Mort d’Axelle Dorier : « Vous êtes des monstres », lance le père de la jeune femme aux accusés

Dans le micro, un bruit de respiration très forte. Penché sur le pupitre, Pierre Dorier rassemble son courage pour parler de sa « choupette », sa fille Axelle, tuée le 19 juillet 2020 à Lyon après avoir été renversée par une voiture et traînée sur 807 mètres. « Elle était sensible, généreuse, prenait soin de ses frères. Elle était remplie de gentillesse », énumère-t-il d’une voix étranglée.

Axelle avait des projets, des rêves : avoir des enfants, se marier. « Je ne pourrais jamais l’accompagner sur les marches de la mairie ou de l’église », constate tristement son père avant de tourner la tête en direction du banc des accusés. « Ce que vous avez fait subir à ma fille, je ne peux pas le nommer, tellement c’est une horreur. Pour moi, vous êtes des monstres. Vous êtes autant responsables l’un que l’autre. Vous avez menti, changé de version. Je n’ai aucun doute, vous ne lui avez laissé aucune chance. Vous l’avez tuée volontairement ».

« Je n’ai jamais demandé tout cela »

Youcef Tebbal et son cousin Mohamed Yelloule ont longtemps été interrogés sur les faits, lors de la troisième journée d’audience de leur procès se déroulant devant la cour d’assises du Rhône. Mais tous deux assurent à l’unisson qu’il s’agissait d’un « accident ». « Youcef ne savait plus où donner de la tête, il regardait dans toutes les directions. Il était paniqué. On devait partir, c’est sûr », appuie le passager. 

Dehors, les coups redoublent sur la carrosserie de la Golf, rappelle-t-il. Pris à partie par les copains d’Axelle, les cousins sont gagnés par la peur. « Ils étaient violents, avec la rage. Ils étaient vénères, ça se voyait qu’ils voulaient en découdre », confirme le conducteur.

Face à la cour, Tebbal déroule sa version des faits d’un débit de mitraillette, sans presque respirer, comme pris de panique. « J’ai pensé à la mort, je me suis dit qu’ils allaient nous tuer. Tout le monde tapait de droite à gauche. J’ai pris peur, je suis parti », raconte-t-il en reniflant bruyamment, s’essuyant le nez dans sa manche. Le jeune homme a accéléré devant Axelle qui se pointait droit devant lui et qui avait mis un pied sur son capot pour lui intimer de rester sur place. « Je n’ai jamais demandé tout ça. Jamais de ma vie. J’ai des sœurs, une copine, je n’aurais jamais fait de mal à une femme », poursuit-il en sanglotant.

« La panique, on finit par penser que vous la surjouez »

Axelle, jure-t-il, il ne l’a pas vue. « J’avais une vision, celle de Clément qui montait sur mon capot et cassait le pare-brise ». Lors de sa présentation devant le juge d’instruction, le jeune homme avait pourtant admis avoir vu la jeune femme, qu’il avait renversée sous l’effet de la panique. Mis face à ses contradictions, l’intéressé ne rompt pas. Il tente de se raccrocher aux branches : « Je ne sais pas pourquoi, j’ai dit cela. » Pas de quoi adoucir Eric Chalbos, le président de la cour. « La panique, vous en parlez tellement qu’on finit par penser que vous la surjouez », observe-t-il sévèrement.

Interrogés sur ce point, les experts psychiatriques ont néanmoins accrédité la thèse de l’accusé, précisant qu’il souffrait toujours d’un stress post-traumatique. « La fuite de Youcef Tebbal paraît s’inscrire dans un moment de panique, avec ce sentiment de menace de mort imminente », note dans son rapport le Dr Bonnefond. « Il a des troubles du sommeil, fait des cauchemars récurrents », ajoute son collègue, le Dr Dessez, pour lequel l’intéressé intègre difficilement les faits, « même s’il reconnaît sa responsabilité ». « Il a une personnalité anxieuse. Ce niveau de stress peut le conduire facilement à un état de panique et peut-être d’énervement et d’agressivité », souligne-t-il.

Dominique Versini, avocat des parties civiles, tente alors le tout pour le tout, sentant que l’accusé pourrait se « libérer d’un poids ». « C’est une supplique que je vous adresse. S’il vous plaît, dites au moins une chose qui soit la vérité, et non des élucubrations. » « Je n’ai pas vu Axelle, je n’ai vu personne, répond Youcef Tebbal. Sa mort, je la subirai toute ma vie, comme si c’était une proche », ose-t-il lancer alors que les proches de la victime quittent la salle, outrés. « Je ne suis pas sûr que vous puissiez vous mettre à la place de famille », le tance une dernière fois Eric Chalbos, renvoyant ainsi le conducteur dans ses cordes. Le verdict est attendu vendredi.