Mostra de Venise : Cate Blanchett sacrée meilleure actrice pour la deuxième fois

Les prix continuent de pleuvoir sur Cate Blanchett, mettant une nouvelle fois en avant son immense talent. L’actrice, habituée des jurys et des palmarès, est une interprète polymorphe, capable de jouer aussi bien une princesse elfe, Bob Dylan qu’une célébrissime cheffe d’orchestre, rôle qui lui vaut un deuxième prix d’interprétation à la Mostra de Venise.

A 53 ans, l’actrice australienne a reçu samedi soir sur le Lido sa deuxième Coupe Volpi de la meilleure interprétation féminine en personnage ivre de pouvoir dans Tár, de Todd Field.

Harcèlement et abus de pouvoir au menu de Tár

Cette grande blonde, au visage diaphane, livre une performance marmoréenne dans ce drame qui évoque les questionnements sur l’identité ou la « cancel culture ». Elle y joue une cheffe d’orchestre ultra-célèbre, en couple avec une violoniste de son orchestre, qui va être rattrapée par son passé. Un rôle qui porte un regard complexe sur la dénonciation du harcèlement ou l’abus de pouvoir par des femmes sur leurs subordonnées, et fait écho aux engagements de l’artiste.

Quinze ans avant ce rôle d’artiste, elle avait déjà remporté le prix à Venise pour I’m not There de Todd Haynes, où elle incarnait, franchissant la frontière du genre, un autre musicien, Bob Dylan. Ces prix s’ajoutent à un tableau de chasse bien rempli pour l’actrice que le grand public a découvert dans le rôle de la reine d’Angleterre Elisabeth I (Elizabeth puis Elizabeth : l’âge d’or).

Une féministe engagée

Celle qui a été deux fois oscarisée a su montrer qu’elle pouvait tout jouer, se métamorphosant d’un rôle à l’autre. Et n’hésitant pas à prendre des risques : elle fut aussi bien Katharine Hepburn, dans Aviator, que l’héroïne elfe Galadriel, dans Le Seigneur des anneaux de Peter Jackson. Et elle a encore prouvé son talent comique plus récemment dans la comédie sur le climat Don’t look up !, où elle jouait une présentatrice télé insensible au changement climatique.

Au-delà de ses rôles, Cate Blanchett est une militante engagée de la cause féministe, devenue avec #MeToo une figure de la lutte contre le harcèlement sexuel. Son activisme l’a cependant placée aux premières lignes lorsqu’elle fut présidente du jury à Cannes en 2018, où elle avait protesté contre la sous-représentation des femmes dans les palmarès, puis à Venise en 2020. Elle a fait aussi partie, avec Natalie Portman ou Meryl Streep, du collectif à Hollywood qui a lancé la fondation « Time’s Up » pour aider les victimes de harcèlement sexuel.

Un engagement qui ne doit toutefois pas se confondre avec ses personnages : « Je ne vois pas la pratique artistique comme un outil éducatif », a-t-elle déclaré à Venise. « L’agit-prop ne m’intéresse pas », a-t-elle ajouté, estimant que la place des actrices dans l’industrie du cinéma avait nettement progressé ces dernières années mais continuait de se heurter au manque de rôles principaux forts.