Mort de George Floyd : « J’ai mangé trop de drogue » ou « J’ai pas pris de drogue »… Désaccord sur une phrase cruciale au procès

L’agent James Reyerson, qui a mené l’enquête sur la mort de George Floyd pour le Bureau of Criminal Apprehension, témoigne au procès de Derek Chauvin le 7 avril 2021. — AP/SIPA/COURT TV

De notre correspondant aux Etats-Unis,

Qu’a crié George Floyd avant « Je ne peux pas respirer », pendant que Derek Chauvin avait son genou sur son cou ? Mercredi, au 8e jour du procès de l’ex-policier, à Minneapolis, une phrase difficilement audible a fait l’objet d’une farouche bataille entre les avocats. Et c’est le jury qui devra décider si George Floyd a confessé avoir « mangé trop de drogue », comme le soutient la défense, ou qu’il n’avait « pas pris de drogue », comme l’assure le bureau du procureur.

James Reyerson, l’agent du Bureau of Criminal Apprehension du Minnesota qui a supervisé l’enquête sur la mort de Floyd, était appelé à la barre par le procureur. Lors de son contre-interrogatoire, la défense lui a fait écouter un court extrait enregistré quand George Floyd vient d’être plaqué au sol par les policiers. « Est-ce qu’il semble que Mr Floyd dit  »I ate too many drugs » ( »J’ai mangé trop de drogue ») », demande Eric Nelson. « Oui, on dirait », répond le témoin.

« I ain’t do no drugs »

Après une interruption, le procureur contre-attaque. Il fait réécouter un extrait plus long à l’agent, avec la phrase en question qui se termine par « s’il vous plaît, je ne peux pas respirer ». « Avez-vous pu entendre ce que Mr Floyd disait ? », demande le procureur. « Oui, je crois qu’il disait  »I ain’t do no drugs » », corrige le témoin. Soit « J’ai pas pris de drogue », avec une contraction « ain’t », ici pour « do not », suivie d’une double négation, une construction couramment utilisée en anglais par de nombreux Afro-Américains.

Même en réécoutant, il est difficile de trancher avec certitude. Mais comme l’ont rappelé de nombreuses personnalités noires-américaines, personne, en anglais, ne dit « manger de la drogue » (mais « do » ou « take » pour « faire/prendre de la drogue »).

C’est un point important car depuis le début du procès, l’avocat de Derek Chauvin affirme que George Floyd a « avalé de la drogue pour la dissimuler à la police » juste avant son interpellation. Et stipule que c’est cette drogue, couplée à une maladie cardiaque, qui a causé son décès. Le juge Cahill a autorisé la défense à montrer une vidéo d’une arrestation de Floyd de 2019 dans laquelle il disait aux policiers avoir ingéré des cachets de Percocet, un puissant analgésique, demandant à être emmené à l’hôpital.

Les experts médicaux attendus la semaine prochaine

A la barre, deux membres de la police scientifique du Minnesota ont ensuite témoigné que des cachets avaient été retrouvés dans la voiture que conduisait George Floyd. Et une autre pilule contenant son ADN (de la salive) a été retrouvée des mois plus tard lors d’une seconde inspection demandée par la défense dans le véhicule des policiers. Dans un premier temps, les collègues de Derek Chauvin ont forcé George Floyd à l’arrière de leur voiture. Mais alors qu’il se débattait, se disant claustrophobe, les agents l’ont extirpé puis l’ont plaqué au sol.

Ces cachets contenaient des méthamphétamines et du fentanyl, un puissant opiacé. Ces deux substances ont été détectées par les analyses médico-légales, avec un niveau potentiellement dangereux de fentanyl. Mais de nombreux médecins estiment que George Floyd, qui a résisté, alerte, pendant une quinzaine de minutes, ne montrait aucun symptôme d’une overdose. Ce point devrait être farouchement débattu la semaine prochaine par les experts médicaux appelés à la barre par les deux parties.

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