossiers ».

A la CNI, présidée par Marine Le Pen et composée d’une vingtaine de cadres, de sélectionner les candidatures « crédibles ». « Nos délégués départementaux viennent expliquer leur stratégie et pourquoi ils présentent tel ou tel candidat. Chaque dossier est regardé attentivement : lettre de motivation, CV, ou les documents que la personne a produits, comme des articles de presse à son sujet. On essaie de prendre les gens les plus motivés, qui valorisent aux mieux nos idées », ajoute l’eurodéputé Philippe Olivier. «Les formations, données depuis septembre, servent aussi à repérer les 2/3 qui sortent du lot».

Racisme, homophobie… Le RN veut s’éviter les polémiques sur le profil des candidats

L’étape d’inspection, en amont, est cruciale pour le parti : le RN veut s’éviter les polémiques des précédents scrutins sur les profils controversés de certains candidats. Avant les municipales de 2014, le mouvement avait dû retirer certaines investitures après des débordements racistes ou xénophobes de militants. Dans les Ardennes, la tête de liste avait ainsi été exclue du Front après avoir comparé Christiane Taubira à un singe. Rebelote en 2015, pour les cantonales, où seize candidats avaient été exclus après des dérapages. En 2017, une enquête de Buzzfeed avait épinglé « une centaine » de candidats RN aux législatives pour « des contenus homophobes, antisémites, islamophobes ou racistes » sur les réseaux sociaux.

Ce sont les fédérations qui auront la charge de « filtrer » les candidatures pour éviter les mauvaises surprises qui viendraient entacher la stratégie de « dédiabolisation » entreprise depuis plusieurs années. En Seine-et-Marne, les 11 têtes de listes ont ainsi été sélectionnées par Aymeric Durox : « Je connais les 11 candidats, je ne vais pas fliquer leurs réseaux sociaux. On a trop peu de moyens pour tout vérifier, mais je suis confiant, on a privilégié la qualité à la quantité », assure le délégué départemental.

« Tout commentaire raciste, antisémite, homophobe est évidemment banni et entraînera des sanctions. On a déjà fait le ménage chez nous par le passé, pas comme d’autres partis », balaie Gilles Pennelle. « Mais nous n’en faisons pas une obsession, c’est un phénomène mineur. Nous présentons des milliers de candidats [têtes de liste et colistiers], donc je ne doute pas que vos collègues journalistes iront fouiller pour voir si le 33e de la liste de Saint-Malo n’a pas un copain dont la cousine a fait un tweet antisémite… ». Dans la ville bretonne, aucune liste n’a encore été dévoilée.

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