Municipales 2020 à Rennes : A l’abandon depuis dix ans, l’ancienne prison Jacques-Cartier ressuscitée par les candidats

L’ancienne prison Jacques-Cartier est située en coeur de ville à Rennes. Elle est vide depuis 2010. — C. Allain / 20 Minutes

  • Inaugurée en 1903, la prison Jacques-Cartier est à l’abandon depuis dix ans et le déménagement des détenus vers Vezin.
  • La plupart des candidats aux municipales souhaitent racheter la prison pour y faire un musée, un équipement culturel et éventuellement des logements.
  • L’association Champs de Justice, qui demandait cet engagement depuis des années, est même surprise de l’engouement suscité par son projet.

C’est l’invitée surprise de la campagne des municipales à Rennes. A l’abandon depuis 2010 et le transfert des détenus à Vezin, l’ancienne prison Jacques-Cartier n’intéressait pas grand monde depuis dix ans. Situé à deux pas du centre-ville et du très tendance quartier de la gare EuroRennes, l’imposant édifice semble avoir tapé dans l’œil de nombreux candidats au fauteuil de maire qui souhaitent y installer des équipements culturels. Mais aussi des logements, à une heure où la densification urbaine est devenue un enjeu majeur de la politique d’urbanisme.

« Je vais être honnête, on n’envisageait pas une telle unanimité ». Christian Gentilleau est l’heureux président de l’association Champs de Justice. Depuis des années, il se bat pour qu’un musée de la justice soit créé à Rennes. La capitale bretonne est notamment connue pour avoir accueilli le procès en révision d’Alfred Dreyfus en 1899 et héberge la cour d’appel compétente pour les cinq départements de la Bretagne historique. Son association a rencontré sept des neuf candidats (seuls Lutte Ouvrière et le Parti Ouvrier n’ont pas répondu) et tous se sont prononcés en faveur du rachat de l’ancienne prison par la collectivité. « Certains ont même l’ambition de créer un musée d’envergure nationale. Cela va au-delà de ce qu’on attendait », admet le président.

Son association rêve de voir Rennes s’inspirer du Mémorial de Caen pour accueillir le plus grand musée français consacré à la justice. « Il y a une prise de conscience du potentiel de ce projet, surtout dans un tel bâtiment, ça ferait sens. On peut envisager une attractivité bien au-delà de la métropole », estime Christian Gentilleau.

Aucun prix d’achat n’a jamais été évoqué

Avant d’y installer quoi que ce soit, il faudra d’abord négocier avec l’État, actuel propriétaire de l’ancienne prison, qui ne voudra certainement pas brader une telle réserve de foncier. Sur l’annonce publiée par la direction générale des Finances publiques, la surface cadastrale est de 13.470 m². Combien faudra-t-il débourser ? Impossible à savoir. France Domaine ne fait jamais de mise à prix afin de tenter d’obtenir la meilleure offre. Selon nos informations, deux offres avaient été formulées en 2018 lors d’une première mise en vente. Insuffisantes, visiblement.

A Toulouse, l’ancienne prison Saint-Michel a récemment été cédée pour 5,5 millions d’euros à la municipalité, mais elle affiche des dimensions un peu plus grandes que la maison d’arrêt Jacques-Cartier. « Ce sont surtout les travaux qui risquent de coûter cher. Il y aura une évaluation des coûts à mener. On sait qu’il y en aura pour plusieurs millions d’euros, mais c’est un très beau terrain de jeu », confie-t-on dans l’entourage de la maire sortante Nathalie Appéré, qui fut l’une des premières à dégainer sur ce dossier.

Les travaux s’annoncent colossaux pour réhabiliter l’ancienne prison construite entre 1898 et 1903. Depuis une dizaine d’années, seules les équipes de police, de gendarmerie ou de l’administration pénitentiaire viennent y mener des exercices. Quelques tournages de film aussi​, dont La Taularde avec Sophie Marceau. Selon nos informations, ces activités sont devenues de plus en plus rares en raison de la dégradation grandissante des constructions. « Il y a urgence à s’en occuper. Des riverains nous ont signalé que les bâtiments s’étaient nettement détériorés ces dernières années », précise Christian Gentilleau. L’élection municipale arrive à point nommé pour sauver Jacques-Cartier.

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