Mort de Jean-Luc Godard: Comment « ce précurseur » est devenu « presque un classique »

Même si vous n’avez vu aucun de ses films et que le nom de Jean-Luc Godard ne vous évoque rien, son influence a sans doute été déterminante dans la façon dont vous regardez les images. « Godard était un grand précurseur, raconte à 20 Minutes Jean Ollé-Laprune, historien du cinéma. Ce cinéaste a fait montre d’une inventivité qui a choqué à ses débuts mais qui semble évidente aujourd’hui. Quand j’ai découvert ses premiers films, c’était un véritable choc. »

Pour Jean Ollé-Laprune, « Godard a fourni une boîte à outils qu’on utilise tout le temps, que ce soit au cinéma ou dans les journaux télévisés. On lui doit beaucoup en termes de cadrage, de montage de l’image et du son. Et cela indépendamment de la qualité de ses films. » Des cinéastes comme Quentin Tarantino, Paul Thomas Anderson ou Noah Baumbach, pour ne citer qu’eux, ne cessent d’évoquer le cinéaste suisse avec des trémolos dans la voix.

En avance sur son temps

« Quand on voyait ses films dans les années 1960, beaucoup de spectateurs les trouvaient élitistes et incompréhensibles, se souvient Jean Ollé-Laprune. Aujourd’hui, un film comme Pierrot le fou passe de façon fluide auprès du plus large public, car on s’est habitué à la manière qu’avait Godard de raconter les histoires. » Il est en de même pour ses films plus récents comme Sauve qui peut (la vie). « Ce qui nous paraissait farfelu et précieux en 1980 nous semble devenu presque classique aujourd’hui. Godard a toujours été en avance sur son temps. »

Selon Jean Ollé-Laprune, même les films les plus abscons de Jean-Luc Godard finiront par trouver leur public. « Cela vaut le coup de les revoir aujourd’hui, car ils prennent une patine étonnante et gagnent en profondeur avec les années. » C’est notamment le cas pour Le Livre d’image, présenté en 2018 au Festival de Cannes, œuvre étrange et fascinante, tenant plus de l’installation artistique que du long-métrage narratif. « Godard était tout simplement un grand cinéaste dont on peut reconnaître la patte au premier coup d’œil », conclut Jean Ollé-Laprune. Son aura n’a pas fini de planer sur les créateurs d’images du monde entier.