France

Mort de Quentin Deranque : Pourquoi la marche de samedi à Lyon n’a jamais été interdite ?

Les autorités n’ont pas demandé l’interdiction de la « marche en hommage à Quentin » organisée ce samedi à Lyon. Selon le ministre de l’Intérieur, « 2.000 à 3.000 personnes » – essentiellement « des militants d’ultradroite » – défileront sur 1,4 km en mémoire de l’étudiant nationaliste.


Une manifestation jugée à haut risque. Les autorités n’ont pas sollicité l’interdiction de la « marche en hommage à Quentin », prévue ce samedi à Lyon. Selon le ministre de l’Intérieur, Laurent Nuñez, interrogé ce vendredi sur RTL, entre « 2.000 et 3.000 personnes » – pour la plupart des « militants d’ultradroite » – sont attendues pour défiler sur 1,4 km en mémoire de l’étudiant nationaliste. Laurent Nuñez exprime une inquiétude particulière quant à la présence de membres de l’ultragauche, qui pourraient vouloir « perturber cette manifestation ». Un important dispositif de maintien de l’ordre a été mis en place « pour prévenir tout trouble à l’ordre public » et « encadrer » les participants.

Cette décision contredit la demande du maire écologiste de Lyon, Grégory Doucet, qui souhaitait interdire l’événement en raison de « risques avérés de troubles à l’ordre public ». Manuel Bompard, le coordinateur de La France insoumise, a également appelé à ne pas permettre cette marche, la considérant comme une « véritable démonstration fasciste » et une « menace pour les habitants ». Même Jordan Bardella, le président du Rassemblement national, a conseillé aux sympathisants de son parti d’extrême droite de ne pas s’y rendre, notant que « la volonté de confrontation de l’extrême gauche avec ces rassemblements semble intacte ».

Le directeur de l’Observatoire des radicalités politiques, Jean-Yves Camus, ne semble pas écarter la possibilité d’affrontements entre groupes d’ultradroite et d’ultragauche. « Les esprits sont un peu échauffés », souligne-t-il. Il précise qu’après la mort de l’étudiant de 23 ans, il y a eu des échanges sur des groupes Telegram venant des deux camps. Il indique également que « sécuriser un cortège, une manifestation, on sait faire », mais que le principal risque réside dans des tensions qui pourraient éclater en soirée, transformant la situation en désordre dans les rues de Lyon.

Pourquoi, alors, les autorités n’ont-elles pas interdit cet événement ? « Ce n’est pas une manifestation revendicative mais un hommage. De façon principe, vis-à-vis de l’opinion publique, il aurait été compliqué d’interdire cela en tenant compte de l’émotion provoquée par la mort de Quentin », explique une source proche du dossier à 20 Minutes. Les services de renseignement ont bien sûr évalué « la menace » potentielle associée à la présence d’éléments perturbateurs, et cet avis a été pris en compte pour le dispositif de sécurité prévu.

Les services du ministère de l’Intérieur anticipent également « des rassemblements et des hommages un peu partout ». En d’autres termes, le risque ne se concentre pas uniquement sur Lyon. « L’interdiction serait sans doute plus difficile à faire respecter que la non-interdiction. Il faudrait la faire appliquer à chaque fois, cela consommerait beaucoup de ressources », note notre source. Une interdiction formelle n’aurait probablement pas dissuadé les éléments les plus radicaux de participer à un hommage, et aux yeux des autorités, il est préférable de gérer un événement à haut risque anticipé que d’affronter des rassemblements spontanés plus dispersés.