Mulhouse : Une jeune maman fait changer le regard sur la cécité avec les vidéos TikTok de son enfant aveugle

« J’aime faire de l’escalade mais je ne sais pas à quelle hauteur je suis », explique à 20 Minutes Souleymen, bientôt 8 ans et aveugle depuis tout petit. Nous avons une réponse pour lui : haut, très haut dans le cœur des Internautes, à en lire les commentaires bienveillants ou curieux laissés sur la page Tik Tok de sa maman, ou bien encore des milliers de vues que comptent les petites vidéos de son quotidien d’enfant handicapé qu’elle poste au gré du vent. Certaines d’entre elles ont même passé les deux millions de vues et toutes en cumulent des centaines de milliers. La recette de ce succès ? Probablement la spontanéité, la simplicité et la pédagogie des petites scènes de vie filmée par sa maman Yamina.

Si, à l’origine, la page Tik Tok parlait de la passion pour la moto et le quad de cette mère de famille de tout juste 27 ans, c’est finalement une petite vidéo de Souleymen qui a éclairé la toile en septembre dernier. Et donner l’idée à la petite famille, son papa et sa petite sœur, de montrer que, malgré le handicap d’un enfant, les journées peuvent être lumineuses.

« A la rentrée, on a voulu faire une petite vidéo de « prévention » pour les propriétaires de chiens, explique la jeune femme, pour qu’ils ramassent les crottes de leur animal et rappeler qu’il y en a certains qui sont non voyants. C’est déjà difficile quand on voit bien, alors imaginez pour les non-voyants ». Une vidéo, un carton surtout, vu plus de deux millions de fois. « Les gens l’ont appréciée et partagée. Alors on a décidé de continuer, à notre rythme et quand on a des idées », poursuit Yamina. En « équipe » avec son fils, ils décident du sujet, « spontanément, selon la situation qui se présente au quotidien », sans programmation.

Souleymen fait du foot (céci-foot), Souleymen écrit et lit en braille, Souleymen fait de l’escalade, se sert de sa tablette tactile, fait ses devoirs, se prépare un petit plat, reconnaît les billets de banque… La liste des activités pratiquées par « Sousou », son petit surnom, est longue et variée, comme pour tous les enfants. Si son handicap demande une attention toute particulière et chronophage à la petite famille, Yamina a en effet dû lâcher, il y a quelques années, son travail pour se consacrer à ses enfants, elle est à présent, officiellement, créatrice de contenu. Elle peut ainsi voir certaines de ses vidéos faire l’objet de partenariat ou de rémunérations. Mais l’idée est bien « loin de vouloir gagner éventuellement de l’argent avec les vidéos de Souleymen », souligne la jeune femme.

Faire passer un message

« On ne parle pas tous les jours de son handicap, explique la maman. Mais des fois, son incapacité à faire certaines choses le ramène à la réalité et là, c’est plus dur, il y a quand même des rappels », confie la maman. Une réalité difficile parfois mais que surpasse Souleymen avec brio qui n’hésite pas, avec ses mots d’enfant, à expliquer sa situation, même si parfois les questions peuvent paraître cruelles. Mais le sens de ces vidéos, c’est aussi d’informer et de faire passer un message. « Quand il était petit, on ne trouvait pas de réponse à nos questions. On voulait savoir comment cela allait évoluer, se passer… Alors avec ces vidéos, on arrive un peu à répondre aux questions des gens qui rencontrent la même situation, ça leur redonne de la force, savoir quelles activités insoupçonnées ils pourront avoir… D’autres pour parler tout simplement du handicap, de sa gestion. Pas mal de gens me contactent et on continue avec certains de se téléphoner, d’échanger », assure Yamina.

Non voyant, Souleymen peut tout même percevoir des lumières via l’œil droit, à distinguer ainsi le jour et la nuit. Aussi, friand d’accessoire de mode, il aime les beaux vêtements et « il sait ce qui lui va », sourit sa maman. Il chausse parfois des lunettes de marque, avec des verres qui se teinte au soleil. Utile, car il est sensible à la lumière. Des lunettes aussi « pour avoir la classe » et qui le protège d’un éventuel coup de coude involontaire à l’école. Elève en CE1 dans un établissement privé de Mulhouse, le petit garçon reconnaît d’ailleurs, depuis la diffusion de ses vidéos, une certaine petite reconnaissance avec les copains. S’il doit faire particulièrement attention à ses yeux, c’est qu’il a dû déjà subir une trentaine d’opérations et que son œil gauche a dû être remplacé par une prothèse, le petit garçon souffrant d’un glaucome très sévère qui a dégénéré.

Une situation dont il parle sans détour, du haut de ses presque 8 ans et avec une grande maturité dans ses vidéos, suscitant le respect à voir les commentaires élogieux laissés à son encontre sur Tik Tok. « Faire ces vidéos, avec des pointes d’humour pour certaines, lui a donné de la confiance », confie Yamina. Confiance, mais aussi le sentiment d’être utile en portant un regard positif sur le handicap.