Municipales 2020 à Amiens : Contestée dans son camp, la maire Brigitte Fouré doit faire face à une opposition de gauche quasiment rassemblée

La mairie d’Amiens. — Philippe Huguen / AFP

  • Soutenue par LREM et LR, Brigitte Fouré se retrouve, néanmoins, face à des candidats de son propre camp.
  • Pilotée par François Ruffin, une liste d’union de la gauche est parvenue à voir le jour.
  • L’exaspération des grands chantiers permanents, depuis six ans, risque de peser sur l’élection.

Cernée de toutes parts. Pour la maire (UDI) d’Amiens, Brigitte Fouré, la campagne pour les élections municipales 2020 s’avère plus difficile que prévu. Forte du soutien du parti présidentiel LREM, mais aussi des Républicains (LR), Brigitte Fouré se retrouve, néanmoins, dans un maquis de candidatures de droite et centristes, issues parfois de son propre camp.

De l’autre côté de l’échiquier politique, elle doit faire face, en même temps, à une gauche quasiment rassemblée et pilotée en sous-main par le député François Ruffin. Et son mandat a laissé des traces.

« Il fallait redonner un coup d’accélérateur »

« Lors de la précédente mandature, le maire socialiste a pris la mairie par surprise. Sans vouloir être méchante, l’équipe n’était pas prête et n’a pas fait grand-chose, explique-t-elle. Il fallait redonner un coup d’accélérateur à notre ville qui a perdu, coup sur coup, son statut de capitale régionale et l’usine Whirlpool. »

En clair, Brigitte Fouré assure qu’elle a dû mettre les bouchées doubles sur les grands chantiers « pour faire entrer Amiens dans le XXIe siècle ». Nouvelles lignes de bus à haut niveau de service, construction d’un réseau municipal de chaleur… Résultat, les habitants ont l’impression d’avoir vécu, ces dernières années, dans un chantier permanent.

« Les gens ne sont plus en attente de grands projets, il faut s’occuper de leur quotidien et apaiser la ville », assure Renaud Deschamps, ancien adjoint de Brigitte Fouré. Ce dernier fait partie des démissionnaires de l’équipe de 2014 qui se présentent à l’élection. Tout comme Jean-Yves Bourgois. « Je suis parti, il y a deux ans, en désaccord avec un budget dont les dépenses d’investissement étaient trop excessives », explique l’auteur d’un livre baptisé Amiens, la ville grandeur nature.

Multiplication des candidatures centristes ou à droite

Mais les déçus de Brigitte Fouré s’appellent aussi Fany Ruin, présidente de la CCI ancienne encartée LREM qu’elle vient de quitter ou Christophe Porquier, ancien EELV, qui a tenté d’obtenir, sans succès, l’investiture LREM. « Je ne fais pas le deuil d’un espace écologiste entre Brigitte Fouré qui a placé la ville dans un grand désordre urbain et LFI qui est dans l’excès permanent », souligne Christophe Porquier.

Cette valse des étiquettes rythme la multiplication des candidatures centristes ou à droite, fragilisant, de fait, l’actuelle maire. Même si un récent sondage lui donne entre 30 et 38 % des intentions de vote au premier tour devant Julien Pradat (entre 20,5 et 27,5 %), son principal concurrent, chef de file d’une liste d’union de la gauche.

« C’est exceptionnel d’avoir réuni huit organisations du PS à LFI en passant par EELV. Ça fait de nous des opposants crédibles », explique, pour sa part, Julien Pradat, issu de la société civile, comme la moitié de sa liste. Adoubé par François Ruffin, Julien Pradat promet « d’agir sur l’urgence climatique et sociale », notamment en installant 500 maraîchers sur 500 hectares de la métropole d’Amiens.

Le RN comme arbitre

« Ce ne sera pas un mandat de constructeurs. Il faut reverdir la ville, assure cet architecte tétraplégique. Ce n’est jamais bon de faire des travaux trop rapidement. Une ville se construit en vingt ans, pas en six. »

Seul accroc à cette « union », la candidature de Cédric Maisse, ancien conseiller municipal dissident de l’ex-maire (PS) Gilles Demailly. « Je ne souhaitais pas être sur la même liste que les socialistes. En 2008, j’ai fait l’expérience et on a fait l’inverse de ce qu’on avait promis », assure Cédric Maisse pour expliquer son cavalier seul.

Lui est pour la gratuité des bus dès 2020 et pour les dix premiers m3 d’eau par habitant. « Avec inversion des tarifs, précise-t-il. Plus on consomme, plus le prix du m3 devient cher. »

Reste la candidature RN qui risque, une fois de plus, de jouer le rôle d’arbitre. Selon le sondage de l’Ifop, sans candidat officiel, le parti d’extrême droite se voit créditer entre de 9,5 et 14,5 % des voix. Le RN n’est donc pas pressé d’annoncer officiellement un nom pour succéder à Yves Dupille, écarté par la fédération de la Somme. Cela dit, le nom de Pierre-Jean Jouve tient largement la corde.

* Interim de quatre ans et demi entre 2002 et 2007, lors du passage de Gilles de Robien au gouvernement.

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