Mort d’Elizabeth II : « I say fuck off », dans le quartier de Camden, tout le monde n’assistera pas aux funérailles de la reine

De notre envoyée spéciale à Londres,

God save the queen, oui mais pas pour tout le monde. Après dix jours de deuil national outre-Manche,  la reine Elizabeth II va être inhumée ce lundi à la chapelle Saint-Georges. Pourtant certains Britanniques semblent peu, voire pas du tout, affectés par cet événement national. Si aux abords de l’ abbaye de Westminster et, de manière générale, dans beaucoup de quartiers du centre de Londres , les Anglais portent le deuil haut et fort, ici à Camden, l’histoire est tout autre.

Haut lieu de la culture alternative, Camden (ou Camden-Town, ici nommé) est célèbre pour ses salons de tatouages, sa jeunesse anglaise joyeusement débraillée et évidemment ses punks, tartans au vent et le poing levé. C’est à eux mais aussi aux commerçants du quartier que nous avons demandé s’ils comptaient suivre les funérailles de la queen. Reportage en terre d’anarchie (mais pas que).

La monarchie, non merci !

« Bien sûr que j’irai ! », nous surprend d’entrée de jeu Anderson, un punk un vrai. Crète noire, piercings dans tous les sens et tatouages jusqu’au fin fond de la pupille, ici on ne fait pas semblant. « J’irai avec une grosse pancarte « Fuck Off » ». Outrage à la reine ? Pas tout à fait si on écoute ce personnage haut en couleur, dont la colère vise plutôt Liz qu’Elizabeth : « Mon problème c’est ce gouvernement, c’est à lui que j’ai envie de dire d’aller se faire foutre ».

Parce qu’en réalité la reine, Anderson, il n’a rien contre elle. « Je ne vais pas non plus me mettre à pleurer mais je respecte la vieille dame », nous confie ce punk made in Camden. Ce qu’Anderson rejette, en revanche, c’est plutôt la monarchie, l’establishment même. « Voir toute une nation en pause pour une femme qui n’a presque jamais levé son petit doigt, alors que des milliers de femmes dans le monde bossent d’arrache pied toute la journée, ça me dégoûte ».

Chez Hell To Pay, un salon de tatouage qui a pignon sur rue dans le quartier, c’est aussi contre ce régime qu’on fait front. Et d’ailleurs si l’envie vous prenait de vous faire tatouer une queen sur le biceps, passez votre chemin. « On n’a aucune raison de le faire dans ce salon, ici on est clairement contre la monarchie ! », nous confie Nova, tatoueuse du salon.

Un férié pas si férié

Mais quand on arpente les ruelles de Camden et qu’on se rapproche des commerçants, on comprend que la réalité est peut-être, un peu ailleurs. Par forcément dans les convictions antimonarchiques, anarchistes ou même punk. Mais plutôt dans la réalité des travailleurs, des Anglais de la classe moyenne, de ceux qui, finalement, devront bosser demain.

Car oui, si le roi Charles III a décrété que ce lundi 19 septembre serait un jour férié en l’honneur des funérailles de sa défunte maman, ce n’est pas tout à fait le férié qu’on croit. Sont en effet concernées les bureaux et les banques, mais pas tout le reste, en tout cas pas d’obligation.

« Ce n’est pas férié pour tout le monde, moi je bosse demain ! », nous confie Sameena. Cette étudiante qui tient un stand de chemise sur le marché couvert de Camden ne semble pas avoir vraiment le choix d’aller bosser. « Peut-être que si j’avais eu un jour off, j’aurais laissé ma télé allumée sur la BBC pendant la journée, mais là c’est pas le cas ».

La réalité au-delà du protocole

Même son de cloche chez Lisa, d’origine italienne qui bosse depuis quelques mois dans ce salon de piercings de la grosse artère de Camden High Street. « Ah non, moi j’ai d’autres plans. Bosser par exemple », ironise la jeune femme.

Dans un pays qui enregistre une inflation à deux chiffres et qui pourrait continuer à grimper, il est vrai que ces funérailles royales ne sont pas tout à fait tombées au bon moment. L’Angleterre a besoin de tourner et les quartiers touristiques sont finalement une grosse partie du rouage. « La vérité, c’est que la mort de la reine a fait venir énormément de touristes », nous explique Assan, qui tient une boutique de Gifts and Souvenirs dans le quartier. « Ce n’est peut-être pas joli à dire, mais ici il faut qu’on bosse car il y a de l’argent à se faire ». Bloody hell !