Mort de Pelé : PSG, Brigitte Bardot, Kylian Mbappé… Le Roi et la France, c’était toute une histoire

Pelé, Raymond Kopa, Guy Drut, Michel Drucker, Sim… L’équipe de football la plus improbable du XXe siècle a associé le meilleur joueur de tous les temps à quelques-unes des plus grandes célébrités françaises de l’époque, lors d’un match de charité en 1973. « Malheureusement », cette rencontre des Polymusclés, équipe de vedettes bâtie sur le modèle du Variétés Club de France actuel, a eu lieu à Liège, en Belgique.

Mais le « Roi », décédé jeudi à l’âge de 82 ans, a foulé notre territoire à d’autres reprises, lors d’une de ses innombrables tournées avec Santos (Paris 1960 et 1961, Martinique 1971, Bordeaux 1973…), avec le Cosmos New York (Paris 1976), avec le Brésil ou en VIP après sa carrière. 20 Minutes a fait sa sélection.

1963 : Un triplé pour son seul match avec la Seleçao en France

En 1960 et 1961, le jeune mais déjà fameux Edson Arantes do Nascimento s’était baladé avec Santos lors du tournoi de Paris, disputé sur invitation au Parc des Princes. Mais ce 28 avril 1963, c’est à Colombes et au sein de la Seleçao, double championne du monde en titre, que le prodige brésilien de 22 ans défie la France en amical. Lors du Mondial 1958 en Suède, celui de son explosion planétaire, Pelé avait planté trois pions en demi-finale aux Bleus de Fontaine, Kopa et Piantoni (5-2).

Cinq ans plus tard, rebelote, mais face à des Tricolores en décrépitude, lesquels mangent le pain noir qui sera leur quotidien jusqu’à l’avènement de la génération Platini, à la fin des années 1970. Robert Herbin, Fleury Di Nallo et Marian Wisniewski subissent la loi des Auriverdes, pourtant très remaniés en pleine tournée européenne (Portugal, France, Pays-Bas, Angleterre, Italie, Allemagne).

La star marque un penalty, encadré de deux frappes du gauche. « Je n’ai pas donné toute ma mesure, dira le héros du jour, diminué par une blessure à la cuisse. Je n’ai pratiquement pas couru, ni jamais shooté du droit. » Heureusement pour Georges Carnus, qui fêtait sa première sélection dans les buts français.

1971 : La presque signature au PSG

Grosse actualité parisienne pour Pelé cette année-là. Le 30 mars 1971, entouré d’une foule compacte, il présente sur les Champs-Elysées la Coupe du monde première version : le trophée ailé Jules-Rimet remporté définitivement par le Brésil après sa troisième victoire, l’année précédente au Mexique. Le surlendemain, la star dispute un match de bienfaisance contre le cancer à Colombes avec Santos, face à une sélection française, marqué par le coup d’envoi donné par Brigitte Bardot, précédé d’une assez fantastique cohue médiatique visible sur les images de l’INA.

Brigitte Bardot et Pelé le 1er avril 1971 à Colombes, avant le match entre Santos et une sélection française à Colombes.
Brigitte Bardot et Pelé le 1er avril 1971 à Colombes, avant le match entre Santos et une sélection française à Colombes. – AFP

Pelé reviendra en famille passer les fêtes de fin d’année dans la capitale française. Lors d’une conférence de presse, il évoquera sa non-signature au Paris Saint-Germain, négociée puis avortée quelques mois plus tôt. « Il y a eu des contacts entre les dirigeants parisiens et moi-même. Ils m’ont invité à porter les couleurs de leur club. Mais mon contrat avec Santos n’était pas terminé et j’ai toujours exprimé le désir d’achever ma carrière à Santos, le seul club que j’ai connu [et qu’il quittera en 1975 pour le Cosmos de New York]. »

Fondé en 1970, le tout jeune PSG avait flairé le bon coup, en raison des soucis financiers du club brésilien. Mais malgré un déplacement de son président Guy Crescent sur place, l’affaire capotera, puisque, comme l’indique Le Parisien, Santos négociait en même temps une tournée lucrative aux Etats-Unis pour éponger ses dettes. Une proposition seulement valable si Pelé était du voyage, forcément.

1988 : Le cliché légendaire avec Platini et Maradona à Nancy

Pelé, Diego Maradona et Michel Platini ensemble sur un terrain de foot ? L’événement n’a eu lieu qu’une fois, le 23 mai 1988 à Nancy. Drôle d’endroit pour une telle rencontre ? Pas vraiment, puisque le triple Ballon d’or lorrain (1983, 1984, 1985) a choisi Marcel-Picot, le stade de ses débuts professionnels, pour fêter son jubilé quelques mois après avoir raccroché les crampons, à 32 ans à peine.

Diego Maradona, Pelé et Michel Platini, le 23 mai 1988 à Nancy.
Diego Maradona, Pelé et Michel Platini, le 23 mai 1988 à Nancy. – Lionel Cironneau / AP / Sipa

Si la vedette du jour et Maradona jouent cette rencontre au milieu de stars des années 80 (Zico, Matthaüs, Giresse, Francescoli, Boniek…), Pelé est venu en civil pour donner le coup d’envoi entre les Bleus champions d’Europe 1984 et une sélection mondiale. Dans L’Equipe, Platini se souvient de cette journée particulière. « Il avait participé à tout, dit oui à tout, parce que c’était vraiment un gars bien. Du coup, on avait pu faire la photo mythique, tous les trois, avec Diego Maradona, et le célèbre maillot “no drug”. »

Une tunique qui provoque toujours un sourire gêné au vu de l’addiction du génie argentin aux substances illicites pendant une grande partie de sa vie, terminée prématurément, à 60 ans, le 25 novembre 1960. « Si je ne m’étais pas drogué, on ne parlerait même pas de Pelé », lâchera d’ailleurs un jour el Pibe de Oro, avant la réconciliation des deux mythes sud-américains, scellée lors de la mort de Maradona. « Un jour, j’espère que nous pourrons jouer au ballon ensemble dans le ciel », avait alors lâché le Brésilien.

2019: La rencontre avec Kylian Mbappé à Paris

Plus d’un demi-siècle séparait Pelé de Kylian Mbappé. Le triple champion du monde brésilien, alors âgé de 78 ans, avait rencontré le jeune Français de 20 ans, fraîchement sacré en Russie, le 2 avril 2019 à Paris, à l’initiative d’un partenaire commercial commun. Depuis, ils n’ont cessé de s’envoyer des amabilités par réseaux sociaux interposés, le compte Instagram de Pelé donnant même du « cher ami » au Français après la défaite des Bleus contre l’Argentine, le 18 décembre en finale du Mondial au Qatar.

La rencontre entre Pelé et Kylian Mbappé, le 2 avril 2019 à l'Hôtel Lutetia de Paris.
La rencontre entre Pelé et Kylian Mbappé, le 2 avril 2019 à l’Hôtel Lutetia de Paris. – Franck Fife / AFP

L’AFP avait alors pu réaliser un entretien croisé des deux hommes, duquel filtrait une réelle complicité, malgré l’écart des générations et l’état de santé déjà détérioré de la légende. Forcément, la question d’une filiation avait été posée. « Vous le voyez comme moi, il n’y a qu’un « Roi » et il est là, réagissait alors l’attaquant parisien. Moi, je suis juste Kylian, j’essaye de faire le maximum pour aider mon équipe, ma sélection. Les comparaisons sont flatteuses mais je sais très bien que je ne ferai jamais ce qu’il a fait. »

Interrogé sur d’éventuels conseils à son Padawan, Pelé avait éludé en riant : « Il n’en a pas besoin. Je lui ai juste dit qu’il fallait qu’il soit un bon garçon, une gentille personne. Mais surtout de rester calme. » Jeudi, Mbappé a rendu hommage à son aîné sur Twitter, en anglais : « Le roi du football nous a quittés, mais son héritage ne sera jamais oublié, repose en paix, Roi. »