Mort de la reine Elisabeth II : « Homme d’Etat », « précurseur sur le climat »… De 7 à 77 ans, les Anglais font confiance à leur green king Charles III

De notre envoyée spéciale à Londres,

La reine n’est plus. Longue vie au roi. Au lendemain de la mort d’Elisabeth II, décédée jeudi à l’âge de 96 ans dans son château écossais de Balmoral, les Britanniques sont venus par milliers à Buckingham Palace rendre hommage à leur reine adorée, transformant les grilles du palais en murs géants de fleurs, entre lesquelles de tendres messages se sont glissés. Mais à compter de ce jour, ils doivent associer la couronne à son fils Charles, prince de Galles et désormais roi.

Et nombreux sont ceux et celles également venus pour tenter de l’apercevoir, lui, Charles III, qui a salué la foule ce vendredi après-midi, avant de prononcer sa toute première allocution télévisée en tant que souverain. « Où que vous viviez au Royaume-Uni, ou dans les royaumes et territoires à travers le monde, et quelles que soient vos origines ou vos croyances, je m’efforcerai de vous servir avec loyauté, respect et amour, comme je l’ai fait tout au long de ma vie, a-t-il assuré. Cette promesse de vous servir toute la vie, je la renouvelle aujourd’hui devant vous ». Mais après les soixante-dix ans de règne de sa mère, que pensent les royaux sujets de celui est aujourd’hui leur souverain ? Lui accordent-ils leur confiance ? L’engagement de Charles en matière d’écologie lui permet-il de se faire une place dans le cœur de son peuple ? Il semblerait bien que oui.

« Ça ne va pas être facile de succéder à sa mère »

Française installée à Londres, Margot, guide touristique, a vu son cœur d’expatriée chavirer pour la reine. En revanche, au premier jour du règne de son fils, la jeune femme de 23 ans émet quelques réserves. « A mon avis, la relation des Britanniques avec leur nouveau monarque va changer : Charles a toujours été beaucoup moins apprécié, et je ne pense pas qu’il suscitera la même ferveur, avance-t-elle. Ce qu’on a vécu durant les célébrations du jubilé, c’était incroyable, et Charles n’égalera jamais cela. D’autant qu’à l’inverse de sa mère, qui a signé le règne le plus long de la couronne britannique, il sera à la tête du royaume beaucoup moins longtemps : il n’est plus tout jeune, souligne-t-elle. Peut-être que dorénavant, les Britanniques prendront davantage de distance avec la famille royale ».

Flegme britannique oblige, les sujets du nouveau roi préfèrent lui accorder le bénéfice du doute. « On n’a pas d’autre choix que de lui faire confiance, plaisante Terence, jeune père de famille. Mais on est en train d’assister à une nouvelle page de l’Histoire. Nous traversons des temps difficiles et je suis sûr qu’il va faire honneur à sa mère ». Et parmi les plus jeunes des sujets royaux, l’optimisme est de rigueur, même si un temps d’adaptation semble nécessaire. « La mort de la reine a touché durement le Royaume-Uni et je pense qu’il sera difficile pour Charles de prendre ses nouvelles fonctions », analyse Atticus, 11 ans, chapeau melon so British sur la tête.

« Je pense qu’il va falloir du temps à tout le monde pour s’habituer au fait qu’il est notre nouveau roi, et à dire « Sa Majesté le roi », ce qui est soudain, renchérit Tilly, Anglo-australienne de 15 ans. Mais il s’inscrit dans sa lignée familiale, donc il voudra prendre soin de son peuple. Il est très courageux, il sera en mesure d’embrasser son nouveau rôle et de s’occuper du pays ».

« Je lui souhaite d’être heureux », « Il sera un roi différent, mais un bon roi »

Juchée son son vélo et les épaules drapées d’un Union Jack, Jaclyn, empathique, tient à souligner que le roi est avant tout « un fils en deuil, on devrait lui laisser du temps pour surmonter le décès de sa mère, estime-t-elle. Tout ce que je lui souhaite, c’est d’être heureux et de ne pas être accablé par le poids de l’engagement royal et de ses responsabilités. Et je suis persuadée qu’il sera un bon roi ».

Un sentiment partagé par Sharon : « C’est naturel d’avoir Charles sur le trône, cela fait partie de la monarchie : quand l’un meurt, le suivant prend la suite. Même s’il est très important pour nous de saluer tout ce qu’a accompli Elisabeth II au long de sa vie, notamment la paix et l’unité qu’elle a maintenues même lorsque nos politiques se déchiraient. Et Charles fera pareil, il a de qui tenir ». Après tout, « il est le fils de sa mère, elle l’a bien entraîné pour lui succéder, abonde son amie Laura. Il sera un roi différent d’elle, certes, mais un bon roi. Je suis sûre qu’il la rendra fière ».

Aussi Gallois que Charles III, Nigel, venu avec son épouse Caroline passer quelques jours à Londres, a suivi de près l’évolution du nouveau souverain. « Au fil des décennies, on a vu Charles devenir un homme d’Etat aguerri, avec de fortes convictions et une expérience solide de la scène diplomatique », observe Nigel.

« C’est un précurseur en matière d’environnement »

Et s’il est un terrain sur lequel Charles III semble faire l’unanimité, c’est son engagement de longue date sur les questions environnementales, qui séduit les plus jeunes de ses sujets autant que leurs aînés. A commencer par Eileen, irlandaise, heureuse d’avoir pu voir de ses yeux le souverain venu saluer la foule à Buckingham Palace, elle qui a pourtant « toujours eu la reine dans le cœur depuis l’âge de 5 ans. Pour autant, je pense qu’il sera un bon monarque, très engagé. Il l’est déjà sur les questions environnementales, et œuvre à l’intégration du peuple dans son ensemble, au-delà des croyances et des origines ».

« Charles est un précurseur en matière d’environnement, confirme Nigel. Il s’est saisi des problématiques climatiques à une époque où elles n’étaient pas prises au sérieux, a milité pour une agriculture plus respectueuse de la nature et un urbanisme plus vert ». Un engagement que vante aussi Jaclyn, qui estime qu’à l’image de Charles, « l’environnement est clairement le sujet sur lequel toute la planète doit avancer ». S’il n’est pas encore expert des questions vertes ou géopolitiques, le jeune Atticus sait déjà que « Charles s’intéresse vraiment à l’environnement, et espère qu’il pourra faire quelque chose pour la planète, et faire du Royaume-Uni un endroit meilleur ».

Nigel, lui, n’a aucun doute. « On ne peut imaginer meilleure personne que Charles pour reprendre le flambeau de sa mère, à part peut-être son propre fils [William], dont le tour devrait arriver un jour. Mais en attendant, longue vie au roi ! ».