Mort d’Elizabeth II : La célèbre enseigne Harrods porte le deuil de la reine jusque sur ses vitrines

De notre envoyée spéciale à Londres,

Harrods  « fournisseur royal ». C’est le titre officiel que le centre commercial détient depuis plus de 60 ans. Pour sa porcelaine et sa verrerie dans les années 1940, pour ses produits ménagers dans les 1960 puis pour sa sellerie, celle utilisée par le  Prince de Galles en l’occurrence, dans les années 1990.

C’est une histoire de protocole donc, puisqu’il s’agit ici d’un titre officiel dit de « Royal Warrants of Appointment », accordé aux entreprises qui fournissent une prestation de service à la « royal family ». Mais une histoire de patrimoine aussi. Pour rendre à la reine ce que la reine lui a donné, Harrods a ainsi transformé l’intégralité de ses vitrines qui ont revêtu la couleur du deuil.

« C’est un geste magnifique, d’une grande élégance », confie Paula. Cette anglaise est venue de Cambridge avec ses deux filles pour un week-end qu’elles avaient prévu il y a plus de six mois. « À chaque fois que nous venons à Londres, nous faisons toujours un passage chez Harrods, c’est un pèlerinage. » Ce que ne savait pas Paula, ni ses filles, ni personne d’ailleurs, c’est que l’allure de Harrods n’était plus tout à fait la même.

Depuis vendredi et jusqu’à lundi, jour des obsèques royales, les vitrines de l’enseigne de luxe seront entièrement recouvertes de noir. Une devanture on ne peut plus sobre en temps de deuil, dont la seule excentricité est un portrait de la reine dans sa vingtaine aux deux extrémités de l’édifice de style art nouveau.

« On est ici par hasard et on a été subjugué par ces vitrines », nous raconte Florence et Anthony, un couple de québécois en voyage de groupe en Angleterre. « Cela semble fou qu’une enseigne mette en place une telle installation, c’est un beau geste je trouve », ajoute la touriste.

70 ans de règne

Un geste pas si anodin si l’on en croit le communiqué officiel de Harrods : « Sa Majesté était le symbole de la Grande-Bretagne, apportant confort, « leadership » et fermeté à des millions de personnes au cours de ses 70 ans de règne. »

Dans les années 2000, les relations entre Harrods et la famille royale étaient pourtant tendues, voire complètement distendues. La raison ? Le rachat du groupe par Mohamed Al-Fayed, père de Dodi Al-Fayed et beau-père de Lady Diana. Quelques années après la disparition tragique de ces deux derniers, l’enseigne de luxe située dans le quartier de Knightsbridge décide de renoncer à son titre de « fournisseur royal ».

« Harrods, c’est un monument à Londres », avoue Léo, venu spécialement prendre la température dans la capitale à quelques jours des funérailles d’Elizabeth II. « Voir un portrait de la reine, sur cette immense devanture noire, en plein Brompton Road, c’est un bel hommage », nous raconte presque ému le jeune homme. Enfin, dernière annonce du groupe, les portes de Harrods resteront closes ce lundi sur ordonnance du roi Charles III. L’once d’un nouveau dialogue entre ces deux institutions du pays ?